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  • Cinéma et droits des femmes : une journée de réflexion et d’émotion signé ambassade de France en Haïti

    « La lutte contre les violences faites aux femmes n’est pas une cause parmi d’autres. C’est un véritable test pour nos sociétés : un test de justice, un test de dignité, un test d’humanité. Tant que des femmes vivront dans la peur, nous avons tous le devoir de nous lever, de parler et d’agir. Parce que défendre les droits des femmes n’est pas seulement une cause, c’est défendre l’avenir même de notre société », a déclaré l’ambassadeur de France en Haïti, Antoine MICHON, lors de la cérémonie organisée par l’Ambassade de France en Haïti.   L’événement s’est tenu le 8 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, au Centre Culturel Brésil–Haïti (CCBH), à Pétion-Ville. Cette rencontre a constitué un moment de réflexions et d’échanges autour du thème : « Cinéma et réalités sociales : regards croisés sur la condition féminine et la lutte contre les violences faites aux femmes en Haïti. » Acteurs humanitaires, défenseurs des droits humains et représentants d’institutions engagées s’y sont réunis afin de dialoguer sur les violences faites aux femmes et d’explorer des pistes concrètes de solutions.   Dans ses allocutions, la chargée administrative du CCBH, Kimberling D. Marcelus, a insisté sur l’importance de l’action collective. Selon elle, réunir plusieurs institutions autour d’une même cause permet d’élargir l’impact des initiatives et de renforcer les actions en faveur de la communauté. La force et la créativité qui en résultent, a-t-elle souligné, contribuent à façonner le présent tout en ouvrant la voie à un avenir plus solidaire. Elle a également réaffirmé que l’administration du centre soutient ces types d’aactivités essentielles au bien-être de la population.   Un panel pour analyser les réalités du terrain Sous la coordination de Marc-Kliford CÉNOR, attaché de presse de l’instance organisatrice, le panel a réuni trois femmes au cœur des réalités du terrain : Diana Manilla ARROYO, cheffe de mission de Médecins Sans Frontières en Haïti ; Marie Goretti NDUWAYO, représentante de ONU Femmes en Haïti ; et Me Rebecca Rayd REVALY, représentante du Bureau des Droits Humains en Haïti.   Diana Manilla ARROYO, qui a ouvert les interventions, a présenté le rapport de MSF couvrant la période de mai à septembre 2025. « Les données que nous avons collectées montrent que les cas de violences sexuelles ont triplé depuis 2021 jusqu’à ce jour. Parmi les cas qui font la une , on peut parler de la brutalité des agressions : les victimes sont souvent attaquées par plusieurs agresseurs à la ffois.La moyenne est de trois, mais parfois ils sont dix ou vingt. Ces violences ne visent plus seulement une femme, elles terrorisent des communautés entières », a-t-elle expliqué, soulignant la gravité de la situation.   Elle a ensuite mis en lumière les obstacles majeurs pour les victimes : l’insécurité dans certaines zones, la peur des représailles, la stigmatisation et la méfiance envers la justice. Face à ces réalités, Médecins Sans Frontières plaide pour un accès élargi aux soins médicaux et psychosociaux et pour un renforcement du financement afin de répondre à l’ampleur du phénomène.   Me Rebecca Rayd REVALY a ensuite pris la parole pour rappeler le rôle fondamental du cadre juridique dans la protection des femmes. « La protection des femmes contre les violences n’est pas seulement une question sociale, c’est aussi une obligation juridique. La Constitution, les conventions internationales et plusieurs lois adoptées ces dernières années constituent des outils importants. Le défi aujourd’hui est de les faire appliquer dans un contexte extrêmement difficile », a-t-elle déclaré.   La disciple de Themis a  également insisté sur l’importance de combiner interventions juridiques et actions de terrain. Soutenir les victimes détenues, documenter les abus pour nourrir les politiques publiques et sensibiliser les communautés afin de réduire l’impunité. Car, chaque étape, du signalement à la prise en charge judiciaire, est un maillon essentiel pour reconstruire la confiance des victimes dans le système.   Marie Goretti NDUWAYO a ensuite exposé l’approche globale de ONU Femmes pour répondre aux violences faites aux femmes, en insistant sur quatre axes : fournir une assistance complète et durable, assurer un accompagnement sûr et continu pour les survivantes, adopter une approche communautaire qui implique tous les acteurs dans la prévention et la réponse et intervenir dans les sites de déplacés pour protéger les femmes vulnérables dans des contextes de promiscuité. Elle a également souligné l’importance de l’utilisation des données pour orienter les actions et mieux comprendre les phénomènes de violence.    « La réponse aux violences faites aux femmes doit être globale. Elle doit protéger, accompagner et reconstruire. Mais elle doit aussi s’appuyer sur les communautés et sur des données solides pour agir efficacement », a-t-elle conclu, rappelant que chaque action menée sur le terrain est un pas vers une société plus juste et plus sûre pour toutes.   Le cinéma pour donner la parole aux femmes   « Au départ, il s’agissait d’un appel à projets du PNUD, financé par l’Ambassade du Canada, pour réaliser des films sur la question des femmes à travers leur projet de gouvernance et de territorialité. Nous avons ainsi produit trois réalisations : l’une retraçant l’histoire du mouvement féministe haïtien, une autre mettant en valeur les réussites des femmes dans une société qui ne leur est pas toujours favorable, et une dernière donnant la parole à celles qui vivent encore aujourd’hui les violences dans le contexte actuel », a expliqué le cinéaste haïtien Richard SÉNÉCAL qui a présenté ses œuvres.   Dès les premières images, le public a été captivé par les témoignages de Lise Marie DEJEAN, Danièle MAGLOIRE et Marie Laurence J. LASSEGUE. Ces figures emblématiques du mouvement féministe haïtien ont raconté la genèse de la lutte, les obstacles rencontrés et les avancées majeures, telles que la création du Ministère à la Condition féminine et l’adoption de lois essentielles pour protéger les droits des femmes.   Le deuxième film a pris un tournant plus intense et a plongé la salle dans une émotion profonde. Sur l’écran, une quinzaine de femmes ont raconté des histoires les unes plus bouleversantes que d’autres : viols, agressions physiques, traumatismes psychologiques. Jeunes ou adultes, de toutes classes sociales, elles ont partagé des violences qui dépassent leur vécu personnel et touchent toute la communauté. Peu à peu, le silence s’est imposé dans la salle. Regards détournés, tandis que certains essuyaient discrètement des larmes avec leurs mains ou des mouchoirs. Chaque récit a profondément marqué l’audience, rappelant que derrière chaque statistique se cache une vie brisée.   Une clôture marquée par l’émotion et la réflexion   Face à de tels remous, le réalisateur de « I Love et We Love You Anne » a choisi de ne pas projeter le troisième film, jugeant qu’il était préférable de laisser le public intégrer pleinement l’intensité des émotions vécues. Il a toutefois invité chacun à découvrir l’ensemble des œuvres sur www.filmhaiti.com , afin de prolonger la réflexion à tête reposée.   Cette journée a rappelé que la défense des droits des femmes constitue une responsabilité collective. Elle a également démontré combien le cinéma, mis en perspective avec les analyses des acteurs humanitaires et des défenseurs des droits humains, exerce une puissance particulière : rendre visibles des réalités que l’on préfère parfois ignorer et susciter une prise de conscience durable.   Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

  • L'accès des femmes au marché du travail en Haïti, entre droit et chantage

    Credit Photo : Freepik « Être femme et trouver un emploi en Haïti, c’est un véritable calvaire. Dans bon nombre d’entreprises, publiques ou privées, on est perçues comme des proies plutôt que comme des candidates. Les compliments indésirables sur notre physique ou les avances malsaines ne sont jamais trop loin. Tout comme moi, des milliers de femmes sont victimes de cette situation », révèle Cassandra. Dans le tumulte du marché du travail haïtien, certains parcours ressemblent à de véritables parcours du combattant, non pas par manque de talent, mais par excès d’intégrité. C’est le cas de Cassandra, 33 ans, dont le sourire actuel, derrière son bureau, cache des années de résistance face à un système qui a tenté, à maintes reprises, de marchander son avenir professionnel contre son intimité et sa dignité. Le mirage des « coups de pouce » Dans les ruelles animées d’un quartier populaire de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, Cassandra a grandi au milieu des cris d’enfants, des vendeuses de rue et des rêves souvent brisés trop tôt. Benjamine d’une fratrie de cinq enfants , elle n’avait pour horizon que ce que ses parents pouvaient lui offrir : une éducation. « Nous n’avons pas de grands moyens économiques », confie sa mère. « La seule chose que nous pouvons te donner, c’est une bonne éducation. Gare à toi si tu ne suis pas le bon chemin et si tu tombes dans une grossesse précoce comme les autres filles de la zone. » Ces paroles, répétées très souvent comme un avertissement, ont marqué Cassandra dès son plus jeune âge. Alors que beaucoup de ses camarades d’enfance ont vu leurs rêves s’éteindre dans les difficultés quotidiennes, elle a choisi de se concentrer sur ses études. Du secondaire à l’université, ses cahiers sont devenus son refuge, ses notes une arme silencieuse pour se démarquer et vaincre la promiscuité. Le prix du « Non » Après ces sacrifices, Cassandra pensait avoir gagné la bataille. Pourtant, la guerre commençait à peine. Lors de ses premiers entretiens, elle se heurte à un mur invisible. Une porte qui ne s’ouvre qu’à une condition tacite : Offrir son corps. « Au début, on pense que c’est de la maladresse », raconte-t-elle. « Un recruteur qui vous propose un dîner pour discuter des détails du contrat , un autre qui pose sa main sur votre épaule en disant que votre profil lui plaît "énormément, sur tous les angles". Ou qui vous demande littéralement de passer une nuit avec lui » Refuser ces avances n’est pas sans conséquences. Pour Cassandra, cela s’est traduit par des mois de chômage et un sentiment d’isolement croissant. « On vous fait sentir que vous êtes difficile, que c’est le milieu qui veut ça », explique-t-elle. Le tournant : l’excellence pour seul critère Le salut est venu d’une organisation non gouvernementale réputée pour ses processus de recrutement anonymisés et sa rigueur éthique. Dans cette institution, œuvrant pour le respect des droits humains et l’autonomisation des femmes haïtiennes, pas de dîners tardifs ni de compliments déplacés : seules les capacités intellectuelles et professionnelles comptent. « Ce qui leur importait, c’était ma capacité à modéliser des stratégies complexes. Quand on m’a appelée pour m’annoncer mon embauche, j’ai eu un silence au téléphone. J’ai pleuré de soulagement : enfin, on m’embauchait pour mon cerveau », confie-t-elle, les yeux larmoyants et le visage débordant de joie et de fierté. Une victoire symbolique Aujourd’hui, Cassandra gère une équipe entière avec professionnalisme. Elle est devenue une responsable respectée pour sa rigueur, sa vision et sa créativité. Son histoire circule désormais dans les couloirs, non plus comme une anecdote, mais comme un exemple de résilience. « Je ne regrette aucun de mes refus », conclut-elle avec force. « Si j’avais accepté un de ces "arrangements", je passerais chaque jour à me demander si je suis là pour mon travail ou pour autre chose. Aujourd’hui, je sais que ma place est méritée à 100 %. Le talent finit toujours par être plus fort que le chantage. » Le parcours de Cassandra est un rappel cinglant : l’intégrité, bien que coûteuse à court terme, demeure le seul fondement solide d’une carrière réussie. Elle incarne l’espoir d’une jeunesse qui refuse de se laisser enfermer par les limites imposées par la pauvreté. Mais son histoire dépasse son destin individuel. Elle met en lumière une réalité plus vaste : en Haïti, les femmes continuent de se heurter à des obstacles structurels quant à l’accès au travail et au respect de leurs droits. Dans ce contexte, Cassandra devient le visage d’une lutte silencieuse : celle de milliers de jeunes femmes qui aspirent à une vie meilleure, où leur valeur ne se mesure pas seulement à leur capacité de survie, mais à leur droit de participer pleinement au développement du pays. « Les femmes doivent être respectées à leur juste valeur et jouir pleinement de leur droit au travail, sans condition ni compromis », répète-t-elle, comme un credo. Casandra et Sarah : nom d’emprunts   Esperancia JEAN NOEL esperanciajeannoel@gmail.com

  • Entre quotas et exclusion : les corps « non rentables » dans les transports publics haïtiens

    « Douze passagers par voyage, pas un de moins. Je t'ai prévenu : les handicapés, laisse-les sur le trottoir. Ils cassent mon quota et je perds mon temps », a vociféré sans détour un chauffeur à son contrôleur ce matin, sous le regard passif des usagers à bord. Cette déclaration, captée à la volée dans le brouhaha d'un véhicule de transport public, déchire le voile sur une mécanique d'exclusion profondément ancrée dans la société. Dans le dédale des trajets collectifs, l’accès pour tous n’est plus un droit universel, mais une équation comptable. Et dans ce calcul, certains passagers sont tout simplement soustraits. Loin d’être un dérapage fortuit, cette hostilité est le symptôme d’une pathologie sociale profonde. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 1,3 milliard de personnes — soit un individu sur six dans le monde — vivent avec un handicap. Pour elles, l’espace public est un champ de mines semé de barrières qui entravent l’accès à une existence digne. L’OMS souligne d’ailleurs que ces citoyens font face à un risque accru de pauvreté et d’exclusion des services essentiels : éducation, santé, emploi et infrastructures adaptées. En Haïti, cette réalité prend une tournure particulièrement cruelle. Au-delà des comportements discriminatoires, les infrastructures elles-mêmes, souvent vétustes, condamnent ces personnes à l’immobilité et mettent en péril leur sécurité à chaque tentative de déplacement. Des corps jugés incompatibles Dans ce système, la vulnérabilité se heurte de plein fouet à l’obsession du rendement. Pour les chauffeurs, chaque passager à mobilité réduite est perçu comme une contrainte, une anomalie qui ralentit la cadence et empiète sur l’espace précieux du gain. Mais cette sélection ne s’arrête pas là : les personnes dites plus size subissent une épreuve similaire. Si le refus n’est pas toujours explicite, il se décline en une panoplie de gestes dissuasifs : soupirs appuyés, remarques acerbes, injonctions à « se serrer », voire refus déguisés sous prétexte d’un manque de place imaginaire. « Un jour, en me rendant à l’université, j’ai été témoin d’une scène de déshumanisation ordinaire. J’étais assis dans une camionnette lorsqu’une personne en surpoids est montée à bord. En un instant, les passagers se sont levés pour s’agglutiner de l’autre côté, comme pour éviter la peste », relate Adam PIERRE, un jeune étudiant en sciences administratives. Cette scène de rejet viscéral fait écho au témoignage de Victoria A. Lines EXUMÉ, livré le 14 mai 2025 sur le plateau de l’émission Attitude à l’Organisation de Développement et de Lutte Contre la Pauvreté (ODELPA). « Dans les camionnettes, on exige souvent que je paie deux places, comme s’il fallait tarifer mon corps. Depuis, j’ai choisi de circuler à moto plutôt que de subir les regards inquisiteurs et les propos blessants qui pullulent dans ces transports. Je préfère m’épargner ce supplice et le poison des jugements », a expliqué la massothérapeute. À travers cette prise de parole, elle a dépeint sans détour les défis quotidiens et la violence du regard social auxquels sont confrontées les personnes en surpoids. La dictature du chiffre Cette course à la rentabilité transforme le transport public en une foire commerciale où seuls les corps « standards » semblent les bienvenus. La mission de servir tous les citoyens sans distinction s’efface devant l’appât du gain. La différence n’est plus une caractéristique humaine : elle devient un manque à gagner. Pourtant, les lois existent et garantissent le respect de la dignité humaine. Pourquoi leur application est difficile dès qu’elles croisent la réalité de nos trottoirs ? Réduire ce fléau à la seule moralité des chauffeurs serait une erreur de diagnostic. Une complicité silencieuse persiste au sein de la population qui, par lassitude ou indifférence, préfère trop souvent détourner le regard face à ces injustices répétées. Mais ce mal s’enracine avant tout dans l’absence de suivi public et de régulation effective. Ces dérives interpellent directement les autorités étatiques dans leur rôle de garantes du droit. Car au-delà du simple constat, une question demeure : qu’adviendra-t-il de notre société si, en plein XXIe siècle, l’exclusion continue de dicter sa loi au vu et au su de tous ? Adam PIERRE : Nom d’emprunt Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

  • Haïti : l’éducation en sursis ou l’histoire du Collège Mixte Justin JUSTE ?

    « Un vendredi de mars 2024, j’étais chez moi, en congé après les examens du deuxième contrôle. À l’autre bout du fil, un responsable m’a annoncé que le site de l’école avait été vandalisé. Des hommes sont entrés. Tout a été détruit. Jusqu’à ce jour, je ne suis jamais retourné sur ce lieu où j’avais tant investi », a déclaré David BAZIL, directeur du Collège Mixte Justin JUSTE. Dans un contexte marqué par une insécurité croissante, l’enseignement recule sous la pression des groupes armés. Le témoignage de ce normalien éclaire l’érosion d’un système déjà éprouvé et met en évidence l’impact de la violence sur l’accès au savoir. En ce 24 janvier 2026, Journée internationale de l’éducation, le contraste est saisissant : tandis que l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) célèbre « le pouvoir des jeunes dans la co-création de l’éducation », Haïti révèle un visage meurtri. Selon un rapport conjoint du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et de Plan International, plus de 900 structures scolaires ont cessé leurs activités dès janvier 2024. Entre avril et juin de la même année, près de 3 000 sites sont devenus inaccessibles, touchant plus de 300 000 enfants, selon les données du Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) relayées par AyiboPost en novembre 2024.  À Delmas 19, l’établissement accueillait des élèves du préscolaire au troisième cycle jusqu’au jour du basculement. Lors d’un affrontement entre les groupes armés et les forces de l’ordre, le mobilier a été arraché aux salles de classe pour ériger des barricades. Documents administratifs, dossiers scolaires et réserves alimentaires, provenant de Food for the Poor et de la Fondation Lespwa, ont été pillés. Pourtant, les seigneurs du pavé avaient juré que les lieux seraient épargnés en raison du service rendu à la communauté. Cette promesse a été cyniquement démentie une semaine avant l’attaque, lorsqu’une « taxe de protection » de 10 000 dollars américains a été exigée. « Nous percevons des frais modestes pour rendre l’éducation accessible à tous. Nous sommes souvent dans l’incapacité de payer les professeurs et même de régler le loyer. Réunir une telle somme était absolument impossible », a expliqué M. BAZIL. Un bâtisseur dans l’âme Originaire de Mirebalais, le sexagénaire s’est orienté très tôt vers l’enseignement. Dès la neuvième année fondamentale, il transmettait son savoir au Collège Bethléem, sis au cœur de sa ville. Après le baccalauréat, il a rejoint Port-au-Prince pour intégrer l’École normale supérieure (ENS). Parallèlement à ses études, ses leçons particulières à domicile assoient sa notoriété dans la zone de Delmas. Fort de cette reconnaissance, il fonde, en 2007, le Collège Mixte Justin JUSTE. « Grâce au soutien financier d’un ami, Issat ALAMA, j’ai conçu cette institution qui, avec un taux de réussite avoisinant les 90 % aux examens officiels, a rapidement été repérée comme un modèle. Trois ans plus tard, l’afflux des effectifs nous a conduits à la  rue La Barbancourt, où nous avons fonctionné durant quinze ans. La bâtisse, fissurée par le séisme du 12 janvier 2010, nous a obligés à rejoindre Delmas 19 afin d’assurer notre mission pédagogique. Les voies étant parallèles, les élèves n’ont eu aucun mal à nous suivre, et l’excellence scolaire est demeurée constante », a-t-il relaté. L’exil scolaire En mai 2024, au lendemain du pillage, l’institution a trouvé refuge à la Cité-aux-Cayes durant six mois. Une brève accalmie, puisqu’une hausse brutale des frais de location a provoqué un nouveau départ. Aujourd’hui, les cours se tiennent à Delmas 31 prolongé, rue Gaou Guynioud, dans des locaux partagés avec l’institution du pasteur BIEN-AIMÉ. Face à cette instabilité, si certains élèves s’accrochent encore, quoique vivant parfois dans la promiscuité des camps de déplacés, d’autres ont fui vers les provinces. La précarité matérielle devient alors un obstacle quotidien à l’apprentissage. « Je lance un appel à toutes les organisations qui peuvent nous aider avec les enfants. Il arrive que certains d’entre eux n’aient même pas de cahiers pour suivre les cours ; Conscients de la réalité du pays, nous sommes obligés de les accepter », a plaidé le directeur avec émotion. Entre foi et devoir d’État Derrière cette résilience, David BAZIL puise sa force dans sa foi, espérant que Dieu se souvienne d’Haïti comme il s’est souvenu d’Israël. Ce témoignage souligne l’abîme entre les principes de l’UNESCO, qui définit l’école comme un espace protégé, et la tragédie haïtienne. Dans un paysage où un établissement sur trois est aujourd’hui hors service, le normalien refuse de capituler. « L’éducation est une responsabilité régalienne. Sans une intervention ferme de l’État, la jeunesse continuera de s’enfoncer dans l’abîme. Car, comme l’a dit Nelson Mandela, l’éducation demeure l’arme la plus puissante pour transformer une nation en péril », a-t-il conclu, interpellant les autorités étatiques à leur devoir. Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gamil.com

  • De Village de Dieu à l’atelier de l’ODELPA : le parcours d’une déplacée interne

    « L’idée même de devenir lauréate ne m’avait jamais traversé l’esprit. Pour moi, l’essentiel résidait dans l’apprentissage. Aujourd’hui, cette distinction confirme que je chemine enfin sur la bonne voie. » Tels sont les propos d’Alicienne MÉMÉ, récemment distinguée lors de la deuxième cohorte en coupe et couture de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA). Cette formation, organisée entre novembre et décembre 2025, s’inscrivait dans la cinquième phase de la campagne de sensibilisation, d’éducation, d’appui psychologique et de renforcement de capacités au profit des jeunes des quartiers vulnérables. Soutenue par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), l’initiative transforme la précarité en résilience. Pour Alicienne, comme pour ses pairs, ci seaux et machines à coudre sont désormais de véritables leviers d’autonomie face aux turbulences qui secouent le pays. Pourtant, derrière cette réussite, le parcours de la trentenaire porte les stigmates d’une existence bouleversée par la violence armée et l’errance des déplacements forcés. Longtemps, elle a recherché une stabilité qui semblait se dérober à chacun de ses pas. Aujourd’hui, le cliquetis de la pédale de couture remplace le fracas des détonations, esquissant les contours d’un avenir enfin saisissable. Village de Dieu, entre refuge et chaos Pendant près de vingt-sept ans, Alicienne a vécu au Village de Dieu, quartier populaire de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, aux côtés de ses parents et de sa sœur aînée. Malgré la modestie du cadre de vie, elle y puisait un sentiment de sécurité. Après ses études classiques, elle a entamé une formation en sciences infirmières à la Mission Bon Samaritain School of Nursing, à Delmas. Rien ne laissait présager que l’irréparable se jouait déjà à ses portes. Le 6 juillet 2018 marque un tournant brutal. La défaite du Brésil face à la Belgique à la Coupe du monde, conjuguée à l’annonce de la hausse des prix du carburant par l’administration Lafontant/Moïse, avait déclenché une vague de contestation nationale. Barricades, pneus enflammés et pillages se multipliaient. À Village de Dieu, le chaos a atteint son paroxysme. « Ce jour-là, je me suis retrouvée totalement livrée à moi-même. Je venais de terminer mes études en sciences de la santé. Mes parents étaient sortis travailler, ma sœur vivait déjà dans son propre foyer. Seule dans la maison familiale, j’ai subi de plein fouet l’escalade de la violence », raconte-t-elle. Les détonations fusent de toutes parts. Terrifiée, elle est prise d’une forte fièvre. Cachée sous un lit, elle contacte un oncle paternel résidant à la rue Chavannes, à Port-au-Prince, afin de lui demander secours. Fuir devient une nécessité vitale. Sous les balles, elle quitte le quartier et trouve refuge chez ce proche. À l’hôpital, le diagnostic est sans appel : un traumatisme profond lié au choc émotionnel. Dès lors, Village de Dieu cesse d’être un refuge. L’idée d’un retour s’évanouit définitivement, rupture symboliquement scellée un an plus tard par l’arrestation du chef de gang Arnel Joseph. De Charybde en Scylla Commence alors une longue errance. Alicienne trouve d’abord refuge pendant près de trois ans à la rue Chavannes, avant que ses parents ne s’installent à la Croix-des-Bouquets, où son père construit une maison, espérant offrir un havre de paix à sa famille. Mais l’insécurité gagne rapidement du terrain, imposant une nouvelle fuite. « Nous avons quitté Croix-des-Bouquets lorsque la menace s’est resserrée autour de nous. Je me suis ensuite installée à Pernier, près de l’Académie de Police. Là encore, la violence nous a rattrapés. J’ai dû partir une fois de plus », confie-t-elle, résignée. Aujourd’hui, l’ancienne étudiante en sciences de la santé vit chez une cousine, tandis que ses parents se sont installés définitivement à Miragoâne. Ces séparations successives illustrent les sacrifices imposés par un climat d’insécurité qui fragmente les cellules familiales. Pour Alicienne, chaque nouveau toit n’a été qu’une halte provisoire dans une quête de stabilité sans cesse contrariée. La formation comme point d’ancrage Bien que diplômée en sciences infirmières, Alicienne se heurte à un marché du travail verrouillé. Faute de licence professionnelle, son insertion reste quasi impossible. Elle traverse alors une longue période sans activité ni revenu stable. C’est dans ce contexte que l’ODELPA intervient. Informée par une amie de l’existence de l’atelier de coupe et couture, elle saisit immédiatement cette opportunité. « Je faisais quelques retouches à la main, sans jamais avoir utilisé une machine. Malgré tout, j’ai accepté le défi, portée par mon intérêt pour la couture. À l’ODELPA, je me suis rapidement intégrée. L’appui logistique, notamment pour le transport, a été déterminant dans ma persévérance. Ce passage a marqué un tournant décisif dans ma vie. L’aiguille et le fil sont devenus les instruments de ma reconstruction et les bases de ma nouvelle autonomie », explique-t-elle. Recoudre l’avenir La distinction reçue à l’issue de la formation ne figurait pas parmi ses objectifs initiaux. Alicienne visait avant tout la maîtrise technique. Le jour de la proclamation des résultats, alors qu’elle se trouvait à l’église, l’annonce de son nom suscite une immense surprise. Sans avoir cherché à briller, elle se retrouve première de la promotion, transformant l’instant en une célébration vécue comme un miracle. Cette reconnaissance renforce sa confiance et sa détermination. Le parcours d’Alicienne MÉMÉ illustre la capacité des initiatives locales, soutenues par des partenaires internationaux, à transformer des trajectoires marquées par la rupture en chemins de relèvement. « Après Dieu, l’ODELPA a été la première lumière sur le chemin de mon rêve. Grâce à eux, je me suis réveillée avec un nouvel espoir. Je projette désormais de créer des ateliers et des boutiques de couture, de développer mes propres collections et, à terme, de lancer ma marque. À tous les jeunes en difficulté qui n’ont pas encore eu cette chance : résistez et croyez en vous, car tôt ou tard, vous verrez le bout du tunnel », conclut-elle. Marc Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

  • CLM : un miroir sans complaisance du système de santé haïtien

    Ce mardi 20 janvier 2025, l’hôtel Villa Thérèse, à Pétion-Ville, a accueilli la rencontre de restitution du Community Lead Monitoring (CLM). Coordonnée par l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), cette activité, tenue en format hybride, visait à confronter les réalités du terrain aux politiques publiques de santé à travers une analyse approfondie des données collectées. En rendant ces résultats publics, l’OCSEVIH entend renforcer la transparence et contribuer à l’amélioration de la qualité des soins offerts aux patients dans les différents sites de prise en charge à travers le pays.Les résultats d’un cycle de surveillance mené entre juin et août 2025 dans 27 établissements répartis dans les dix départements géographiques du pays ont été présentés. Au total, 647 personnes, dont 321 patients tuberculeux, ont participé à l’enquête. L’événement a réuni plusieurs personnalités, notamment : Dr Fritz MOISE, président du Forum de la Société Civile ; Mme Soeurette POLICAR, coordonnatrice générale du CLM ; Mme Ficeline RATEAU, présidente de l’ODELPA ; Dr Dina SAINTILMON, représentante du Programme commun des Nations Unies sur le VIH (ONUSIDA) ; Mme Leinadine LUCIEN MAURICE, directrice adjointe de Housing Works ; Mme Joanne H. ISIDOR, directrice des données du CLM ; Dr Steeve SMITH, responsable du service de prévention du Programme National de Lutte contre le Sida (PNLS) ; Dr Richard MILOT, coordonnateur du Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT) ; et M. Guy Marcel CRAAN, responsable du suivi et de la stratégie au Comité de Coordination Multisectoriel (CCM-Haïti). Étaient également présents des membres du comité directeur de l’OCSEVIH, du Groupe Consultatif Communautaire (GCC), des assistants de données, ainsi que des moniteurs et coordonnateurs de zone. Prises de parole officielles : un plaidoyer au profit des plus vulnérables D’entrée de jeu, les interventions officielles se sont succédé à la tribune. Empreintes de détermination, elles ont mis en évidence le rôle central du suivi communautaire dans un pays fragilisé par des crises sociopolitiques. Derrière ses fines montures, Mme RATEAU a inscrit cette rencontre sous le sceau de la résilience. Elle a salué la présence des participants, malgré un contexte sécuritaire particulièrement dégradé. « Cette journée marque une étape importante dans notre engagement collectif à améliorer la qualité des services destinés aux populations les plus vulnérables, notamment celles exposées à la tuberculose et au paludisme. Depuis 2020, l’Observatoire ne se limite pas à produire des rapports : il met en lumière les dysfonctionnements et propose des pistes concrètes là où le système de santé vacille », a-t-elle déclaré.Dans ses propos, le numéro un de l’ODELPA a plaidé pour que la santé cesse d’être un privilège réservé à quelques-uns, mais devienne un droit effectif pour tous. Dr Fritz MOISE, de son côté, a dressé un constat éveillé sur la situation du mécanisme CLM, évoquant une année 2025 marquée par des coupes budgétaires sévères ayant affecté certains services liés au VIH. Malgré ces contraintes, il a salué l’engagement des équipes. « Le CLM d’Haïti demeure un modèle. Nous menons des plaidoyers constants pour retrouver notre souffle et préserver cette référence », a-t-il affirmé. Dans le même esprit, Mme Marie-Antoinette TOUREAU a souligné la portée stratégique de ce bilan, estimant qu’il permet de mesurer les progrès accomplis tout en identifiant les failles budgétaires persistantes. Dans son intervention, Mme Leinadine L. MAURICE, directrice adjointe de Housing Works, bras technique de l’Observatoire, a rendu hommage aux moniteurs et coordonnateurs de zone, véritables chevilles ouvrières du projet. Elle a réaffirmé l’engagement de Housing Works à fournir une assistance technique adaptée au contexte actuel. « Ces données constituent les munitions indispensables d’un plaidoyer efficace. Elles existent grâce à ces héroïnes et héros qui bravent l’insécurité et les barrages routiers pour documenter la réalité », a-t-elle précisé. Représentant le directeur pays de l’ONUSIDA, Dr Dina SAINTILMON a rappelé que le mécanisme CLM 2025 poursuivait quatre objectifs majeurs : collecter des données fiables, renforcer le plaidoyer, assurer le suivi des actions correctives et consolider les capacités de l’Observatoire. Elle a insisté sur le fait que la tuberculose et le paludisme touchent de manière disproportionnée les populations vivant dans des zones contrôlées par des groupes armés. « Le CLM permet de donner une voix à ces communautés et d’orienter les décisions là où les besoins s’avèrent les plus urgents », a-t-elle déclaré, saluant l’ouverture du MSPP au dialogue. Dr SMITH, pour sa part, a reconnu la valeur stratégique de cette surveillance citoyenne pour l’action publique. « Le CLM constitue notre regard sur le terrain. Son travail appuie l’État dans ses missions d’intervention, de régulation et d’assistance », a-t-il admis, soulignant la complémentarité entre autorités sanitaires et acteurs communautaires. Radiographie d’un système de santé mis à l’épreuve Après les discours, la parole a été donnée aux équipes techniques de l’OCSEVIH. Joanne H. ISIDOR a exposé la méthodologie du CLM, rappelant que la surveillance dirigée par la communauté repose sur la collecte de preuves via CommCare, l’engagement des prestataires de services et le suivi des engagements pris. « Pour chaque site et chaque programme, un échantillon aléatoire d’au moins quinze patients est interrogé. La validation exige la complétude des quatre outils : observations, enquêtes auprès des responsables, des infirmières et des patients », a-t-elle expliqué. La présentation de John JOSEPH, membre du GCC, a révélé plusieurs faiblesses relatives aux soins liés à la tuberculose.« Neuf pour cent des patients interrogés n’avaient jamais entendu parler de la TB et 15 % déclaraient ne recevoir aucune consigne de prévention lors de leurs visites », a-t-il précisé. Il a ajouté que, dans 37 % des sites, aucun masque ni mouchoir n’était remis aux patients symptomatiques, tandis que 52 % des établissements manquaient d’affiches de sensibilisation. « Dans 15 % de ces structures, les patients tuberculeux ne sont pas séparés des autres, ce qui favorise la transmission du bacille », a-t-il insisté. De son côté, Francesca J. BUTEAU, assistante de données, a pointé les obstacles techniques et logistiques, notamment les retards dans la disponibilité des résultats de tests. « Le test d’expectoration (69 %), la radiographie (46 %) et le GeneXpert (50 %) figurent parmi les examens les plus pratiqués. Toutefois, 28 % des responsables signalent des ruptures de stock de médicaments essentiels comme le RHEZ et la rifapentine », a-t-elle déclaré, déplorant également l’intégration incomplète du dépistage VIH chez les patients tuberculeux. Concernant le paludisme, Johny CLERGÉ, membre du GCC, a mis en évidence un déficit marqué de la sensibilisation communautaire. « Vingt-huit pour cent des patients interrogés n’avaient jamais entendu parler de la malaria et 69 % ne voyaient aucune affiche d’information dans les centres », a-t-il rapporté. Il a souligné l’impact des ruptures de stock de primaquine (57 %) et de chloroquine (43 %), ajoutant que « 11 % des patients testés positifs ne commencent pas le traitement le jour même ». L’intervention de Robens DOLY sur les violences basées sur le genre a mis en lumière une réalité particulièrement alarmante. Entre mai et décembre 2025, 283 cas de violences sexuelles ont été documentés. « Nous avons recensé 248 viols collectifs et 34 viols individuels, dont deux sur des mineures », a-t-il précisé, ajoutant que 83 enfants avaient été témoins du viol de leur mère et que six survivantes déclaraient avoir contracté le VIH à la suite de ces agressions. Échanges et recommandations Les discussions qui ont suivi ont mis en évidence un système de santé fonctionnant en situation de survie, confronté à l’insécurité, aux blocages routiers et à l’épuisement du personnel. Ces échanges ont confirmé que le CLM constitue un levier essentiel pour ajuster les interventions en temps réel. Présentant les recommandations finales, Johny CLERGÉ a appelé à renforcer la sensibilisation communautaire sur la tuberculose et le paludisme, à sécuriser l’approvisionnement en médicaments essentiels et à garantir une prise en charge multisectorielle des survivantes de VBG, incluant la prophylaxie post-exposition dans les délais requis. Il a également plaidé pour un soutien accru aux moniteurs et coordonnateurs de zone. En clôture, Mme POLICAR, coordonnatrice générale du CLM, a salué la qualité des échanges et la transparence des données présentées. « Ce bilan n’est pas une fin en soi, mais une boussole. Malgré l’insécurité et le manque de ressources, la communauté démontre sa capacité à produire une expertise crédible pour exiger le respect du droit à la santé », a-t-elle affirmé. La rencontre s’est achevée dans une atmosphère conviviale, scellant l’engagement des institutions présentes à transformer ces données en un plaidoyer structuré pour l’année 2026. La rédaction

  • Tuberculose, malaria, VBG : l’ODELPA sensibilise les leaders communautaires pour sauver des vies

    Face à la recrudescence de la tuberculose, du paludisme et des violences basées sur le genre (VBG) en Haïti, l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) a intensifié ses actions de sensibilisation. Les 19 et 23 décembre 2025, deux séances ont été organisées dans ses locaux à l’intention des leaders communautaires. Chacune a réuni plus d’une vingtaine de participants. L’objectif : renforcer leurs connaissances sur ces pathologies, tout en les impliquant activement dans la lutte contre les VBG. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet Community Lead Monitoring (CLM), qui met l’accent sur la participation communautaire et la responsabilisation des acteurs locaux. Le coup d’envoi de ces journées a été donné par la présidente de l’ODELPA, Mme Ficeline Rateau, qui, dans ses propos circonstanciels, a salué les efforts consentis par ces leaders communautaires pour se déplacer dans un contexte de sécurité galopante. Le numéro un de l’ODELPA a encouragé ces responsables à partager les informations à leur entourage. La tuberculose : comprendre, prévenir et accompagner Robens Doly, psychologue Les journées ont été dirigées par le psychologue Robens Doly, qui a intervenu sur la tuberculose, en expliquant les modes de transmission, les signes et symptômes liés à cette pathologie et les stratégies de prévention. « Haïti fait partie des pays de la région des amériques avec une forte incidence de la tuberculose. La TB demeure un problème majeur de santé publique, aggravé par : la pauvreté, la malnutrition, le surpeuplement, l’insécurité et l’accès limité aux soins. Environ 176 cas pour 100 000 habitants (2022, OMS), soit un total de 20 000 – 22 000 personnes et 3 000 décès par an », a fait savoir Doly. « La tuberculose (TB) est une maladie infectieuse causée par la bactérie Mycobacterium tuberculosis. Elle affecte principalement les poumons (TB pulmonaire), mais peut toucher d’autres organes (TB extra pulmonaire). Elle est transmissible par voie aérienne (toux, éternuement, salive). Une personne contaminée par cette maladie présente une toux persistante allant de 2 à 3 semaines ; une fièvre et des sueurs nocturnes ; une perte de poids, une fatigue intense ; des ganglions et des douleurs thoraciques, dans certains cas ; du crachat parfois sanglant », a-t-il poursuivi. Le rôle clé de la nutrition Dans son exposé, Doly a insisté sur le rôle fondamental de la nutrition dans le processus de rétablissement des personnes atteintes de tuberculose. Selon lui, de bonnes habitudes alimentaires permettent de renforcer le système immunitaire et d’apporter au corps les éléments essentiels dont il a besoin pour se défendre contre la maladie. « Les aliments que vous consommez ont un impact direct sur votre santé. Ils vous apportent les éléments essentiels dont votre corps a besoin pour son bien-être. Et peuvent même contribuer à la guérison de la tuberculose. Optez pour le naturel : des fruits, des légumes, de la viande fraîche à la place des sodas, des produits transformés ou de la viande congelée. » Cependant, un leader présent a soulevé une objection importante : les produits naturels coûtent généralement plus cher que les produits transformés. Dans un contexte de précarité, la population est souvent contrainte de se tourner vers les aliments les moins chers, même si leur qualité nutritionnelle est moindre. Face à cette remarque, Doly a répondu avec fermeté pour rappeler que « la santé n’a pas de prix ». Pour lui, investir dans une alimentation saine est une priorité, car la valeur de la santé dépasse largement les considérations financières. Il a également souligné que les leaders communautaires ont un rôle crucial à jouer : informer et sensibiliser les communautés sur les signes, la transmission et la prise en charge de la TB ; encourager le dépistage volontaire et la consultation précoce ; lutter contre la stigmatisation et la discrimination des malades ; appuyer le respect du traitement ; collaborer avec les structures de santé pour référer et suivre les cas ; apporter un soutien inconditionnel aux malades ; faire des plaidoyers et mobiliser la société ; œuvrer pour l’amélioration des conditions de vie. La VBG, une barrière pour le respect des droits humains Daïka Fanfan De son côté, la secrétaire Daïka Fanfan a animé la session consacrée aux VBG. Sa présentation s’est portée sur les types et formes de ces violences, les conséquences psychologiques et sociales, ainsi que sur les mécanismes de protection et de dénonciation disponibles. « La violence basée sur le genre trouve ses racines dans les inégalités entre les sexes, l’abus de pouvoir et les normes néfastes. Loin d’être une affaire privée, ces violences relèvent du domaine public, politique et juridique. » Et de poursuivre : « Ce fléau peut avoir de lourdes conséquences sur la vie de la victime. Il peut pousser cette dernière à s’automutiler ou à développer des pensées ou comportements suicidaires ; contracter des infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH/SIDA, ou encore entraîner une grossesse non désirée, pour ne citer que cela. » Afin de sensibiliser l’assistance, la facilitatrice a exhorté les leaders communautaires à soutenir les survivantes de VBG sans discrimination, stigmatisation ni jugement. Elle les a encouragées à se rendre dans un centre hospitalier avant les 72 heures, afin de prévenir toute complication liée à l’agression. Les deux journées ont pris fin sur une note positive. Les leaders se sont engagés à partager toutes les connaissances accumulées avec leur environnement. En les mobilisant, ODELPA entend bâtir une réponse collective et durable contre la tuberculose, la malaria et les violences basées sur le genre. Ces initiatives rappellent que la santé publique et la lutte contre les inégalités sociales passent avant tout par la participation active des communautés. Esperancia JEAN NOEL esperanciajeannoel@gmail.com

  • ODELPA/HCR: de la rencontre stratégique vers le développement durable

    Dans un contexte de raréfaction des financements internationaux, alors que les besoins humanitaires s’intensifient, l’Organisation de Développement et de Lutte Contre la Pauvreté (ODELPA) a franchi une étape décisive dans la consolidation de son positionnement stratégique. Le 2 décembre 2025, au siège de l’institution à Delmas, Mme Ficeline Fils RATEAU, Présidente de l’ODELPA, a reçu une délégation de haut rang du HCR, conduite par le Représentant Régional pour l’Amérique latine et des Caraïbes, accompagné de M. Dudley SAINT JEAN, Protecteur Associé. Cette rencontre a également bénéficié de la participation du Directeur Pays de l’ONUSIDA, le Dr Christian MOUALA. Autour de cette ambition commune, le staff managérial de l’ODELPA, composé du Directeur Technique, M. Louiny FONTAL ; du Directeur de projets, M. Garry COQUILLOT, ainsi que les responsables des départements psychosocial, administratif et comptabilité. Aussi la Directrice Exécutive, Mme Soeurette POLICAR, qui a suivi les échanges en ligne. Cette initiative traduit une volonté partagée : l'autonomie communautaire en moteur de développement durable. Elle s’appuie sur les résultats concrets des cohortes de la campagne de sensibilisation, d’éducation, d’appui psychosocial et de renforcement économique auprès des jeunes. Tout en poursuivant les actions menées auprès des survivantes de violences basées sur le genre (VBG), les dynamiques communautaires et les stratégies de communication engagées sur le terrain. « Travailler comme en famille » : Le nouveau credo d’un partenariat d’égal à égal « Quand on est partenaires, on travaille comme en famille ». C’est par cette affirmation solennelle que Mme RATEAU a ouvert les échanges, positionnant d’emblée l’ODELPA non comme un simple récipiendaire de fonds, mais comme un partenaire stratégique de premier plan. À tour de rôle, les responsables de l’organisation ont exposé, avec une précision chirurgicale, les retombées tangibles de ce partenariat. Les résultats du terrain M. FONTAL a dressé le panorama d’une organisation en pleine ascension, misant sur l’excellence opérationnelle et le bilan 2023-2025. « Notre mission est de promouvoir la dignité et l’autonomie. De 2023 à aujourd’hui, nous avons réussi le pari de renforcer les capacités de plus de 1 000 jeunes et de financer 200 activités génératrices de revenus (AGR), prouvant que l’ODELPA est un moteur de changement réel dans les dix départements », a-t-il affirmé, en mettant l’accent sur l’innovation de l’atelier de coupe et couture. Ensuite, le psychologue Robens DOLY a porté la voix de la Cellule Psychosociale, une unité née de l’urgence en avril 2025. « Nous traitons des cas d’une gravité extrême, allant des viols collectifs aux traumatismes de guerre. En sept mois, 300 femmes ont été accompagnées, mais l’urgence demeure. Il nous faut un site de refuge et une structure médicale renforcée pour ne laisser aucune victime derrière nous », a-t-il plaidé avec une solennité marquante. Dans ses propos, Mme Esperancia Jean Noël, Responsable de communication et également maîtresse de cérémonie, a démontré comment l’action de terrain se transforme en influence publique. « La communication est le pont entre nos actions et la communauté. À travers 15 émissions thématiques et 20 capsules de sensibilisation, nous avons documenté l’impact pour renforcer la transparence et, surtout, briser le silence autour de la stigmatisation », a-t-elle expliqué, soulignant l’importance de la présence digitale de l’organisation. Enfin, M. Garry COQUILLOT, Directeur de projets, a projeté l’assemblée vers l’avenir, malgré les défis financiers. « Le constat est rude, les financements baissent alors que la demande explose. Pourtant, notre vision pour 2026 est inébranlable. Avec la Ferme École Paysanne de 100 hectares, nous voulons transformer la fragilité actuelle en une autonomisation économique durable pour les jeunes et les déplacés », a-t-il conclu, scellant la détermination de l’équipe. La preuve par l’impact : Quand les bénéficiaires prennent la parole Si l’exposé technique a démontré la solidité structurelle de l’institution, c’est l’irruption du réel, portée par deux voix issues des quartiers de Cité Soleil, qui a fini de bouleverser l’assistance. Issus des cohortes formées au cœur de la campagne d’éducation, de sensibilisation et de renforcement économique, Elimas DORVAL et Junia PRÉSUMÉ ont retracé leur odyssée personnelle, transformant la salle de conférence en un théâtre d’émotions. Elimas debout, un micro à la main, un réchaud artisanal posé à ses pieds. Alors que la MC assurait une traduction fluide pour les partenaires internationaux, il s’est livré sans fard : « Avant cette formation, ma vie n’était qu’une succession de luttes et d’incertitudes. J’étais l’un de ces jeunes livrés à eux-mêmes, accroché aux jeux de hasard comme ultime échappatoire, vendant du "papadap" dans les rues pour subvenir à mes besoins les plus élémentaires. Intégrer ce programme a été, pour moi, bien plus qu’une opportunité : un honneur, une chance inespérée de transformation. Malgré les embûches, j’ai tenu bon, parce qu’au fond de moi subsistait un rêve et l’espoir tenace qu’un autre avenir était possible », a-t-il confié, la voix trahissant une pointe d’émoi. Et de poursuivre : « Grâce au financement reçu, j’ai engendré mon entreprise. Aujourd’hui, nous confectionnons et livrons nos réchauds à Port-au-Prince et en province. Avant, j’étais seul ; désormais, je suis un employeur. Je contribue à l’économie de ma communauté, je prends soin de ma famille et de mes employés. Cet homme que je deviens me rend profondément heureux », a-t-il conclu dans un élan de fierté. À sa suite, Junia a offert un témoignage d’une résilience hors du commun. Elle a mis en lumière l’impact vital de l’autonomisation féminine. Grâce à son capital de démarrage, elle a su ériger une boutique tout en poursuivant ses activités de marchande ambulante de sandales à travers les quartiers. Son pragmatisme force le respect : en intégrant des "tontines" et en gérant rigoureusement ses revenus, elle a pu financer et achever ses études classiques en juillet 2024. Aujourd’hui, Junia est le pilier d’une famille transnationale. Elle subvient aux besoins de sa mère et de sa petite sœur, tout en envoyant un soutien financier à son beau-père, installé aux États-Unis via le programme Humanitarian Parole, mais encore en attente de son permis de travail. « Je remercie chacun de vous ici présents. Vous avez contribué à m’élever au sein de cette société si difficile », a-t-elle murmuré, le souffle court, luttant pour retenir une larme qui perlait au coin de l’œil. Entre rigueur budgétaire et reconnaissance du mérite : Le HCR s’engage Face à ces trajectoires de vie transfigurées, la délégation du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) a réagi avec une solennité proportionnelle à l’impact démontré. Le Représentant Régional, visiblement ému par la métamorphose des jeunes de Cité Soleil, a salué ce qu’il qualifie de « modèle de résilience ». Toutefois, derrière l’émotion, le discours s’est voulu d’un réalisme. Dans un contexte de coupes budgétaires mondiales drastiques, le HCR a rappelé que le rendement est désormais le seul gage de pérennité. « Suite aux réductions de financement, le HCR mise désormais sur la productivité. Pour les pays et les structures qui ne donnent pas de résultats probants, nous sommes contraints, malgré nous, de suspendre les partenariats », a relaté avec franchise le représentant du HCR. C’est ici que l’ODELPA a marqué un point convaincant. Grâce à la solidité de ses indicateurs et à l’authenticité de son impact sur le terrain, l’organisation a sécurisé sa collaboration pour l’année 2026. « L’ODELPA a encore cette chance de maintenir un contrat avec nous pour 2026, malgré un contexte où tout devient extrêmement difficile », a-t-il ajouté. Le "Nexus" de l’ONUSIDA : vers une autonomie structurelle À cette adhésion du HCR s’est jointe la vision stratégique du Dr Christian Mouala. Intervenant au nom de l’ONUSIDA, il a inscrit l’action de l’ODELPA dans le cadre conceptuel du « Nexus Humanitaire-Développement ». « La réponse durable à la crise des déplacés internes réside dans l’autonomisation économique des familles d’accueil, un domaine où l’ODELPA excelle véritablement », a martelé le Dr Mouala. Il a d’ailleurs projeté l’assemblée vers un horizon ambitieux, suggérant d’intégrer la dimension écologique à la réussite économique. « Nous devons envisager une extension de ce modèle vers le développement durable, en collaboration avec le Programme des Nations unies pour (PNUE), afin de structurer des projets à fort impact environnemental, à l’instar de la future Ferme École de 100 hectares projetée pour 2026 », a-t-il proposé. Le plaidoyer audacieux de la Présidente L’apogée de la rencontre fut sans doute l’interpellation audacieuse de la Présidente. Dans une adresse directe et assumée au Représentant Régional, Mme Ficeline RATEAU a élevé l’échange au rang d’un véritable plaidoyer stratégique. « Monsieur SEGAS, comment pourriez-vous aider l’ODELPA à accéder à d’autres partenaires ? Pourriez-vous être ce catalyseur, ce passeur, vers ces bailleurs ? C’est tout ce que je vous demande », a-t-elle lancé, jetant ainsi les bases d’un repositionnement ambitieux de l’organisation sur l’échiquier international. Pour le numéro un de l’ODELPA, il ne s’agit plus de recevoir, mais de coconstruire une influence capable de bousculer les lignes du financement mondial. Cette rencontre, conclue par une séance de photo consacre la maturité institutionnelle de l’ODELPA. De ce fait, l’organisation ne se contente plus de répondre à l’urgence ; elle s’affirme comme un moteur de stabilité sociale et de réinsertion économique. Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

  • A l’ODELPA, les rêves se transforment en projets concrets

    Dans plusieurs quartiers vulnérables, durement touchés par l’insécurité persistante, le chômage et la précarité, une lueur d’espoir s’est allumée grâce à une initiative conjointe de l’Organisation pour le Développement et la Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) et du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR). Ce 8 janvier 2026, les deux institutions ont remis des fonds à 25 jeunes ayant suivi, entre octobre et novembre 2025, des sessions de formation axée sur les violences basées sur le genre (VBG) et ses corollaires ainsi qu’en coupe-couture. Cette remise de fonds constitue l’aboutissement de la 5eme cohorte de la campagne de sensibilisation, d’éducation, d’appui psychologique et de renforcement économique. Elle vise à offrir à ces bénéficiaires les moyens concrets de lancer des activités génératrices de revenus, favorisant ainsi leur autonomie et leur insertion socio-économique. Un geste porteur d’espoir Cette initiative s’est tenue sous la direction de M. Felinord JEAN, responsable de mobilisation à l’ODELPA, et de Mme Daika FANFAN, secrétaire de l’institution. Dans leurs interventions, ils ont souligné l’importance de ce programme. Afin de renforcer leur message, des témoignages d’anciens participants ont été partagés, illustrant les impacts positifs déjà observés. Cette démarche visait à encourager les nouveaux bénéficiaires à s’investir pleinement dans leurs projets, avec sérieux et détermination, afin d’atteindre les objectifs fixés. Les bénéficiaires, issus, particulièrement, de Cité-Soleil, Fort-National et Saint-Martin, ont unanimement salué cette action, qu’ils considèrent comme une opportunité réelle de changer leur quotidien et de bâtir un avenir plus prometteur. Pour beaucoup, ce moment symbolise une véritable bouffée d’air frais. « J’ai toujours aimé la couture. Ca été une belle expérience à l’ODELPA. Pour avancer dans ses projets, il est indispensable d’avoir un fonds de départ. Avec cette somme , je vais me procurer une machine à coudre », a confié Alicienne MEME, une jeune femme qui rêve d’ouvrir un atelier de couture. Antoine CRESPO, un autre bénéficiaire, a expliqué que ce soutien lui permettra de réaliser son rêve : « La couture c’est un métier me tient toujours à cœur. J’ai été très content de faire partie de cette belle aventure, même si elle a été de courte durée. Avec ce startup, je vais lancer un business. Puis avec les profits générés, acheter une machine à coudre afin de poursuivre mon rêve. » Olivier Sebastien Cher-fils, de son coté, a exprimé sa joie d’avoir été choisi parmi les jeunes sélectionnés et souhaite que ce projet puisse continuer. « Pour l’année 2025, avoir participé à cette session de formation et être retenu parmi les bénéficiaires de ces fonds est la meilleure nouvelle que j’aurais pu recevoir. Grâce à ce soutien, je compte renforcer mon commerce de sandwichs. Il s’agit d’une recette américaine que j’ai modifiée afin d’y apporter une touche plus raffinée et adaptée aux goûts locaux. » Des perspectives durables Au-delà de l’aide immédiate, l’ODELPA et le HCR souhaitent accompagner ces jeunes dans le suivi de leurs projets, afin d’assurer leur viabilité et leur pérennité. Dans des zones souvent marquées par la marginalisation, cette remise de fonds apparaît comme une lueur d’espoir. Les bénéficiaires repartent avec la conviction que leur avenir peut être différent, et que leurs projets, soutenus par l’ODELPA et le HCR, peuvent transformer non seulement leur vie, mais aussi celle de leur communauté. C’est un combat gagné contre la précarité permettant la promotion de l’inclusion sociale. Esperancia JEAN NOEL esperanciajeannoel@gmail.com

  • L'ODELPA mobilise la jeunesse contre la cyberviolence

    Dans la salle de conférence de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), à Delmas, une trentaine de jeunes se sont réunis ce vendredi 12 décembre 2025 pour prendre part à une séance de sensibilisation axée sur les violences numériques. L’activité, organisée sous le thème « Jèn kont vyolans nimerik », intervient dans un contexte préoccupant où les chiffres disponibles illustrent la vulnérabilité de cette génération face à l’essor fulgurant des réseaux sociaux dans le pays. Cette initiative avait pour objectif de contribuer à la prévention de cette forme de violence et à la promotion d’un changement de comportement chez cette catégorie, particulièrement les jeunes hommes. Cette séance a été assurée par Myriame François, assistante sociale, et Robens Doly, psychologue. Dans leurs interventions, ils ont déroulé le fil des violences en ligne, allant des insultes aux menaces, en passant par la diffusion non consentie de photos ou de vidéos. Les discussions ont également porté sur les moyens de se protéger et de signaler les abus. Quand l’intime devient arme de destruction Myriame François, assistante sociale Face à un public attentif et impliqué, l’assistante sociale a commencé par rappeler les grandes lignes des violences basées sur le genre, avant d’aborder le thème central de la séance. « La cyberviolence désigne toute forme de violence, d’agression, de harcèlement, de menace, de chantage, de diffamation ou d’atteinte à la dignité exercée par l’usage des technologies numériques. En d’autres termes, il s’agit de nuire à une personne par le biais du téléphone, d’Internet ou des réseaux sociaux », a-t-elle fait savoir. Pour aider les participants à reconnaître les différentes manifestations de ce phénomène, la facilitatrice a présenté de manière claire et structurée les principales formes de cyberviolence : cyberharcèlement, revenge porn, sextorsion, doxxing, deepfake, usurpation d’identité, stalking numérique et grooming. Elle a insisté sur les cas les plus répandus dans la société, en les illustrant par des exemples tirés du quotidien afin de rendre la présentation plus concrète. « Le revenge porn peut se définir par la diffusion publique ou privée d’images, vidéos ou audios à caractère intime sans le consentement de la personne concernée. Majoritairement, il survient après le partage de contenus entre personnes ayant une relation sentimentale, soit par chantage après une rupture, piratage de téléphone ou encore vol de fichiers », a-t-elle expliqué. Et de poursuivre : « Le grooming ou la prédation en ligne, c’est la manipulation progressive d’un mineur par un adulte à but sexuel en utilisant Internet ou les réseaux sociaux. Il commence par séduire sa cible avec des compliments ou des attentions, gagne sa confiance en se présentant comme un ami ou un confident, l’isole en lui demandant de garder le secret et de se couper de ses proches. Puis il exerce un chantage en utilisant des informations ou des images compromettantes pour maintenir son emprise, avant de passer à l’abus, qui peut se traduire par l’envoi forcé de contenus intimes ou même par une rencontre physique. » Comment se protéger des violences numériques ? À la suite des exposés, les jeunes ont souligné que la cyberviolence ne concerne pas uniquement les femmes et les jeunes filles : les hommes en sont également victimes. Toutefois, le problème majeur reste la politique du silence qu’ils adoptent face à ces situations, préférant taire leur souffrance plutôt que de la partager ou de chercher de l’aide. Face à cela, Mme François a insisté sur des gestes simples visant à se protéger  : ne jamais partager de contenus intimes identifiables, activer la double authentification, refuser les demandes d’amis inconnus, ne jamais envoyer d’argent en ligne et toujours demander conseil à un adulte avant de s’engager dans une relation virtuelle. La cyberviolence et les cicatrices invisibles Robens Doly, psychologue « Les violences numériques laissent des traces profondes, souvent invisibles, mais dévastatrices chez les victimes. Elles impactent leur santé mentale, provoquant des troubles psychologiques tels que l’anxiété, la dépression, une baisse de l’estime de soi, l’isolement total, pour ne citer que ceux-là . Aussi des troubles du sommeil », a expliqué M. Doly. Selon lui, la victime peut développer une irritabilité permanente, des explosions de colère, de la violence envers les autres, des conduites à risque, une baisse de concentration et une chute des performances. Elle peut aussi sombrer dans la dépendance à l’alcool, à la drogue ou dans des relations sexuelles dangereuses. Les jeunes en première ligne En fin de journée, des travaux de groupe ont été au cœur de cette formation. Scindés en quatre groupes, les participants ont réfléchi sur des stratégies de lutte contre la cyberviolence. Certains ont proposé la création d’un slogan de campagne ou d’un guide rapide pour se protéger en ligne. D’autres ont travaillé sur une présentation scénique pour sensibiliser la population ou sur l’analyse critique d’une publication dangereuse. À travers cette initiative, ODELPA ne se contente pas de sensibiliser : elle place les jeunes au centre de la riposte contre la cyberviolence. En les outillant pour reconnaître, dénoncer et prévenir ces abus. Elle souhaite bâtir une génération plus consciente, plus résiliente et capable de défendre une culture numérique saine et respectueuse. Esperancia JEAN NOEL esperanciajeannoel@gmail.com

  • VIH, lutte et résilience : Housing Works réalise la deuxième édition de sa journée Portes Ouvertes

    Tandis que la crise sécuritaire continue de déchirer le tissu social haïtien, l'organisation Housing Works a opposé au statu quo une réponse à la fois créative et déterminée. Deux jours avant la Journée mondiale de lutte contre le SIDA, son espace à Pétion-Ville s'est transformé en un foyer de mobilisation artistique et sanitaire. Sous le thème « Repenser la lutte contre le VIH, renforcer la prévention : ensemble, surmonter les défis », cette deuxième édition de sa Journée Portes Ouvertes a constitué un tournant stratégique dans la riposte nationale, notamment dans un contexte de ressources financières paralysées. Le succès retentissant de la première édition avait déjà révélé l'ampleur de la soif d'information du public, particulièrement la jeunesse. L'édition 2025, marquée par une affluence accrue, s'est positionnée comme une réponse concrète à ces attentes, offrant un cadre unique de dialogue, de sensibilisation et d'expression artistique. Un plaidoyer tenace face au silence de l’État Dr Eva Marly STEIDE, Directrice Pays de Housing Works D’entrée de jeu, la Directrice Pays de Housing Works, Dr Eva Marly STEIDE, a posé les termes du combat. Après avoir chaleureusement salué l’assistance, elle a rappelé les efforts de plaidoyer stratégique déployés par l’institution pour assurer la continuité de ses actions en dépit du gel des financements. « Housing Works déploie des réponses nationales multiples : un fonds de soutien aux PVVIH, des programmes de prévention et des actions de sensibilisation », a-t-elle déclaré. Poursuivant sur une note de ferme détermination, elle a ajouté : « Néanmoins, nous demeurons dans l’attente d’une réponse structurelle de l’État. Pendant ce temps, notre combat se poursuit sans relâche, car nous militons pour le respect absolu des droits et la dignité des Personnes Vivant avec le VIH. Cette mobilisation d’aujourd’hui incarne précisément cette persévérance, où chacun puisse repartir mieux informer, mieux outillé et plus conscient des méthodes de prévention accessibles, notamment la Prophylaxie pré-exposition (PrEP) et la Prophylaxie post-exposition (PEP), dont l’importance est plus cruciale que jamais ». La PEP entre urgence médicale et réalités sociales Cadrage de l'émission foraine spéciale a été consacrée à la Prophylaxie Post-Exposition (PEP) Au cœur de la programmation, une émission foraine spéciale a été consacrée à la Prophylaxie Post-Exposition (PEP). Animée par Xaviera R. ELIE, cette discussion a réuni sur son plateau des expertises complémentaires, offrant un panorama à la fois technique et humain de cet enjeu de santé publique. La première séquence a permis de poser les fondements. Dr Maureen LEONARD, Conseillère Clinique Principale à l'ISPD, a détaillé avec précision le protocole d'utilisation de la PEP, ce traitement d'urgence qui doit être initié dans les 72 heures après une exposition potentielle au VIH, en insistant sur son efficacité et son caractère vital. Dans un contraste saisissant, Me Abigaïl DEROLIAN, Responsable de la section VBG de l'organisation féministe « Nègès Mawon », a dressé un tableau des obstacles systémiques. Elle a exposé les dures réalités des survivantes de violences, pour qui l'accès à ce traitement est souvent entravé par la peur, la stigmatisation, la méconnaissance et la dislocation des services de santé due à la crise. Elle a aussi rappelé que la réponse médicale ne peut être dissociée d'un plaidoyer continu pour la justice et l'accès aux droits. La deuxième partie des échanges a élargi la perspective vers les stratégies globales. Fort de son expérience de terrain et de l'engagement salué lors de la précédente édition, Dr Christian MOUALA, Directeur Pays de l'ONUSIDA, a présenté les dernières orientations et avancées portées par l'agence onusienne dans la lutte mondiale. Son intervention a trouvé un écho direct dans celle du Dr Steeve SMITH, Responsable du service de prévention au Programme National de Lutte contre le SIDA du Ministère de la Santé Publique (PNLS/MSPP). Ce dernier a articulé les stratégies de prévention nationales, démontrant comment les actions concrètes sur le terrain, comme la promotion de la PEP, s'inscrivent dans l'objectif ambitieux mais essentiel pour l'élimination du VIH d’ici 2030. Housing Works au carrefour de sensibilisation et d'échanges Le hall principal avait été ponctué de messages visuels percutants, rappelant les moyens de prévention. Au centre, une constellation de stands, soigneusement agencés, accueillait les représentants de plus d'une dizaine d'organisations partenaires, telles que l'ISPD, l'Institut Panos, Serovie et FOSREF. Chaque espace était un point d'accès à l'information, au dialogue et à des ressources, matérialisant ainsi la diversité et la complémentarité des acteurs engagés dans la lutte. Ces structures ont non seulement exposé des outils pédagogiques sur le VIH et les méthodes de prévention, mais ont également mis en avant le pilier communautaire de la réponse. Des organisations comme Marijàn y ont présenté leur travail sur les violences basées sur le genre (VBG) et l'autonomisation. Parallèlement, des stands d'artisanat et de gastronomie, réalisé par l'AFIAVIH et FOLAJ+, ont valorisé les créations des Personnes Vivant avec le VIH (PVVIH). Cette mise en lumière faisait directement écho à la campagne de financement participatif lancée par Housing Works en 2024 pour soutenir leurs activités génératrices de revenus. Enfin, une salle d'exposition adjacente retraçait quant à elle les actions de Housing Works. Quand l’art est aussi au rendez-vous La dimension culturelle a constitué l'un des moments les plus saisissants de la journée. La compagnie de « Théâtre Ami » a présenté une œuvre originale, conçue et dirigée par Housing Works, intitulée « Swasann douzèd tan ». Cette pièce, un drame social percutant, a placé sous projecteurs la Prophylaxie Post-Exposition (PEP), en abordant avec une justesse son urgence dans les cas de viol. En mettant en scène la fenêtre d’intervention critique de 72 heures, la troupe a réussi le pari difficile d’associer une émotion tangible à une information de santé vitale, rendant le message mémorable. Plus tard, le public a été portée par la voix envoûtante de la chanteuse Néhémie BASTIEN, sur les notes « Refren doulè ». Elle a glorifié au passage le soutien apporté par Housing Works à l’atelier « ATEMO. La voix des participants Le succès de l'événement s'est également mesuré à l'aune des réactions des participants. « C'était une belle activité et elle était très enrichissante. Je suis contente qu’une sensibilisation axée sur la PEP a été au rendez-vous. Beaucoup de gens parlent du VIH, de la PrEP, des ARV, mais ils oublient la PEP », a expliqué Jhovany HERARD. Et de poursuivre : « La seule chose qui m'a un peu déplu, c'est qu'il n'y a aucun endroit où l'on peut trouver la PrEP. C'est comme s'ils venaient à oublier les gens qui ne sont pas des PVVIH ». Cette remarque met en lumière le fossé persistant entre la sensibilisation et l’accessibilité réelle des outils de prévention, une lacune qui appelle à une mobilisation renforcée des acteurs institutionnels et communautaires. L’édition 2025 de la Journée Portes Ouvertes de Housing Works a pleinement incarné sa mission : créer un espace où l’accès à l’information, la prévention, l’expression artistique et la dignité des personnes affectées convergent. Un sentiment de fierté se lisait sur les visages des organisateurs. Cette journée a ainsi démontré que même dans un contexte de contraintes extrêmes, la mobilisation par la connaissance, l’art et la communauté reste une force irremplaçable Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gamil.com

  • Face à l’insécurité croissante, ODELPA et ses partenaires tendent la main aux déplacés internes

    La foule présente lors de la distribution Dans un pays en proie à l’instabilité, l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) a transformé ses locaux à Delmas en un sanctuaire d’espoir. Le 20 novembre 2025, plus de 300 kits d’hygiène ont été distribués à des personnes en situation de grande vulnérabilité : déplacés internes, survivantes de violences et jeunes de quartiers à risque. « L’action que nous menons aujourd’hui, bien qu’elle soit matériellement modeste, est l’expression de solidarité et d’un soutien inébranlable. Je suis, au même titre que vous, une personne déplacée. En tant que résidente de Tabarre contrainte à l’exil interne, j’ai été personnellement affectée par la dégradation sécuritaire que subit notre pays. De fait, cette activité traduit la volonté d’ODELPA d’accompagner les populations les plus vulnérables. Je vous remercie de votre présence ». Ces paroles émouvantes, prononcées par la présidente de l’Organisation, Mme Ficeline RATEAU, ont donné le ton à l’activité. Entre besoins immenses et moyens limités Dudley SAINT JEAN, représentant du HCR Cette initiative humanitaire a été rendue possible grâce au soutien de partenaires internationaux tels que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), ONU Femmes et ONUSIDA. Elle visait à offrir des outils concrets face à la précarité. Pour introduire l’activité, réunis au milieu de la foule, les hauts dignitaires ont mis en lumière la tension constante entre l'ampleur des besoins et la rareté des moyens. M. Dudley SAINT JEAN, représentant du HCR, a souligné l'engagement de son institution, justifié par une conscience aiguë de la situation. « C'est un honneur pour le HCR de mettre la main à la pâte pour votre bien-être. Nous sommes directement informés de l'état de ceux qui sont déplacés et ceux qui ont tout perdu. En reconnaissant la modestie de cet effort, je tiens à vous rassurer que ce geste, quoiqu’il ne comble pas tous vos besoins, sera apprécié », a-t-il déclaré. Louiny FONTAL, Directeur technique d’ODELPA, a quant à lui résumé la réalité. « Les besoins sont énormes, pendant que les ressources sont limitées ». Un aveu franc qui met en lumière la tension permanente dans laquelle œuvrent les acteurs humanitaires. La parole de quelques bénéficiaires La réalité du terrain a vite dépassé les prévisions logistiques. Le besoin étant plus criant que prévu, l'affluence a submergé le stock. L'ODELPA n'avait prévu que 200 kits, mais a finalement dû en distribuer plus de 300. Un écart qui témoigne de l'urgence silencieuse vécue par ces familles.L'événement s'est déroulé dans un esprit d'ordre et de discipline, salué par la présidente. La réaction des bénéficiaires, empreinte de gratitude, s'est transformée en un murmure d'espoir. « Pour moi, cette initiative est précieuse, car elle représente un appui concret qui vient soulager certains besoins essentiels de notre quotidien. Je tiens à féliciter le HCR pour ce geste et à les encourager à poursuivre ce travail, car il apporte un changement positif dans la vie de nombreuses personnes comme moi. Continuez à apporter de la lumière là où il y a des besoins », a témoigné une jeune bénéficiaire ayant participé à la cohorte de novembre 2024. Cette jeune bénéficiaire de la cohorte de juin 2024 a ajouté avoir été très satisfaite du déroulement de l’activité. « La manière dont le kit nous a été remis avec respect m’a beaucoup touchée. Les produits sont de bonne qualité, en particulier les savons que j’ai beaucoup aimés, ils sentent très bon ». Et de poursuivre : « Pour la prochaine fois, j’aimerais que cette initiative puisse atteindre encore plus de personnes. Il n’y avait que le déodorant qui manquait, sinon tout était parfait pour moi. J’ai même partagé certains produits de mon kit avec d’autres voisins vivant dans des conditions difficiles ». Et si c’était l’avant-goût d’un « Cadeau de Noël » ? Louiny FONTAL L'événement s'est achevé sur une note d'expectative. M. Louiny FONTAL a adressé un appel pressant au HCR en faveur d'un appui accru avant la fin décembre, qu'il a joliment désigné comme un « cadeau de Noël ». Cette requête, portée publiquement, projette la possibilité d'un horizon moins sombre pour les bénéficiaires. Finalement, cette journée demeure le symbole de l'entraide et du respect mutuel qui continuent de briller malgré l’adversité. Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

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