top of page

Entre quotas et exclusion : les corps « non rentables » dans les transports publics haïtiens

  • Photo du rédacteur: Odelpa
    Odelpa
  • il y a 7 heures
  • 3 min de lecture

« Douze passagers par voyage, pas un de moins. Je t'ai prévenu : les handicapés, laisse-les sur le trottoir. Ils cassent mon quota et je perds mon temps », a vociféré sans détour un chauffeur à son contrôleur ce matin, sous le regard passif des usagers à bord.


Cette déclaration, captée à la volée dans le brouhaha d'un véhicule de transport public, déchire le voile sur une mécanique d'exclusion profondément ancrée dans la société. Dans le dédale des trajets collectifs, l’accès pour tous n’est plus un droit universel, mais une équation comptable. Et dans ce calcul, certains passagers sont tout simplement soustraits.


Loin d’être un dérapage fortuit, cette hostilité est le symptôme d’une pathologie sociale profonde. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 1,3 milliard de personnes — soit un individu sur six dans le monde — vivent avec un handicap. Pour elles, l’espace public est un champ de mines semé de barrières qui entravent l’accès à une existence digne. L’OMS souligne d’ailleurs que ces citoyens font face à un risque accru de pauvreté et d’exclusion des services essentiels : éducation, santé, emploi et infrastructures adaptées.


En Haïti, cette réalité prend une tournure particulièrement cruelle. Au-delà des comportements discriminatoires, les infrastructures elles-mêmes, souvent vétustes, condamnent ces personnes à l’immobilité et mettent en péril leur sécurité à chaque tentative de déplacement.


Des corps jugés incompatibles



Dans ce système, la vulnérabilité se heurte de plein fouet à l’obsession du rendement. Pour les chauffeurs, chaque passager à mobilité réduite est perçu comme une contrainte, une anomalie qui ralentit la cadence et empiète sur l’espace précieux du gain.


Mais cette sélection ne s’arrête pas là : les personnes dites plus size subissent une épreuve similaire. Si le refus n’est pas toujours explicite, il se décline en une panoplie de gestes dissuasifs : soupirs appuyés, remarques acerbes, injonctions à « se serrer », voire refus déguisés sous prétexte d’un manque de place imaginaire.


« Un jour, en me rendant à l’université, j’ai été témoin d’une scène de déshumanisation ordinaire. J’étais assis dans une camionnette lorsqu’une personne en surpoids est montée à bord. En un instant, les passagers se sont levés pour s’agglutiner de l’autre côté, comme pour éviter la peste », relate Adam PIERRE, un jeune étudiant en sciences administratives.


Cette scène de rejet viscéral fait écho au témoignage de Victoria A. Lines EXUMÉ, livré le 14 mai 2025 sur le plateau de l’émission Attitude à l’Organisation de Développement et de Lutte Contre la Pauvreté (ODELPA).


« Dans les camionnettes, on exige souvent que je paie deux places, comme s’il fallait tarifer mon corps. Depuis, j’ai choisi de circuler à moto plutôt que de subir les regards inquisiteurs et les propos blessants qui pullulent dans ces transports. Je préfère m’épargner ce supplice et le poison des jugements », a expliqué la massothérapeute.


À travers cette prise de parole, elle a dépeint sans détour les défis quotidiens et la violence du regard social auxquels sont confrontées les personnes en surpoids.


La dictature du chiffre



Cette course à la rentabilité transforme le transport public en une foire commerciale où seuls les corps « standards » semblent les bienvenus. La mission de servir tous les citoyens sans distinction s’efface devant l’appât du gain. La différence n’est plus une caractéristique humaine : elle devient un manque à gagner.


Pourtant, les lois existent et garantissent le respect de la dignité humaine. Pourquoi leur application est difficile dès qu’elles croisent la réalité de nos trottoirs ?


Réduire ce fléau à la seule moralité des chauffeurs serait une erreur de diagnostic. Une complicité silencieuse persiste au sein de la population qui, par lassitude ou indifférence, préfère trop souvent détourner le regard face à ces injustices répétées. Mais ce mal s’enracine avant tout dans l’absence de suivi public et de régulation effective.


Ces dérives interpellent directement les autorités étatiques dans leur rôle de garantes du droit. Car au-delà du simple constat, une question demeure : qu’adviendra-t-il de notre société si, en plein XXIe siècle, l’exclusion continue de dicter sa loi au vu et au su de tous ?


Adam PIERRE : Nom d’emprunt


Marc-Kerley FONTAL

 
 
 

Commentaires


         Adresse et contact         

16, Delmas 52 & 54  HT 6121 Delmas, Haïti,

Téléphone:

(509) 4356 2890

(509) 4621 3030

(509) 3657 6481

(509) 3438 2315

        Nous contacter      

Merci de nous avoir contacté,

on vous répondra sous peu.

       Media       

Logo Attidude_blanc.png
  • Facebook
  • Twitter
  • YouTube

Brochures 5 VF.pdf

bottom of page