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Haïti : l’éducation en sursis ou l’histoire du Collège Mixte Justin JUSTE ?

  • Photo du rédacteur: Odelpa
    Odelpa
  • il y a 15 minutes
  • 3 min de lecture


« Un vendredi de mars 2024, j’étais chez moi, en congé après les examens du deuxième contrôle. À l’autre bout du fil, un responsable m’a annoncé que le site de l’école avait été vandalisé. Des hommes sont entrés. Tout a été détruit. Jusqu’à ce jour, je ne suis jamais retourné sur ce lieu où j’avais tant investi », a déclaré David BAZIL, directeur du Collège Mixte Justin JUSTE.


Dans un contexte marqué par une insécurité croissante, l’enseignement recule sous la pression des groupes armés. Le témoignage de ce normalien éclaire l’érosion d’un système déjà éprouvé et met en évidence l’impact de la violence sur l’accès au savoir. En ce 24 janvier 2026, Journée internationale de l’éducation, le contraste est saisissant : tandis que l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) célèbre « le pouvoir des jeunes dans la co-création de l’éducation », Haïti révèle un visage meurtri. Selon un rapport conjoint du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et de Plan International, plus de 900 structures scolaires ont cessé leurs activités dès janvier 2024. Entre avril et juin de la même année, près de 3 000 sites sont devenus inaccessibles, touchant plus de 300 000 enfants, selon les données du Ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) relayées par AyiboPost en novembre 2024. 




À Delmas 19, l’établissement accueillait des élèves du préscolaire au troisième cycle jusqu’au jour du basculement. Lors d’un affrontement entre les groupes armés et les forces de l’ordre, le mobilier a été arraché aux salles de classe pour ériger des barricades. Documents administratifs, dossiers scolaires et réserves alimentaires, provenant de Food for the Poor et de la Fondation Lespwa, ont été pillés.


Pourtant, les seigneurs du pavé avaient juré que les lieux seraient épargnés en raison du service rendu à la communauté. Cette promesse a été cyniquement démentie une semaine avant l’attaque, lorsqu’une « taxe de protection » de 10 000 dollars américains a été exigée.


« Nous percevons des frais modestes pour rendre l’éducation accessible à tous. Nous sommes souvent dans l’incapacité de payer les professeurs et même de régler le loyer. Réunir une telle somme était absolument impossible », a expliqué M. BAZIL.


Un bâtisseur dans l’âme


Originaire de Mirebalais, le sexagénaire s’est orienté très tôt vers l’enseignement. Dès la neuvième année fondamentale, il transmettait son savoir au Collège Bethléem, sis au cœur de sa ville. Après le baccalauréat, il a rejoint Port-au-Prince pour intégrer l’École normale supérieure (ENS). Parallèlement à ses études, ses leçons particulières à domicile assoient sa notoriété dans la zone de Delmas.

Fort de cette reconnaissance, il fonde, en 2007, le Collège Mixte Justin JUSTE.


« Grâce au soutien financier d’un ami, Issat ALAMA, j’ai conçu cette institution qui, avec un taux de réussite avoisinant les 90 % aux examens officiels, a rapidement été repérée comme un modèle. Trois ans plus tard, l’afflux des effectifs nous a conduits à la  rue La Barbancourt, où nous avons fonctionné durant quinze ans. La bâtisse, fissurée par le séisme du 12 janvier 2010, nous a obligés à rejoindre Delmas 19 afin d’assurer notre mission pédagogique. Les voies étant parallèles, les élèves n’ont eu aucun mal à nous suivre, et l’excellence scolaire est demeurée constante », a-t-il relaté.


L’exil scolaire


En mai 2024, au lendemain du pillage, l’institution a trouvé refuge à la Cité-aux-Cayes durant six mois. Une brève accalmie, puisqu’une hausse brutale des frais de location a provoqué un nouveau départ. Aujourd’hui, les cours se tiennent à Delmas 31 prolongé, rue Gaou Guynioud, dans des locaux partagés avec l’institution du pasteur BIEN-AIMÉ.


Face à cette instabilité, si certains élèves s’accrochent encore, quoique vivant parfois dans la promiscuité des camps de déplacés, d’autres ont fui vers les provinces. La précarité matérielle devient alors un obstacle quotidien à l’apprentissage.


« Je lance un appel à toutes les organisations qui peuvent nous aider avec les enfants. Il arrive que certains d’entre eux n’aient même pas de cahiers pour suivre les cours ; Conscients de la réalité du pays, nous sommes obligés de les accepter », a plaidé le directeur avec émotion.


Entre foi et devoir d’État


Derrière cette résilience, David BAZIL puise sa force dans sa foi, espérant que Dieu se souvienne d’Haïti comme il s’est souvenu d’Israël. Ce témoignage souligne l’abîme entre les principes de l’UNESCO, qui définit l’école comme un espace protégé, et la tragédie haïtienne.


Dans un paysage où un établissement sur trois est aujourd’hui hors service, le normalien refuse de capituler.

« L’éducation est une responsabilité régalienne. Sans une intervention ferme de l’État, la jeunesse continuera de s’enfoncer dans l’abîme. Car, comme l’a dit Nelson Mandela, l’éducation demeure l’arme la plus puissante pour transformer une nation en péril », a-t-il conclu, interpellant les autorités étatiques à leur devoir.


Marc-Kerley FONTAL


 
 
 

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