ODELPA/HCR: de la rencontre stratégique vers le développement durable
- Odelpa

- 13 janv.
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Dans un contexte de raréfaction des financements internationaux, alors que les besoins humanitaires s’intensifient, l’Organisation de Développement et de Lutte Contre la Pauvreté (ODELPA) a franchi une étape décisive dans la consolidation de son positionnement stratégique. Le 2 décembre 2025, au siège de l’institution à Delmas, Mme Ficeline Fils RATEAU, Présidente de l’ODELPA, a reçu une délégation de haut rang du HCR, conduite par le Représentant Régional pour l’Amérique latine et des Caraïbes, accompagné de M. Dudley SAINT JEAN, Protecteur Associé. Cette rencontre a également bénéficié de la participation du Directeur Pays de l’ONUSIDA, le Dr Christian MOUALA. Autour de cette ambition commune, le staff managérial de l’ODELPA, composé du Directeur Technique, M. Louiny FONTAL ; du Directeur de projets, M. Garry COQUILLOT, ainsi que les responsables des départements psychosocial, administratif et comptabilité. Aussi la Directrice Exécutive, Mme Soeurette POLICAR, qui a suivi les échanges en ligne.

Cette initiative traduit une volonté partagée : l'autonomie communautaire en moteur de développement durable. Elle s’appuie sur les résultats concrets des cohortes de la campagne de sensibilisation, d’éducation, d’appui psychosocial et de renforcement économique auprès des jeunes. Tout en poursuivant les actions menées auprès des survivantes de violences basées sur le genre (VBG), les dynamiques communautaires et les stratégies de communication engagées sur le terrain.
« Travailler comme en famille » : Le nouveau credo d’un partenariat d’égal à égal
« Quand on est partenaires, on travaille comme en famille ». C’est par cette affirmation solennelle que Mme RATEAU a ouvert les échanges, positionnant d’emblée l’ODELPA non comme un simple récipiendaire de fonds, mais comme un partenaire stratégique de premier plan. À tour de rôle, les responsables de l’organisation ont exposé, avec une précision chirurgicale, les retombées tangibles de ce partenariat.
Les résultats du terrain

M. FONTAL a dressé le panorama d’une organisation en pleine ascension, misant sur l’excellence opérationnelle et le bilan 2023-2025. « Notre mission est de promouvoir la dignité et l’autonomie. De 2023 à aujourd’hui, nous avons réussi le pari de renforcer les capacités de plus de 1 000 jeunes et de financer 200 activités génératrices de revenus (AGR), prouvant que l’ODELPA est un moteur de changement réel dans les dix départements », a-t-il affirmé, en mettant l’accent sur l’innovation de l’atelier de coupe et couture.

Ensuite, le psychologue Robens DOLY a porté la voix de la Cellule Psychosociale, une unité née de l’urgence en avril 2025. « Nous traitons des cas d’une gravité extrême, allant des viols collectifs aux traumatismes de guerre. En sept mois, 300 femmes ont été accompagnées, mais l’urgence demeure. Il nous faut un site de refuge et une structure médicale renforcée pour ne laisser aucune victime derrière nous », a-t-il plaidé avec une solennité marquante.
Dans ses propos, Mme Esperancia Jean Noël, Responsable de communication et également maîtresse de cérémonie, a démontré comment l’action de terrain se transforme en influence publique. « La communication est le pont entre nos actions et la communauté. À travers 15 émissions thématiques et 20 capsules de sensibilisation, nous avons documenté l’impact pour renforcer la transparence et, surtout, briser le silence autour de la stigmatisation », a-t-elle expliqué, soulignant l’importance de la présence digitale de l’organisation.
Enfin, M. Garry COQUILLOT, Directeur de projets, a projeté l’assemblée vers l’avenir, malgré les défis financiers. « Le constat est rude, les financements baissent alors que la demande explose. Pourtant, notre vision pour 2026 est inébranlable. Avec la Ferme École Paysanne de 100 hectares, nous voulons transformer la fragilité actuelle en une autonomisation économique durable pour les jeunes et les déplacés », a-t-il conclu, scellant la détermination de l’équipe.
La preuve par l’impact : Quand les bénéficiaires prennent la parole

Si l’exposé technique a démontré la solidité structurelle de l’institution, c’est l’irruption du réel, portée par deux voix issues des quartiers de Cité Soleil, qui a fini de bouleverser l’assistance. Issus des cohortes formées au cœur de la campagne d’éducation, de sensibilisation et de renforcement économique, Elimas DORVAL et Junia PRÉSUMÉ ont retracé leur odyssée personnelle, transformant la salle de conférence en un théâtre d’émotions.
Elimas debout, un micro à la main, un réchaud artisanal posé à ses pieds. Alors que la MC assurait une traduction fluide pour les partenaires internationaux, il s’est livré sans fard : « Avant cette formation, ma vie n’était qu’une succession de luttes et d’incertitudes. J’étais l’un de ces jeunes livrés à eux-mêmes, accroché aux jeux de hasard comme ultime échappatoire, vendant du "papadap" dans les rues pour subvenir à mes besoins les plus élémentaires. Intégrer ce programme a été, pour moi, bien plus qu’une opportunité : un honneur, une chance inespérée de transformation. Malgré les embûches, j’ai tenu bon, parce qu’au fond de moi subsistait un rêve et l’espoir tenace qu’un autre avenir était possible », a-t-il confié, la voix trahissant une pointe d’émoi.
Et de poursuivre : « Grâce au financement reçu, j’ai engendré mon entreprise. Aujourd’hui, nous confectionnons et livrons nos réchauds à Port-au-Prince et en province. Avant, j’étais seul ; désormais, je suis un employeur. Je contribue à l’économie de ma communauté, je prends soin de ma famille et de mes employés. Cet homme que je deviens me rend profondément heureux », a-t-il conclu dans un élan de fierté.
À sa suite, Junia a offert un témoignage d’une résilience hors du commun. Elle a mis en lumière l’impact vital de l’autonomisation féminine. Grâce à son capital de démarrage, elle a su ériger une boutique tout en poursuivant ses activités de marchande ambulante de sandales à travers les quartiers. Son pragmatisme force le respect : en intégrant des "tontines" et en gérant rigoureusement ses revenus, elle a pu financer et achever ses études classiques en juillet 2024.
Aujourd’hui, Junia est le pilier d’une famille transnationale. Elle subvient aux besoins de sa mère et de sa petite sœur, tout en envoyant un soutien financier à son beau-père, installé aux États-Unis via le programme Humanitarian Parole, mais encore en attente de son permis de travail. « Je remercie chacun de vous ici présents. Vous avez contribué à m’élever au sein de cette société si difficile », a-t-elle murmuré, le souffle court, luttant pour retenir une larme qui perlait au coin de l’œil.
Entre rigueur budgétaire et reconnaissance du mérite : Le HCR s’engage

Face à ces trajectoires de vie transfigurées, la délégation du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) a réagi avec une solennité proportionnelle à l’impact démontré. Le Représentant Régional, visiblement ému par la métamorphose des jeunes de Cité Soleil, a salué ce qu’il qualifie de « modèle de résilience ».
Toutefois, derrière l’émotion, le discours s’est voulu d’un réalisme. Dans un contexte de coupes budgétaires mondiales drastiques, le HCR a rappelé que le rendement est désormais le seul gage de pérennité. « Suite aux réductions de financement, le HCR mise désormais sur la productivité. Pour les pays et les structures qui ne donnent pas de résultats probants, nous sommes contraints, malgré nous, de suspendre les partenariats », a relaté avec franchise le représentant du HCR.
C’est ici que l’ODELPA a marqué un point convaincant. Grâce à la solidité de ses indicateurs et à l’authenticité de son impact sur le terrain, l’organisation a sécurisé sa collaboration pour l’année 2026. « L’ODELPA a encore cette chance de maintenir un contrat avec nous pour 2026, malgré un contexte où tout devient extrêmement difficile », a-t-il ajouté.
Le "Nexus" de l’ONUSIDA : vers une autonomie structurelle
À cette adhésion du HCR s’est jointe la vision stratégique du Dr Christian Mouala. Intervenant au nom de l’ONUSIDA, il a inscrit l’action de l’ODELPA dans le cadre conceptuel du « Nexus Humanitaire-Développement ». « La réponse durable à la crise des déplacés internes réside dans l’autonomisation économique des familles d’accueil, un domaine où l’ODELPA excelle véritablement », a martelé le Dr Mouala.
Il a d’ailleurs projeté l’assemblée vers un horizon ambitieux, suggérant d’intégrer la dimension écologique à la réussite économique. « Nous devons envisager une extension de ce modèle vers le développement durable, en collaboration avec le Programme des Nations unies pour (PNUE), afin de structurer des projets à fort impact environnemental, à l’instar de la future Ferme École de 100 hectares projetée pour 2026 », a-t-il proposé.
Le plaidoyer audacieux de la Présidente

L’apogée de la rencontre fut sans doute l’interpellation audacieuse de la Présidente. Dans une adresse directe et assumée au Représentant Régional, Mme Ficeline RATEAU a élevé l’échange au rang d’un véritable plaidoyer stratégique.
« Monsieur SEGAS, comment pourriez-vous aider l’ODELPA à accéder à d’autres partenaires ? Pourriez-vous être ce catalyseur, ce passeur, vers ces bailleurs ? C’est tout ce que je vous demande », a-t-elle lancé, jetant ainsi les bases d’un repositionnement ambitieux de l’organisation sur l’échiquier international. Pour le numéro un de l’ODELPA, il ne s’agit plus de recevoir, mais de coconstruire une influence capable de bousculer les lignes du financement mondial.
Cette rencontre, conclue par une séance de photo consacre la maturité institutionnelle de l’ODELPA. De ce fait, l’organisation ne se contente plus de répondre à l’urgence ; elle s’affirme comme un moteur de stabilité sociale et de réinsertion économique.
Marc-Kerley FONTAL





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