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CLM : un miroir sans complaisance du système de santé haïtien

  • Photo du rédacteur: Odelpa
    Odelpa
  • il y a 14 minutes
  • 6 min de lecture

Ce mardi 20 janvier 2025, l’hôtel Villa Thérèse, à Pétion-Ville, a accueilli la rencontre de restitution du Community Lead Monitoring (CLM). Coordonnée par l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), cette activité, tenue en format hybride, visait à confronter les réalités du terrain aux politiques publiques de santé à travers une analyse approfondie des données collectées. En rendant ces résultats publics, l’OCSEVIH entend renforcer la transparence et contribuer à l’amélioration de la qualité des soins offerts aux patients dans les différents sites de prise en charge à travers le pays.Les résultats d’un cycle de surveillance mené entre juin et août 2025 dans 27 établissements répartis dans les dix départements géographiques du pays ont été présentés. Au total, 647 personnes, dont 321 patients tuberculeux, ont participé à l’enquête.


L’événement a réuni plusieurs personnalités, notamment : Dr Fritz MOISE, président du Forum de la Société Civile ; Mme Soeurette POLICAR, coordonnatrice générale du CLM ; Mme Ficeline RATEAU, présidente de l’ODELPA ; Dr Dina SAINTILMON, représentante du Programme commun des Nations Unies sur le VIH (ONUSIDA) ; Mme Leinadine LUCIEN MAURICE, directrice adjointe de Housing Works ; Mme Joanne H. ISIDOR, directrice des données du CLM ; Dr Steeve SMITH, responsable du service de prévention du Programme National de Lutte contre le Sida (PNLS) ; Dr Richard MILOT, coordonnateur du Programme National de Lutte contre la Tuberculose (PNLT) ; et M. Guy Marcel CRAAN, responsable du suivi et de la stratégie au Comité de Coordination Multisectoriel (CCM-Haïti). Étaient également présents des membres du comité directeur de l’OCSEVIH, du Groupe Consultatif Communautaire (GCC), des assistants de données, ainsi que des moniteurs et coordonnateurs de zone.


Prises de parole officielles : un plaidoyer au profit des plus vulnérables



D’entrée de jeu, les interventions officielles se sont succédé à la tribune. Empreintes de détermination, elles ont mis en évidence le rôle central du suivi communautaire dans un pays fragilisé par des crises sociopolitiques.


Derrière ses fines montures, Mme RATEAU a inscrit cette rencontre sous le sceau de la résilience. Elle a salué la présence des participants, malgré un contexte sécuritaire particulièrement dégradé.


« Cette journée marque une étape importante dans notre engagement collectif à améliorer la qualité des services destinés aux populations les plus vulnérables, notamment celles exposées à la tuberculose et au paludisme. Depuis 2020, l’Observatoire ne se limite pas à produire des rapports : il met en lumière les dysfonctionnements et propose des pistes concrètes là où le système de santé vacille », a-t-elle déclaré.Dans ses propos, le numéro un de l’ODELPA a plaidé pour que la santé cesse d’être un privilège réservé à quelques-uns, mais devienne un droit effectif pour tous.


Dr Fritz MOISE, de son côté, a dressé un constat éveillé sur la situation du mécanisme CLM, évoquant une année 2025 marquée par des coupes budgétaires sévères ayant affecté certains services liés au VIH. Malgré ces contraintes, il a salué l’engagement des équipes.

« Le CLM d’Haïti demeure un modèle. Nous menons des plaidoyers constants pour retrouver notre souffle et préserver cette référence », a-t-il affirmé.


Dans le même esprit, Mme Marie-Antoinette TOUREAU a souligné la portée stratégique de ce bilan, estimant qu’il permet de mesurer les progrès accomplis tout en identifiant les failles budgétaires persistantes.




Dans son intervention, Mme Leinadine L. MAURICE, directrice adjointe de Housing Works, bras technique de l’Observatoire, a rendu hommage aux moniteurs et coordonnateurs de zone, véritables chevilles ouvrières du projet. Elle a réaffirmé l’engagement de Housing Works à fournir une assistance technique adaptée au contexte actuel.


« Ces données constituent les munitions indispensables d’un plaidoyer efficace. Elles existent grâce à ces héroïnes et héros qui bravent l’insécurité et les barrages routiers pour documenter la réalité », a-t-elle précisé.



Représentant le directeur pays de l’ONUSIDA, Dr Dina SAINTILMON a rappelé que le mécanisme CLM 2025 poursuivait quatre objectifs majeurs : collecter des données fiables, renforcer le plaidoyer, assurer le suivi des actions correctives et consolider les capacités de l’Observatoire. Elle a insisté sur le fait que la tuberculose et le paludisme touchent de manière disproportionnée les populations vivant dans des zones contrôlées par des groupes armés.


« Le CLM permet de donner une voix à ces communautés et d’orienter les décisions là où les besoins s’avèrent les plus urgents », a-t-elle déclaré, saluant l’ouverture du MSPP au dialogue.


Dr SMITH, pour sa part, a reconnu la valeur stratégique de cette surveillance citoyenne pour l’action publique.

« Le CLM constitue notre regard sur le terrain. Son travail appuie l’État dans ses missions d’intervention, de régulation et d’assistance », a-t-il admis, soulignant la complémentarité entre autorités sanitaires et acteurs communautaires.


Radiographie d’un système de santé mis à l’épreuve



Après les discours, la parole a été donnée aux équipes techniques de l’OCSEVIH. Joanne H. ISIDOR a exposé la méthodologie du CLM, rappelant que la surveillance dirigée par la communauté repose sur la collecte de preuves via CommCare, l’engagement des prestataires de services et le suivi des engagements pris.


« Pour chaque site et chaque programme, un échantillon aléatoire d’au moins quinze patients est interrogé. La validation exige la complétude des quatre outils : observations, enquêtes auprès des responsables, des infirmières et des patients », a-t-elle expliqué.


La présentation de John JOSEPH, membre du GCC, a révélé plusieurs faiblesses relatives aux soins liés à la tuberculose.« Neuf pour cent des patients interrogés n’avaient jamais entendu parler de la TB et 15 % déclaraient ne recevoir aucune consigne de prévention lors de leurs visites », a-t-il précisé. Il a ajouté que, dans 37 % des sites, aucun masque ni mouchoir n’était remis aux patients symptomatiques, tandis que 52 % des établissements manquaient d’affiches de sensibilisation.


« Dans 15 % de ces structures, les patients tuberculeux ne sont pas séparés des autres, ce qui favorise la transmission du bacille », a-t-il insisté.


De son côté, Francesca J. BUTEAU, assistante de données, a pointé les obstacles techniques et logistiques, notamment les retards dans la disponibilité des résultats de tests.

« Le test d’expectoration (69 %), la radiographie (46 %) et le GeneXpert (50 %) figurent parmi les examens les plus pratiqués. Toutefois, 28 % des responsables signalent des ruptures de stock de médicaments essentiels comme le RHEZ et la rifapentine », a-t-elle déclaré, déplorant également l’intégration incomplète du dépistage VIH chez les patients tuberculeux.


Concernant le paludisme, Johny CLERGÉ, membre du GCC, a mis en évidence un déficit marqué de la sensibilisation communautaire.

« Vingt-huit pour cent des patients interrogés n’avaient jamais entendu parler de la malaria et 69 % ne voyaient aucune affiche d’information dans les centres », a-t-il rapporté. Il a souligné l’impact des ruptures de stock de primaquine (57 %) et de chloroquine (43 %), ajoutant que « 11 % des patients testés positifs ne commencent pas le traitement le jour même ».



L’intervention de Robens DOLY sur les violences basées sur le genre a mis en lumière une réalité particulièrement alarmante. Entre mai et décembre 2025, 283 cas de violences sexuelles ont été documentés.


« Nous avons recensé 248 viols collectifs et 34 viols individuels, dont deux sur des mineures », a-t-il précisé, ajoutant que 83 enfants avaient été témoins du viol de leur mère et que six survivantes déclaraient avoir contracté le VIH à la suite de ces agressions.


Échanges et recommandations


Les discussions qui ont suivi ont mis en évidence un système de santé fonctionnant en situation de survie, confronté à l’insécurité, aux blocages routiers et à l’épuisement du personnel. Ces échanges ont confirmé que le CLM constitue un levier essentiel pour ajuster les interventions en temps réel.


Présentant les recommandations finales,

Johny CLERGÉ a appelé à renforcer la sensibilisation communautaire sur la tuberculose et le paludisme, à sécuriser l’approvisionnement en médicaments essentiels et à garantir une prise en charge multisectorielle des survivantes de VBG, incluant la prophylaxie post-exposition dans les délais requis. Il a également plaidé pour un soutien accru aux moniteurs et coordonnateurs de zone.


En clôture, Mme POLICAR, coordonnatrice générale du CLM, a salué la qualité des échanges et la transparence des données présentées.

« Ce bilan n’est pas une fin en soi, mais une boussole. Malgré l’insécurité et le manque de ressources, la communauté démontre sa capacité à produire une expertise crédible pour exiger le respect du droit à la santé », a-t-elle affirmé.


La rencontre s’est achevée dans une atmosphère conviviale, scellant l’engagement des institutions présentes à transformer ces données en un plaidoyer structuré pour l’année 2026.


La rédaction

 
 
 

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