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  • Organisation d’un atelier de révision et d’harmonisation du document cadre et du plan de plaidoyer du CLM

    L’Hôtel Montana a accueilli, les jeudi 13 et vendredi 14 novembre 2025, un atelier de travail consacré à la révision et à l’harmonisation du document cadre et du plan de plaidoyer du Community Lead Monitoring (CLM). Organisée sous la coordination de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), cette rencontre poursuivait un double objectif : Affiner l'analyse et l'utilisation des données recueillies sur le terrain et favoriser leur utilisation dans les actions de plaidoyer, afin d’améliorer la qualité des services offerts dans les sites de prise en charge des personnes vivant avec le VIH, des patients atteints de paludisme et de tuberculose. Cet événement hybride a rassemblé près d’une cinquantaine de participants, témoignant de l’intérêt et de l’engagement autour de ce processus. On retient : Dr Fritz Moïse, Président du Forum de la Société Civile; Ficeline Rateau, Présidente de l’ODELPA ; Dr Christian Mouala, Directeur Pays du programme Commun des Nations Unies contre le SIDA(ONUSIDA) ; Dr. Eva Marly STEIDE, Directrice Pays de Housing Works ; Soeurette Policar, Coordonnatrice du Community Lead Monitoring (CLM), Joanne Isidor Hyppolite, directrice de données ; sans oublier les membres du Groupe Consultatif Communautaire (GCC), les coordonnateurs, les moniteurs et les assistants de données du CLM, pour ne citer que ceux-là. « Ce document servira de guide au CLM pour mieux intervenir dans le contexte de catastrophes naturelles, de pandémies et d'autres situations impliquant des données de la société civile. Dans ce cadre, il s’agira d’examiner les recommandations du rapport LFA, du Fond mondial en vue de l’amélioration du système de santé et par ricochet le cycle de mise en œuvre des activités du CLM sur le VIH, TB, Malaria, VBG dans le cadre de la continuité du financement du Fond Mondial pour sauver des vies des patients » , a déclaré madame Policar faisant la mise en contexte de l’activité. Quelle méthodologie appliquer ? Dans une salle animée par les discussions, les responsables ont choisi de miser sur une méthodologie exigeante mais participative, ou chaque voix compte, chaque idée est écoutée. Sous la direction de Housing Works, les participants ont été répartis en trois groupes, chacun chargé de réfléchir sur le cycle du CLM et sur les critères techniques qui ont guidé la sélection des acteurs impliqués. Les tables se sont vite transformées en véritables laboratoires d’idées. Les uns débattaient avec passion, les autres prenaient des notes, tous cherchaient à construire des pistes d’amélioration crédibles. Les voix résonnaient, les échanges, parfois vifs mais toujours constructifs, ont permis de dégager des stratégies concrètes. Transparence et représentativité étaient les maîtres mots, donnant à l’exercice une dimension collective et inclusive. « Il y a des documents relatifs au rôle et la mission CLM qui existent déjà. Mais ils sont épars. On a jugé que c’est le moment opportun pour les combiner en seul et unique manuel. C’est pour cette raison que nous sommes réunis avec les représentants essentiels du CLM, de façon participative, afin de collecter des éléments et d’avoir leurs écoutes. Préalablement, nous avons élaboré un fichier retraçant les différentes étapes de mise en œuvre, nous allons recueillir les idées des participants afin de l’harmoniser afin d’avoir un document final qui va nous servir même après un demi-siècle » , a fait savoir la responsable des données. Et de poursuivre : « ce document va servir de guide à quiconque souhaitant implémenter un CLM dans un pays quelconque. On aura seulement à l’adapter à la situation du pays en question. Aussi de permettre une amélioration des services dans les sites de prise en charge. » Au terme de ces travaux, une énergie palpable se dégageait : celle d’un groupe convaincu que la rigueur méthodologique, combinée à la participation active de chacun, peut réellement transformer les pratiques et renforcer la confiance dans le processus. Pour le renforcement des connaissances des acteurs Mise à part des ateliers de travail, des présentations thématiques ont aussi rythmé cette assise. Alana SHARP a présenté des points clés du document cadre de la stratégie pour la mise en œuvre des activités du CLM. Elle a intervenu sur la Tuberculose en dressant un état des lieux axé sur les services de lutte contre cette pathologie en Haïti. Naike LEDAN, de son côté, s’est concentrée sur les méthodologies de renforcement de plaidoyer. Son intervention visait à montrer comment transformer ces informations collectées sur le terrain en instruments efficaces pour soutenir les actions de plaidoyer et améliorer la qualité des services. Selon les données recueillies, ces deux jours ont été une réussite, les participants ont échangé, confronté leurs expériences et proposé des pistes concrètes. Les débats ont révélé une volonté commune : rendre les données plus utiles et plus accessibles, afin qu’elles deviennent de véritables leviers de changement. A en croire la responsable des données, le premier draft du document sera publié d’ici 30 novembre 2025. Esperancia JEAN NOEL esperanciajeannoel@gmail.com

  • Rencontre stratégique entre l'Union Européenne et le Forum de la Société Civile au profit de la santé communautaire en Haïti

    « Oui, on peut être malade. Il n’y a pas de honte à cela. Toute pathologie, quelle qu’elle soit, mérite un accompagnement digne afin de permettre à chaque individu de vivre pleinement au sein de sa société. » C’est avec ces propos que Mme Hélène Roos, Ambassadrice de l'Union européenne en Haïti, a lancé le dialogue stratégique avec le Forum de la Société Civile. Ses paroles ont immédiatement rappelé l'impératif de la rencontre, tenue le samedi 15 novembre 2025, dans les locaux de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) à Delmas. Dès leur arrivée, les membres de la délégation ont été chaleureusement accueillis, donnant le ton d’un dialogue sincère et ouvert. Cette rencontre, coordonnée par l’ONUSIDA, sous la direction de son Directeur Pays, Dr Christian MOUALA, visait à instaurer un cadre d’échange constructif autour des défis prioritaires liés à la santé communautaire. Un accent particulier a été mis sur la prise en charge des groupes vulnérables, notamment les personnes vivant avec le VIH. Près d’une cinquantaine de participants ont pris part à cette activité, en présentiel comme en ligne. Parmi eux figuraient notamment : Mme Ficeline RATEAU, présidente de l’ODELPA ; Dr Fritz MOISE, Président du Forum de la Société Civile ; Mme Soeurette POLICAR, Coordonnatrice du Community Lead Monitoring (CLM) ; Dr Eva Marly STEIDE, Directrice Pays de Housing Works ; M. Jhony LAFLEUR, Président du Comité national de plaidoyer ; Mme Augusta MOISE, Coordonnatrice Générale de la SOFENOE ; Mme Merlande BEAUZILE, Présidente de la GIPA ; M. Max-Garlin Pierre LOUIS, Représentant du secteur TB/Malaria ; M. Reginald DUPONT, Directeur Exécutif de la SeroVie, entre autres. Forum de la Société Civile : un hymne à la résilience et à l'action Sous les directives de Louiny FONTAL, Directeur Technique de l'ODELPA, les leaders du Forum de la Société Civile ont gravi, à tour de rôle, la tribune. Ils ont profité de l'occasion pour entonner un hymne à leurs forces structurelles et à la continuité de leurs interventions au sein de leurs communautés respectives. Chaque voix a ajouté sa note unique à cette polyphonie de l'action. Parmi eux : Edouard DIEUFAIT, président des Associations de PVVIH (FEDAP+), a rythmé la discussion en évoquant le suivi des traitements, sur lequel se greffent les efforts de sensibilisation. Il a fait savoir que l'insécurité et le manque de fonds mettent en péril la rétention dans les soins. Pour sa part, la présidente de Refuge des Femmes d’Haïti, Novia AUGUSTIN, a exposé l’importance des centres d'hébergement, dans la prise en charge multisectorielle des survivantes de Violences Basées sur le Genre (VBG), une compétence déployée malgré la crise sécuritaire. De son côté, le représentant des médias, Claude Bernard SÉRANT a sonné la charge. Dans ses propos, Secrétaire Général du RHJS, a rappelé le pouvoir de l'Information, Éducation et Communication (IEC) comme instrument de lutte contre le silence et la stigmatisation en santé publique. Dominique St VIL, représentant du secteur Transgenre, a mis en exergue la nécessité de l'accompagnement juridique pour les victimes de violences spécifiques à la communauté LGBTQIA+ et l'importance du support médical ainsi que du besoin crucial de lieux d'hébergement sécurisés pour cette population doublement vulnérable. Une réponse européenne engagée Face à cette démonstration de résilience, l’Ambassadrice a salué la dynamique du Forum, qualifiant sa structuration de véritable source d’inspiration pour son équipe de coopération. Elle a souligné l’importance de ne pas détourner le regard des combats moins visibles. « Il est absolument nécessaire de rappeler que, malgré une baisse de visibilité médiatique, l’épidémie du VIH demeure une réalité, tout comme les défis liés au paludisme, à la tuberculose et à la défense des droits humains » , a-t-elle insisté. Mme ROOS a également proposé l’organisation de rencontres ultérieures, y compris à sa résidence. Elle a encouragé l’exploration de partenariats entre le secteur médiatique et la Fondation suisse Hirondelle, notamment autour des radios communautaires. Perspectives de collaboration renforcée À son tour, M. Adrián Ortuño GUENDELL, attaché de coopération, a intervenu pour préciser les cadres possibles de collaboration. Il a rappelé que l'Union européenne accorde une attention particulière aux actions menées en faveur des populations marginalisées. Il a réaffirmé l'ouverture de l'UE aux propositions concrètes, mettant en lumière les opportunités disponibles à travers les appels à projets, en particulier ceux destinés aux organisations de jeunesse. Enfin, M. GUENDELL a exprimé la volonté de l'Union de poursuivre ce dialogue structuré en lien étroit avec l'ONUSIDA, témoignant ainsi d'un engagement à la fois technique et durable. Vers un plan d'action concret Fier de cette rencontre, le Dr Christian MOUALA a encouragé les organisations à jouer pleinement leur partition, soulignant l'importance de la réflexion et de la planification pour cette nouvelle collaboration. Puis, la voix de Dr Fritz MOISE a conclu cet événement sur une note puissante.  « La situation économique est une question de survie pour plusieurs organisations et communautés »,  a-t-il martelé. Cette affirmation a laissé dans son sillage une responsabilité partagée : s'assurer que la main tendue de l'Europe ne soit pas un simple accord de principe, mais le premier pas d'un plan tangible pour relever les défis de la santé communautaire en Haïti. Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

  • Clôture de la campagne de sensibilisation contre le cancer du sein à l’ODELPA

    Vue partielle de la salle d'attente des patientes recues lors de la journée de dépistage Dans le cadre de la clôture de sa campagne « Octobre Rose », l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) a organisé, le vendredi 31 octobre 2025, une journée de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus. La deuxième édition de cet événement sanitaire qui s’est tenue dans les locaux de l’institution, à Delmas, a accueilli près d’une cinquantaine de femmes issues des camps de déplacés internes, de quartiers défavorisés et de diverses organisations communautaires ont bénéficié de consultations médicales gratuites. Cette activité visait d’une part à sensibiliser les femmes sur l’importance du dépistage précoce de cette pathologie. D’autre part, leur offrir un accompagnement médical de base dans un contexte où l’accès aux soins de santé reste un défi pour les populations vulnérables en Haïti. « Prévenir vaut mieux que guérir », des mots prononcés par Mme Ficeline RATEAU, Présidente de l’ODELPA, à l’ouverture de cette activité médicale. A travers cet adage français, le numéro un de l’organisation, a voulu faire comprendre aux participantes qu’il est recommandé de se faire dépister régulièrement. Un tel comportement permettra d’avoir des informations nécessaires sur sa santé avant qu’il soit trop tard. « Malgré les tempêtes, les déplacements dus à l’insécurité, restons mobilisés. Car tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Et l’ODELPA vous aidera à garder le cap menant vers cet espoir», a-telle-déclaré. Quel est le bilan ? Le Médecin interniste, Dr Joe PROSPERE « Cette année, nous avons eu le privilège de consulter près de soixante patientes, âgées entre 45 ans et plus. Les cas rencontrés ne se limitaient pas seulement aux anomalies mammaires. Ils se concentraient également sur des symptômes de maladies cardiovasculaires de clinique. Généralement, l'hypertension artérielle touche les hommes. Pour cette édition, les femmes sont au devant de la scène . Ce constat illustre la charge mentale et les responsabilités croissantes que portent les femmes dans leurs foyers.   « Au cours de cette journée, nous avons reçu des femmes présentant des signes et symptômes liés au cancer du sein et du col de l’utérus. Certaines présentaient des boules ou des masses anormales au niveau des seins. Certaines d'entre elles avaient déjà suivi un traitement de chimiothérapie ou subi une intervention chirurgicale . Afin d’obtenir un diagnostic plus précis et d’assurer un suivi médical approprié, ces patientes ont été orientées ailleurs pour passer une mammographie. Par ailleurs, des tests de dépistage du col de l’utérus (Pap tests) ont également été effectués sur place. Les résultats seront transmis à l’ODELPA, dans un court délai, qui assurera le suivi et l’accompagnement nécessaires des bénéficiaires concernées », a déclaré Dr Joe PROSPERE, médecin interne, présentant le bilan médical de cette activité. Prise de signes vitaux Parallèlement , l’interniste a également souligné l’importance pour les femmes de se concentrer sur leur bienêtre. « Il faut éviter le stress, bien que dans un pays comme Haïti c’est vraiement difficile, ces jours-ci. Il est vivement conseillé d’intégrer des activités relaxantes dans leur quotidien, telles que l’écoute de musique apaisante, des jeux récréatifs, et autres. Elles doivent aussi effectuer des exercices sportifs », a conseillé le professionnel de la santé. Et de poursuivre : « Il faut être très prudent avec notre nutrition. Il faut éviter de consommer des viandes rouges comme le bœuf, des aliments trop épicés, trop de sel, trop de sucre pour ne citer que ceux-là ». Les bénénifiaires avec leurs kits Des ateliers de sensibilisation axés sur les facteurs de risque du cancer du sein, l’importance de l’auto-examen et les moyens de prévention, ont été aussi à l’ordre du jour. Après chaque consultation, les bénéficiaires ont pu regagner leur demeure avec un kit hygiénique. Cette activité a été rendue possible grâce au soutien du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), du Forum de la Société Civile, de l'Observatoire communautaire des Services VIH (OCSEVIH) et de la Fondation pour la Santé Reproductrice et l'Education Familiale (FOSREF). Une telle initiative est saluée par les différentes patientes qui y ont pris part. Elle s’inscrit dans la continuité des actions menées par ODELPA pour lutter contre la pauvreté et promouvoir le bien-être des communautés locales. L’organisation entend poursuivre ses efforts dans les mois à venir, en multipliant les activités de prévention et d’éducation. Esperancia Jean Noel

  • Bilan de la journée de dépistage et de prévention contre le cancer du sein à l’ODELPA

    « Cette année, nous avons eu le privilège de consulter près de soixante patientes, la majorité, âgées entre 45 ans et plus. Les cas rencontrés ne se limitaient pas seulement aux anomalies mammaires. Ils se concentraient également sur des symptômes de maladies cardiovasculaires. Dans ce type de clinique, l'hypertension artérielle touche généralement les hommes. Pour cette édition, le tableau s’est présenté différemment. Ce constat met en lumière la charge mentale et les responsabilités croissantes que portent les femmes dans leurs foyers. D’où, l'urgence de sensibiliser davantage à cette problématique, car le bien-être physique et mental des femmes est intrinsèquement lié à leur santé globale », a déclaré Dr Joe PROSPER, médecin interne, présentant le bilan médical de cette deuxième édition. Cette activité de dépistage s’est tenue le vendredi 31 octobre 2025, dans les locaux de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), à Delmas. Elle s’inscrit dans le cadre de la campagne annuelle de sensibilisation axé sur le cancer du sein, à l’intention des femmes issues dans des camps de déplacés internes et certains quartiers sous le poids de la violence. Dr PROSPER a également souligné l’importance pour les femmes de prendre soin de leur bien-être émotionnel. « Il leur est vivement conseillé d’intégrer des activités relaxantes dans leur quotidien, telles que l’écoute de musique apaisante, des jeux récréatifs, et autres. Elles doivent aussi effectuer des exercices sportifs et de respiration profonde, des consultations régulières avec des professionnels de la santé. Ces pratiques sont essentielles pour mieux apprivoiser le stress quotidien et favoriser un équilibre physique, psychologique, émotionnel », a souligné le professionnel de la santé. Les patientes ayant présenté des symptômes inhabituels sont orientées vers des examens complémentaires (échographie ou mammographie), selon leur situation. Des prélèvements liés au cancer du col de l’utérus ont été aussi à l’ordre du jour. Cette journée d'activité médicale a été réalisée avec l’appui du HCR, l'ONUSIDA, l'OCSEVIH, le Forum de la Société Civile et la FOSREF. À travers une telle action, l’ODELPA réaffirme, son engagement à garantir le droit à la santé pour toutes les femmes sans distinctions aucune. Elle rappelle que prévenir reste le meilleur moyen de sauver des vies contre le cancer. La rédaction

  • Mobiliser, influencer, transformer : L'ODELPA s'unit aux leaders communautaires

    Photo partielle de l'assiatance L’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) a accueilli, ce lundi 29 Septembre 2025, en son enceinte, à Delmas, 35 leaders communautaires, pour une séance de formation et de plaidoyers. Réalisée de concert avec la FOSREF, l’OCSEVIH et le Forum de la société civile, cette initiative s’inscrit dans le cadre des différentes activités du Community lead Monitoring (CLM). Elle revêt de partager avec les participants l’ensemble des résultats recueillis par le CLM, dans les sites de prise en charge liée au VIH, la tuberculose, la malaria, VBG, les droits humains. « En tant que leaders communautaires, chaque fois que vous avez la possibilité d’être invités à ces rencontres, vous ne devez jamais les négliger. Vous êtes des acteurs, actrices de changement, voilà pourquoi il est essentiel de rassembler vos forces pour aller de l’avant », a déclaré Mme Ficeline RATEAU, la Présidente de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA). Sans plus tarder, l’officière de communication de ladite institution, Esperancia JEAN NOEL, a procédé à la mise en contexte de cette assise. Elle a souligné l’importance de l’activité tout en invitant les leaders à être attentif afin de transmettre les informations recueillies dans leur communauté. Robens Doly, psychologue Dans l’objectif de permettre à l’assistance de mieux cerner le CLM une présentation essentiellement axée sur ce projet a été à l’ordre du jour. « La SDC ou CLM est une collecte systématique de données sur les sites de prestation de services de santé. Les données sont recueillies par les membres de la communauté ; sont compilées, analysées puis utilisées par les organisations communautaires pour générer des solutions aux problèmes découlant des données collectées », a relaté le psychologue Robens Doly , pour introduire son intervention. De façon détaillée, il a misé sur le rôle, la mission, les différents membres composants cette structure, les procédures de collecte de données, entre autres. Selon les explications fournies par ce dernier, le CLM peut être l'une des stratégies les plus utiles pour améliorer la réponse au VIH, au paludisme et à la Tuberculose en Haïti. Prévenir la tuberculose, quel est le rôle des leaders communautaires ? Micro en mains, projecteur allumé, dans une ambiance participative, Doly a continué avec la séance. Les yeux rivés vers les diapositives, l’assistance a accordé une attention soutenue à chaque mot prononcé et a soulevé des interrogations, des suggestions et commentaires. Le spécialiste en santé mentale, s’est accentué sur le leadership communautaire dans la lutte contre la tuberculose et la malaria en Haïti. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il a présenté ladite pathologie. « Pour lutter contre la tuberculose, étant leaders d’organisation, vous avez des rôles essentiels à jouer : informer et sensibiliser les communautés sur les signes et symptômes ; la transmission et la prise en charge ; encourager le dépistage volontaire et la consultation précoce ; lutter contre la stigmatisation et la discrimination des malades ; appuyer le respect du traitement (accompagnement, soutien moral et social) ; collaborer avec les structures de santé pour référer et suivre les cas », a mentionné Doly. Et de poursuivre : « Pour cela, vous devez savoir qu’il a un ensemble d’action qui doit être posé. D’une part, sensibiliser et éduquer. À cette phase vous pouvez organiser des séances d’information sur les signes et symptômes de la TB, utiliser les radios communautaires, les églises et les associations pour diffuser des messages afin de lutter contre les fausses croyances et la stigmatisation. D’autre part, miser sur la promotion du dépistage précoce via l’encouragement des membres de la communauté à consulter dès qu’ils ont une toux persistante, orienter les personnes symptomatiques vers les centres de dépistage TB et faciliter les campagnes mobiles de dépistage dans les zones reculées. Puis soutenir les malades, en les accompagnant dans leur parcours de soins (référencement, orientation). Les rendre visite à leur domicile, les encourager. Mobiliser des ressources locales pour supporter les plus vulnérables. Le plus important, c’est de faire des Plaidoyer et des mobilisations sociales afin d’améliorer des conditions de vie. Qu’en est-il de la VBG ? Myriame Francois, assistante sociale Depuis quelques temps, les violences basées sur le genre connaissent une proportion exorbitante. Les femmes et les filles sont les catégories les plus exposées et victimes. Selon des données documentées par ODELPA, entre Mai et Aout 2025, dans le département de l’OUEST, 205 cas de VBG ont été enregistrés. L’assistante sociale, Myriame Francois, intervenant sur ce module, a démontré que former et impliquer les leaders communautaires dans cette lutte constitue un pas menant vers la réduction de ce fléau. Après avoir présenter la VBG, elle a mis en lumière les procédés que peuvent adopter un responsable d’organisation, pour aider une survivante. « Pour accompagner une victime, il faut l’écouter sans la juger, la croire et respecter les principes de la confidentialité. Vous devez, aussi, lui fournir des informations claires et la référer vers les services appropriés. Eviter de Blâmer la victime ou lui promettre des choses que vous ne pouvez pas garantir. Car, la prise en charge nécessite une réponse coordonnée » a fait savoir Myriame. « Etant leaders, votre combat contre la Violence Basée sur le Genre (VBG) s'articule autour de trois impératifs majeurs : forger les consciences par l'éducation et la sensibilisation à travers les écoles, les médias et nos groupes communautaires respectifs ; assurer l'engagement des hommes et des garçons come alliés indispensables ; garantir l'autonomisation des femmes et des filles pour qu'elles deviennent actrices de leur propre sécurité et de leur destin », a-t-elle conclue. La journée s'est achevée par l'engagement solennel des leaders non seulement à combattre la VBG dans leurs communautés, mais aussi à partager activement les connaissances cruciales acquises sur la tuberculose (TB). La rédaction

  • L'urgence de la violence sexuelle en Haïti : un crime silencieux, des séquelles durables

    Dans une Haïti ravagée par l’insécurité croissante, les groupes armés utilisent désormais une arme silencieuse et brutale : le viol. Plus qu’un acte de domination, il devient un outil systématique de terreur, d’humiliation collective et de déplacement forcé. Cette pratique, utilisée comme mode opératoire des caïds, cible en particulier les femmes, les jeunes filles, et même des enfants. L’objectif est clair : soumettre les communautés par la peur, briser le tissu social et réduire au silence les voix les plus vulnérables. Face à un État défaillant et incapable d’assurer protection et justice, ce sont les organisations non-gouvernementales et celle de la société civile, telles qu’ODELPA, qui tentent de combler le vide, en apportant soutien psychosocial, accompagnement et plaidoyer pour les survivantes et leurs enfants. Le viol comme stratégie de guerre Dans les zones contrôlées par les gangs, les viols collectifs sont souvent utilisés pour punir une famille, un quartier, ou une résistance présumée. Les femmes mêmes les plus âgées et les filles sont enlevées, séquestrées, torturées sexuellement, souvent sous les yeux de leurs proches. Ces actes ne sont pas isolés : ils s’inscrivent dans une stratégie de domination territoriale et psychologique. Le viol devient ainsi une arme de guerre non reconnue mais redoutablement efficace. Le recours au viol comme arme de guerre n’est pas un phénomène propre à Haïti. Dans d’autres contextes, comme au Rwanda en 1994, en République Démocratique du Congo ou en Bosnie-Herzégovine, il a été utilisé comme stratégie de domination et de destruction des communautés. Ces exemples montrent que le viol, lorsqu’il est systématique et organisé, constitue non seulement un crime contre l’humanité, mais aussi un outil redoutable de guerre psychologique et sociale. « Mwen te al pran kèk bagay lakay mwen solino paske lèm te kouri a mwen pa te gentan pran anyen. Lèm rantre nan kay la 2 mesye ak zam dim granmoun kanpe la. Yo rale zam sou mwen yo banm kalot yo chire rad sou mwen epi fè kadechak sou mwen. Epi yap ri yo di yon vye granmoun ou ye, se peye pou w te peye nou pou nou te fè sa pou ou. » - Elsie 63 ans « Yo antre lakay mwen ak zam epi yo vyole m devan je pitit mwen yo. Depi jou sa a, li lè sa li pa vle jwe ankò li toujou tris» - Marie, 38 ans   Des survivantes brisées, mais invisibles En 3 mois, 180 survivantes ont été reçues par le bureau psychosocial de l’ODELPA, dont 58 ont entamé un suivi thérapeutique (Base de données de ODELPA, Juillet 2025). Ce chiffre, déjà alarmant, n’est qu’une fraction descrée cas réels, tant le silence, la honte, la peur des représailles et l’absence de structures de protection empêchent les femmes de dénoncer les violences subies. Les séquelles psychologiques sont multiples : états de stress post-traumatique, dépression sévère, perte d’estime de soi, troubles de l’attachement, dissociation, idées suicidaires. Nombreuses sont celles qui doivent survivre avec le souvenir du viol, tout en portant la responsabilité de plusieurs enfants, dans une misère économique absolue. Beaucoup de mères racontent qu’elles ont été brutalisées puis violées en présence de leurs enfants/adoslecent-es. 0 Site de prise en charge psychosociale créé ou subventionné par l’Etat 0 structure d’hébergement spécialisé disponible pour les mineures.   Les enfants, de véritables victimes Plus de 500 enfants nés de mères survivantes de viol vivent dans une misère extrême (soit en moyenne trois enfants par mère). Beaucoup d’entre eux ont vu de leurs propres yeux leur mère agressée, leur père assassiné, et leur famille disloquée. Même si ces blessures ne se voient pas, elles marquent profondément leur cœur et leur esprit. Ils souffrent de graves problèmes : certains ne parlent plus, d’autres font des cauchemars, vivent dans une peur constante, deviennent agressifs ou de comportements régressifs. Leur croissance psychologique est brisée, ce qui met en danger l’avenir non seulement de ces enfants, mais aussi de toute une génération. À ce drame s’ajoute une tragédie silencieuse : ces enfants, faute de moyens financiers, risquent de ne pas accéder à l’école cette année. La déscolarisation les expose directement à la menace d’enrôlement par les gangs armés. Face à cette situation, l’initiative engagée constitue une action préventive et protectrice essentielle. Elle vise non seulement à assurer la scolarisation de ces enfants, mais aussi à l’appui psychosocial des mères survivantes.     Un impact social profond La violence sexuelle n’est pas seulement un drame individuel. Elle détruit les familles, disloque les communautés, alimente les cycles de vengeance et de peur. À mesure que les victimes se replient sur elles-mêmes, que les témoins se taisent, et que les bourreaux restent impunis, c’est le tissu moral et psychologique de la nation qui s’effondre. Le MSPP, le MCFDF et la PNH doivent renforcer leur réponse conjointe, avec l’appui des bailleurs et des ONG locales.   Que faire ? Il est urgent d’agir à tous les niveaux : • Briser le silence : La société doit protéger les victimes, pas les stigmatiser. Parler du viol ne doit plus être un tabou. • Informer la population sur les premiers gestes: Une personne victime de viol doit se rendre dans un centre de sante avant 3 jours (72H). Faute d’information 69,4% des survivantes reçues ont mis des plus que 3 jours, des semaines, voire des mois avant de trouver les soins. Parfois, sentiment de culpabilité ou fautes d’informations, manque de structures d’accueil post viol disponible sont entre autres raison pouvant entraver la demande d’aide. • Renforcer les services psychosociaux : Les survivantes ont besoin de soins médicaux, de thérapie, mais aussi de logements sûrs et d’un soutien économique. • Sanctionner les auteurs : L’État haïtien doit garantir la poursuite judiciaire des auteurs de ces crimes, quelle que soit leur appartenance. • Former et coordonner les acteurs : Les institutions publiques, les ONG et les leaders communautaires doivent unir leurs forces dans une approche intégrée. • Protéger les enfants : accompagner psychologiquement les enfants victimes ou témoins. Face à cette crise humanitaire et sécuritaire, le viol n’est pas un dommage collatéral : c’est une arme de destruction. Chaque survivante non prise en charge, chaque enfant traumatisé, chaque quartier terrorisé représente une blessure ouverte dans le corps social haïtien. Nous ne pouvons plus détourner le regard. Il est temps de répondre avec humanité, justice et engagement à ce fléau silencieux. Car protéger les survivantes, c’est reconstruire Haïti. Robens Doly, Psychologue

  • Anna : une mère en quête de sérénité, sous le joug de la violence

    Le samedi 24 mai 2025, les douze coups de midi résonnaient à peine. Le soleil étirait de sa force lors de la sixième édition organisée par l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), en prélude des mères. Au cœur de cette scène paisible, une silhouette se détachait, immobile. Vêtue d'un corsage de lin blanc et d'une jupe en jeans cette quarantenaire attendait. La main à la mâchoire, son corps semblait figé, son esprit s'évadait vers un passé insoutenable. Autour d'elle, des vagues de conversations montaient, unissant les femmes en petits groupes. Une musique de circonstance flottait dans l'air. « Si je suis ici, c'est pour être écoutée par le psychologue. Souvent, j'ai l'impression de sombrer dans la folie. Il y a quelques années, des médecins m'ont diagnostiqué un accident vasculaire cérébral (AVC) crânien. On me recommande d'éviter tout stress. Conseil cruellement ironique quand mon existence n'est qu'une succession d'épreuves » a dévoilé Anna, lorsqu’elle a été approchée par l'équipe de communication de l’ODELPA. Alors qu'elle s'apprêtait à continuer son récit, le strident appel de son téléphone a brisé l'instant. Une rafale de tirs s'intensifiait près de sa résidence, à Simon-Pelé, un quartier de Cité Soleil. Son corps se raidi, ses yeux emplis d'une angoisse familière. Un goût métallique envahit sa bouche : la peur. Qu'adviendrait-il de ses cinq filles, seules à la maison ? Comment les rejoindre à travers ce chaos ? « Dieu les préservera », murmura-t-elle telle une prière. Le jour où tout a changé Le 19 mars 2021, l'horreur a englouti sa vie. Une attaque armée a été perpétré là, où Anna avait tenté de reconstruire un avenir pour ses filles, après sa séparation d'avec Louis. Ce jour-là, à Cité Lumière, toujours à Cité Soleil, le pire est arrivé. « Ils m'ont violée, chez moi, sous le regard de mes enfants », a-t-elle soufflé, la voix brisée par une douleur insoutenable. Anna n'a pas voulu s'étendre sur cette plaie béante qui brûle encore en elle. Elle refusait tout détail et poursuivi : « J'ai dû fuir, abandonnant tout ce que je possédais. Mes outils de travail par exemples, qui représentaient jadis mon espoir de subsistance. J'étais masseuse et sage-femme, des petits boulots exercés au gré des rencontres ou à l'hôpital Sainte-Catherine. C’était ma façon d’apporter un peu de soulagement autour de moi, même si ma propre vie était en lambeaux ». Un combat au quotidien Pourtant, avant cette tragédie, la vie d'Anna connaissait une certaine cadence, une routine façonnée par le labeur et la détermination. Arrivée à Port-au-Prince en 1996, elle s'était affirmée en « madan sara », sillonnant le sud pour s'approvisionner de vivres alimentaires pour les revendre à la Croix-des-Bossales. C'était un travail éreintant, exigeant une force colossale, mais qui lui offrait une précieuse autonomie et la fierté de subvenir aux besoins de sa famille. Elle connaissait le poids lancinant de ses paniers, pourtant elle avançait, inlassablement. Le destin, souvent cruel, brisa net cette cadence. « Un jour, à Martissant, la violence m'a brutalement arraché ce gagne-pain. Alors que je me rendais avec d'autres marchandes dans le sud, des hommes ont stoppé le camion. Ils ont tout emporté : argent, portables, tout. Ce vol a mis un terme à mon commerce. C'est ainsi que j'ai commencé mes petits travaux de sage-femme », se remémore-t-elle, la voix serrée par le poids du souvenir. La quête d’un toit Après la barbarie de Cité Lumière, Anna a trouvé un refuge chez sa petite sœur, Rose. Au début, l'accueil fut chaleureux, empli de promesses et de réconfort. Mais les murmures de mécontentement se sont mués au fil du temps en paroles acerbes, transformant le réconfort en amers reproches. « Rose se plaignait d'avoir trop de monde chez elle et a commencé à être indifférente. Un jour, j'ai pris la décision de partir, sans savoir où j’allais », confie Anna. Après un mois passé chez une amie, à se débattre avec des petits travaux précaires, elle réussit à louer une chambre à Simon-Pelé. « Cette pièce, qui autrefois n'aurait même pas servi de débarras dans ma propre maison, abrite aujourd'hui mes enfants et moi. Je leur interdis d'y inviter des amis, pour leur épargner la honte. Car l'essentiel, c'est qu'elles ont un toit sur la tête », raconte-t-elle, les yeux embués de larmes. L’espoir d’un avenir meilleur L'insécurité, cette ombre tentaculaire, étreint Haïti. Anna ne vit plus, elle survit, son âme tout entière tendue vers la quiétude salvatrice de la province. Aujourd'hui, elle se tourne vers l'ODELPA, un dernier rempart, un ultime souffle d'espoir pour apaiser l'ouragan en elle. Son vœu le plus cher est de regagner Fond-des-Blancs, de renaître loin du fracas assourdissant de Port-au-Prince. « Il n'y a plus de vie dans la capitale. Je désire un nouveau départ, là où le silence apaisant musèlerait enfin le grondement incessant des armes », conclue-t-elle. L'histoire d'Anna n'est pas celle d'une simple victime. C'est le récit poignant d'une survivante, d'une guerrière dont l'esprit reste debout face à l’adversité. Malgré les larmes, les cicatrices invisibles aux yeux du monde et le poids écrasant des traumatismes, elle continue de se battre pour ses filles. Elle lutte pour un avenir où la paix cesserait d'être un luxe inaccessible. Anna, Rose, Louis : Noms d’emprunt Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

  • Le bwa kale : entre la violation du droit à la vie et le rétablissement de l'ordre social

    La société haïtienne, depuis quelques années, est confrontée à une spirale de violences orchestrées par les groupes armés. Ils se sont érigés en de véritables maitres et seigneurs. Ils opèrent dans le même registre dans différents départements géographiques du pays. La population, principale victime de cette situation, est montée au créneau à maintes reprises, d’une part, pour dénoncer les actes barbares qui dominent l’actualité au quotidien. D’autre part, exiger de la puissance publique de répondre à ses obligations. En absence de toutes mesures visant à la protéger, il y a deux ans de cela, soit le 24 avril 2023, une forme d’auto-défense est mise au point. Ainsi est né le « bwa kale » au canapé-vert, un quartier de Port-au-Prince. Est-ce la solution idéale ? « Le phénomène ‘’ bwa kale’’ ne peut être réduit à un simple acte de violence populaire. C’est un cri, un écho profond du désespoir collectif d’un peuple abandonné. Du point de vue sociologique, il s’agit d’un symptôme révélateur d’une société en rupture, où les institutions publiques ont échoué à garantir sécurité, justice et dignité. Le 'bwa kale' est le produit d’une anomie sociale, où les normes collectives s’effondrent et où chacun devient juge et bourreau dans une société décomposée », telle est la lecture de l'Anthropologue-Sociologue de formation, Gédéon Louis, sur cette forme de justice sociale. « Le ‘'bwa kale’’ traduit également un phénomène de réappropriation violente du pouvoir, un retour tragique à la loi du talion, là où l’État de droit a disparu. Cependant, il ne faut pas seulement analyser ce phénomène comme une réaction : il faut aussi l’entendre comme une parole. Une parole sans mots, une douleur collective qui appelle à la reconstruction du lien social », a-t-il poursuivi. Selon les explications fournies par le disciple d’Émile Durkheim, le « bwa kale » survient à cause de la peur quotidienne qui hante la population. Face à l’inaction et le désengagement de l’Etat, les communautés se sentent obligées de se protéger elles-mêmes. Mais cette auto-défense est sans règles, sans limites, sans tribunal. Elle devient vite vengeance, réparation et justice expéditive. Une démarche qui s’inscrit comme une réponse à l’oppression qui peut être transformée en une nouvelle forme de terreur. Une auto-défense tragique, sans encadrement et dangereuse pour un Etat de Droit. Le droit à la vie, un principe universel et fondamental non-négociable. Selon la Constitution Haïtienne de 1987 amendée en ses articles 19 et 24, l’Etat a l’impérieuse obligation de garantir le droit à la vie, à la santé, au respect de la personne humaine, à tous les citoyens sans distinction, conformément à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Aussi, de garantir à chaque citoyen le droit à un procès équitable et protéger leur liberté individuelle. En se référant à ses dispositions juridiques, le « bwa kale » peut être qualifié comme une violation flagrante du droit à la vie. La justice ne peut se faire dans la rue, sous les coups de bâtons, sans preuve ni défense. Mais cette réalité légale se heurte à la réalité vécue. Quand une mère pleure son fils enlevé, quand un père voit sa maison brûlée, quand une adolescente se fait violée par un nombre élevé d’agresseurs, le droit devient un luxe inaccessible. Peut-on dire que ce phénomène rétablira vraiment l’ordre social ? « Le ‘’ bwa kale’’ ne rétablit pas l’ordre : il crée un autre désordre. Un désordre silencieux, intérieur, moral. Il peut donner une illusion de justice, mais en réalité, il affaiblit l’autorité de l’État, rend la justice suspecte et légitime l’usage de la violence brute. L’ordre social ne peut venir que de la confiance, du droit, du dialogue. Le ‘’ bwa kale ‘’ laisse derrière lui la peur, la méfiance, et parfois l’injustice. La société n’a pas besoin de vengeance, elle a besoin de réparation et de sécurité partagée », avance le philosophe. Pour M. Louis, ce phénomène social a ses bons et mauvais côtés. Ils sont relatifs. A court terme, il procure un sentiment de protection, un réveil de la communauté, une prise en main collective de la sécurité. Mais les mauvais côtés pèsent lourds : des erreurs irréversibles, des innocents tués, une banalisation de la cruauté, une perte de repères. Le 'bwa kale' peut transformer une victime en bourreau, une société blessée en société déshumanisée. Toutefois, la puissance publique peut empêcher la population de recourir à ce phénomène. Pour cela, sa réponse ne peut être seulement répressive. Elle doit être humaine, éducative, restauratrice. Il faut restaurer la confiance : présence policière respectueuse, justice accessible, accompagnement psychosocial des victimes, dialogue communautaire. « Il faut créer des espaces de médiation ; valoriser les leaders communautaires; réhabiliter l’idée de droit. Tant que l’État n’entendra pas la douleur de son peuple, celui-ci cherchera ses propres moyens de survie. Et souvent, dans la douleur, il choisira la violence », conseille l'Anthropologue-Sociologue de formation. Dans les années à venir, si aucune action n’est posée, les répercussions seront graves. Le ‘’bwa kale’' peut impacter la santé psychologique de la population ou l’anxiété et la peur domineront. Il peut mener à des affrontements communautaires, à des milices incontrôlées, à une justice individuelle qui écarte les plus faibles. Il peut aussi encourager la radicalisation de jeunes livrés à eux-mêmes. Mais il peut aussi, s’il est compris, encadré et dépassé, devenir un point de départ pour repenser la justice, la solidarité, la proximité citoyenne. C’est une alerte sociale que l’on ne peut pas ignorer. Esperancia JEAN NOEL esperanciajeannoel@gmail.com

  • Les douleurs menstruelles : un fardeau silencieux pour des millions de femmes 

    Elles sont des millions à se plaindre tous les mois des douleurs menstruelles. Ces maux, qu’on tend à normaliser, sont en réalité un véritable problème de santé qui peut impacter la qualité de vie, la santé mentale, la scolarité ou même la fertilité. Trop souvent banalisées, les douleurs des règles méritent pourtant d’être comprises, prises au sérieux et soulagées avec des solutions adaptées. Car avoir ses règles ne devrait jamais rimer avec souffrance chronique.  Les douleurs menstruelles, aussi appelées dysménorrhées, touchent une majorité de femmes à travers le monde. En Haïti comme ailleurs, elles sont souvent banalisées, perçues comme une fatalité du cycle féminin. Pourtant, ces douleurs peuvent être intenses, handicapantes, et révélatrices de troubles gynécologiques sous-jacentes. Comprendre les douleurs menstruelles, leurs causes, leurs manifestations et les solutions possibles, c’est non seulement mieux vivre ses règles, mais aussi protéger sa santé reproductive et mentale.  La dysménorrhée se manifeste par des douleurs dans le bas-ventre, survenant généralement juste avant ou pendant les règles. Elle peut s’accompagner de maux de dos, de nausées, de vomissements, de diarrhées, de fatigue, de maux de tête et parfois même de vertiges. Ces douleurs sont causées par des contractions de l’utérus, liées à la libération de substances appelées prostaglandines. Lorsque leur taux est élevé, les contractions deviennent plus fortes, réduisent l’apport sanguin à l’utérus, et provoquent une douleur parfois très vive.  On distingue, selon le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français deux types de dysménorrhée :   La dysménorrhée primaire, qui n’est pas liée à une maladie particulière. Elle apparaît souvent chez les adolescentes, quelques mois après les premières règles, et tend à diminuer avec l’âge ou après une grossesse.  La dysménorrhée secondaire, liée à une pathologie gynécologique comme l’endométriose, les fibromes utérins, les infections pelviennes chroniques ou encore l’adénomyose. Ce type de douleur apparaît généralement plus tard dans la vie et nécessite une attention médicale particulière.  Malgré l’intensité que ces douleurs peuvent atteindre, elles sont trop souvent minimisées par l’entourage, les professionnels de santé, et même par les femmes elles-mêmes. Beaucoup pensent que souffrir pendant les règles est normal. Ce manque de reconnaissance sociale et médicale peut entraîner une grande détresse psychologique caractérisée par l’isolement, voire de l’absentéisme scolaire ou professionnel. Dans certains cas, des jeunes filles sont contraints de sécher les cours chaque mois à cause de douleurs si intenses qu’elles les empêchent de se concentrer ou de marcher.  Comment y remédier ?   Le diagnostic repose sur une écoute attentive des symptômes et, en cas de doute, sur des examens médicaux comme l’échographie pelvienne ou l’IRM et des bilans hormonaux. Il est essentiel de ne pas ignorer une douleur intense, persistante ou qui empire avec le temps, car elle pourrait cacher une pathologie grave.  Selon les professionnels sanitaires, pour soulager les douleurs menstruelles, plusieurs options existent. Les antalgiques (comme le paracétamol) et surtout les anti-inflammatoires non stéroïdiens (comme l’ibuprofène) sont les traitements les plus courants. Ils réduisent la production de prostaglandines, diminuant ainsi les contractions utérines. Certaines femmes trouvent aussi un soulagement avec les contraceptifs hormonaux, qui régulent ou suppriment le cycle menstruel, et donc les douleurs associées.  En dehors des traitements médicaux, plusieurs méthodes naturelles ou alternatives peuvent aider :   La chaleur, sous forme de bouillotte sur le bas-ventre, détend les muscles utérins ;   L’activité physique régulière, qui améliore la circulation sanguine et diminue les tensions musculaires ;   Le yoga, la respiration profonde et la méditation, pour gérer la douleur et réduire le stress ;   Les tisanes de plantes médicinales (comme le gingembre, la camomille ou la menthe poivrée), souvent utilisées dans les pratiques traditionnelles.  Toutefois, L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qui reconnaît l’impact des troubles menstruels sur la santé des femmes, notamment la dysménorrhée et l’endométriose recommande de consulter un professionnel de santé si les douleurs menstruelles, d’une part, deviennent ingérables ou si elles apparaissent soudainement après des années de règles sans douleur. D’autre part, ou si elles s’accompagnent de saignements abondants, de douleurs pendant les rapports sexuels ou d’infertilité. Ce sont parfois les premiers signes de maladies gynécologiques comme l’endométriose, une affection souvent méconnue et sous-diagnostiquée, mais qui peut gravement affecter la vie des femmes.  Il est aussi crucial de briser les tabous qui entourent les règles. Dans beaucoup de sociétés, y compris dans la culture haïtienne, les menstruations restent un sujet gênant ou honteux. Ce silence pousse les femmes à souffrir seules, à ne pas chercher de solutions, et à cacher leur douleur. En parler ouvertement, à l’école, dans les médias, dans les foyers et chez les professionnels de santé, c’est déjà un premier pas vers une meilleure prise en charge.   Les douleurs menstruelles, à en croire l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM, France), ne doivent plus être prises à la légère. Bien qu’elles soient fréquentes, elles ne sont pas toujours normales. Lorsqu’elles perturbent la vie quotidienne, elles doivent être considérées comme un signal d’alerte, et non comme une simple étape du cycle féminin. En favorisant l’éducation menstruelle, l’écoute et un meilleur accès aux soins, on peut améliorer la qualité de vie de millions de femmes et filles et garantir à chacune le droit de vivre ses règles dans la dignité, sans douleur excessive, ni honte, ni silence.    Jobenson Andou  jandou08@gmail.com

  • Coup de projecteur sur la vie bouleversante de Darline, une déplacée de la commune de carrefour-feuilles

    Depuis quelques années, Haïti fait face à une crise sociopolitique sans précédente, marquée particulièrement par la violence des groupes armés. Chaque jour, le bilan des victimes s'alourdit dramatiquement. Dans ce chaos, les femmes et les filles sont les plus exposées, prises au piège dans ce fléau qui déchire le pays. Selon un rapport publié par le sous cluster VBG Haïti, en partenariat avec le Ministère à la condition féminine et aux droits des femmes (MCFDF), 3 804 incidents de VBG ont été rapportés, allant de janvier à mai 2025. Parmi ces cas, 77% sont des femmes adultes et 6% des filles de moins de 18 ans.  49% d’entre elles ont été violées. 53% sont des viols collectifs dont la majorité est recensée dans le département de l’Ouest.  À la suite de ces cruautés, la vie de ces survivantes connait un tournant poignant.   Darline, 48 ans, est une fière fille de la commune de carrefour-feuilles. Comme plusieurs générations de sa famille, elle a habité la zone depuis sa naissance jusqu’au dernier assaut des gangs. En un cillement de regards, elle a tout perdu. Aujourd’hui, elle est séparée de sa famille et de ses trois filles. Vêtue   d’un jeans bleu et d’un t-shirt à fleur, Darline marche à pas de tortue. Dépassée par les évènements, elle se rend à l’organisation de Développement et de lutte contre la Pauvreté (ODELPA), à Delmas, pour un appui psychosocial. Elle raconte son histoire : « Les bandits m’ont tout pris : la vie de mes proches, ma maison, mon business, ma dignité et j’en passe. Il ne me reste plus rien. Tous mes efforts sont réduits à néant ».  En dépit des différents tumultes de la zone, Darline n’aurait jamais pu imaginer qu’un jour qu’elle serait vraiment chassée de carrefour-feuilles. Après des années de résistance acharnée, cette battante a finalement dû s'avouer vaincue : fuir sans aucune destination. Une décision qui a précipité sa vie dans un nouveau gouffre. « Durant mon escapade, malheureusement j'ai été violée. Cette atrocité m'a changée à jamais. Je ne suis plus la même. Ma santé mentale est grandement affectée, une situation qui a des répercussions sur ma santé physique », confie-t-elle avec des yeux larmoyants.    Dès l'horreur passée, Darline, infirmière avertie, s'est immédiatement rendue dans un centre hospitalier pour effectuer les suivis médicaux adéquats, afin d’éviter toutes maladies ou infections sexuellement transmissibles.     Une vie volée en éclat   Cette crise insécuritaire ne se limite pas à perturber le quotidien de la population ; elle détruit aussi leur avenir en emportant les fruits de travail de longue haleine. La professionnelle de la santé, possédait à Carrefour-Feuilles une pharmacie bien équipée, où elle vendait des médicaments à des prix raisonnables. Un matin, elle a fait l’acquisition de plus de cent-cinquante mille gourdes de marchandises. Dans l’après-midi même, elle s’est faite dépouillée. Aujourd’hui, cette femme qui menait une vie pleinement épanouie ne peut même pas se nourrir. Elle vagabonde dans les rues, les mains vides, avec l’espoir de trouver un morceau de pain.  « Je ne suis pas habituée à vivre dans cette misère aussi accrue. J’ai fait l’essentiel pour avoir une vie décente. J’ai beaucoup lutté afin de vivre dignement et d’offrir une éducation de qualité à mes enfants.  Chacun d’entre eux loge sous un toit différent, loin de leur mère. Et moi qui dors sur la galerie d’une simple connaissance à Juvénat », explique l’étudiante en droit et en comptabilité.   Ne trouvant plus de mots pour mettre sur son vécu, Darline passe plus de 2 minutes à pleurer tout en secouant la tête. « À chaque instant, j'entends encore résonner les tirs des gangs. Ces moments sombres me hantent. Je revis le viol, alors qu'avant ce drame, j'avais fait le choix de ne partager ma vie et mon corps avec personne. Ils m'ont violée ». La militante féministe émit, un soupir après chaque mot. Celle qui, hier encore, luttait pour les droits des femmes, est aujourd'hui une victime de l'horreur qu'elle combattait. Le paradoxe est cruel : son combat, ses idéaux, tout semble s'être effondré sous le poids de ce même fléau.  Professionnelle de son état, la mère célibataire circule avec une valise marron contenant toutes ses pièces (diplômes, certificats, pour ne citer que ceux-là). Son vœu le plus cher c’est de décrocher un travail afin de retrouver sa vie d’avant ; de pouvoir répondre aux besoins de ses filles. Darline comme tout le peuple réclame à cor et à cri la sécurité, la sécurité, encore et toujours la sécurité.   Hier c’étaient les femmes de Martissant et de Carrefour. Aujourd’hui, celles de l’Artibonite, de Carrefour-feuilles, Delmas 30, du Centre-ville, de Kenscoff et autres. Demain, qui seront les prochaines victimes ? Chaque jour, un nouveau quartier tombe sous la brutalité des groupes armés. Alors que des vies s’éteignent, des biens sont détruits, des rêves se brisent, des innocences sont volées, la puissance publique se contente d’adresser des mots de sympathies et des promesses vides. Jusqu’à quand les femmes pourront-elles circuler en toute quiétude ? Quand est-ce que le respect de leur droit ne sera plus une utopie ?     Darline : nom d’emprunt     Esperancia Jean Noel  esperanciajeannoel@gmail.com

  • Participation de l’ODELPA à la 13eme Conférence de l'IAS sur la science du VIH

    Soeurette Policar, Directrice executive de l'ODELPA « Je participe à la conférence de l’IAS, cette année, en tant que déléguée du Forum de la société Civile. Ma participation à cette initiative consiste à finaliser un travail déjà commencé en Haïti avec les leaders des Populations clés (PC). Il s'agit d'élaborer un plan détaillé pour plaider en faveur du rétablissement des financements alloués aux services spécifiques destinés à cette catégorie et de réclamer la poursuite des ressources financières du Community Lead Monitoring (CLM) suite à la coupure des fonds », a déclaré Mme Sœurette Policar, directrice exécutive de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA).  Elle a émis ces propos lors la 13 conférence de l'IAS sur la science du virus (VIH) tenu  à Kigali, capital du Rwanda. Cette activité, qualifiée comme la plus influente au monde sur la recherche liée au VIH et ses applications, s’est déroulée du 13 au 17 juillet 2025. Elle a eu pour objectif de présenter les dernières études et innovations sur le VIH et les intégrer dans les politiques de santé publique. Aussi, les problèmes financiers actuels impactant les services offerts aux Populations Clés, ainsi que leurs implications pour l'Afrique et le monde entier, ont également été abordés.   En prélude de la conférence, Mme POLICAR avait déjà pris part, du 11 au 13 juillet, à un atelier avec le GBGMC. Ce dit atelier était axé sur la finalisation d'un plan opérationnel avec les priorités et les besoins de financement pour les Populations Clés   dans cette période de crise et de coupure de dotation.  Joint au téléphone, l’activiste aux multiples chapeaux a confié que les objectifs visés par les organisateurs l’IAS ont été atteints.  La rédaction des plans de travail, les actions de protestation et de plaidoyer ont figuré à l’ordre du jour du début à la fin de la conférence.  Les décideurs, ayant pris part à ce lancement, ont écouté et reçu avec une attention particulière les différents messages délivrés par les Travailleurs du Sexe (TS) et Populations clés. Ces derniers leurs réclamaient un accompagnent constant pour la poursuite des programmes de lutte contre le VIH, en dépit des différentes décisions de l’administration Trump à ce sujet.  « Nous pouvons confirmer que les retombés sont positifs. Les actions de plaidoyer ont été fructueuses. En ce jour du 16 Juillet le programme PEPFAR a déjà annoncé des retours sur certaines décisions relatives au financement des programmes liées à cette pathologie. Suite à cette annonce, toutes les activités ne sont pas rétablies à 100%, mais nous espérons que la situation va changer », s’est réjouie Mme Policar.   Cependant, pour la coordonnatrice du CLM, il est encore trop tôt pour crier victoire. Le combat pour le respect des droits des Populations Clés ne fait que commencer.  En tant qu'être humain, cette frange de la société doit jouir de l’ensemble des privilèges accordés à la personne sans aucune forme de stigmatisation et de discrimination. Les plans de travail seront publiés sur le site de plaidoyer du GBGMC. Cette démarche permettra aux potentiels bailleurs d’avoir des informations essentielles sur les besoins des PC et de les offrir un support adéquat.   Cette manifestation scientifique et sanitaire a réuni des activistes, experts et leaders de différentes organisations venus des quatre coins du monde. Tous souhaitent vivement que le financement de PEPFAR se fasse de manière complète et sans aucune restriction. Car chaque personne doit recevoir des services de santé sans distinction de race, de classe, de sexe, de genre ou d'orientation sexuelle.  Par Esperancia JEAN NOEL  esperanciajeannoel@gmail.com

  • Les cris silencieux des femmes victimes de violences en Haïti

    Par Jobenson Andou jandou08@gmail.com Au milieu des flammes et des ruines, Haïti s’effondre dans un silence assourdissant. Un silence peuplé de cris. Trop de cris. Ceux des enfants arrachés à leurs écoles. Ceux des vieillards oubliés dans des maisons éventrées. Ceux des mères qui hurlent, le regard vide, l’âme amputée. Chaque ruelle, chaque place publique, chaque camp de fortune abrite une douleur son nom. On n’écoute plus personne, parce que tout le monde crie en même temps. Mais si, juste un instant, on faisait taire notre propre douleur pour entendre celle des femmes ? Ces mères, sœurs, cousines, amies, tantes, ces inconnues qui portent dans leur chair les blessures les plus profondes de cette crise. Si on s’arrêtait un instant pour écouter ce que le chaos leur a volé… « Je suis partie sans rien, juste avec mes enfants et ma peur. Une balle a sifflé, j’ai couru. J’ai couru comme une folle. »  – Dodone, 40 ans, déplacée de la Plaine du Cul-de-Sac. C’était il y a quelques mois. Dodone a fui son quartier envahi par les hommes armés. Elle a marché deux jours, dormant parfois sur des bancs de camionnette ou dans les rues, parfois à même le sol. À Kenscoff, une connaissance l’a accueillie pour quelques nuits. Mais dans un quartier qu’elle ne connaît pas, les dangers ne l’ont pas laissée en paix. « Trois hommes m’ont attrapée une nuit. Ils m’ont jetée par terre. J’ai crié, personne n’est venu. Ils m’ont violé. Depuis ce jour-là, je ne suis plus pareille. Les mauvais souvenirs me hantent. Je souffre d’une hémorragie, je n’ai personne vers qui me tourner. Heureusement, je n’ai pas contracté le VIH par ce que j’ai été sous PeP » Dodone baisse les yeux. Elle n’en dira pas plus. Elle n’a pas porté plainte. La honte, la peur, la solitude ont scellé sa bouche. Elle pense à ses enfants. Ce sont eux qui la forcent à tenir, jour après jour. Plus loin, dans un camp de fortune installé derrière un marché public de Carrefour, Mickaëlle enroule un foulard sur sa tête. Elle aussi a fui, avec sa mère et ses deux petites sœurs. Elle rêvait de devenir infirmière. Aujourd’hui, elle pense à survivre, simplement. « Ici, il faut tout négocier. Même un seau d’eau. Un jour, un homme m’a dit que si je voulais nourrir mes sœurs, je devais coucher avec lui. Il m’a pris dans une tente. J’ai vomi après. Je voulais mourir. » Ce n’était pas la première fois. Ni la dernière. Dans ce camp, comme dans tant d’autres, les femmes troquent leur corps contre du riz, du savon, un paquet de biscuits , entre autres. Certaines sont mineures. Beaucoup sont enceintes. Peu parlent. « Tu penses qu’on aime vivre comme ça ? Ce n’est pas une vie. Ce n’est même pas de la survie. C’est de l’humiliation. » Les deux femmes ne se connaissent pas. Elles vivent à des kilomètres l’une de l’autre. Mais leur douleur est identique. Elles n’attendent plus rien des autorités. « On nous dit de signaler les cas de viol. Mais à qui ? Et pourquoi faire ? Personne ne bouge. Personne ne protège. », dit Mickaëlle. Dans une salle communautaire de Port-au-Prince, une militante des droits humains confie sous anonymat : « Depuis le début de cette crise, le nombre de cas de violences sexuelles a explosé. Mais ce n’est que la partie visible. La majorité des femmes ne parlent pas, par peur des représailles. Ou parce qu’elles savent que la justice est faible. » À travers leurs récits, une chose revient avec force : les femmes ne demandent pas la pitié. Elles réclament leurs droits. Le droit de vivre sans violences. Le droit d’élever leurs enfants sans crainte. Le droit de marcher dans leur quartier sans avoir peur de se faire traîner dans un coin. « On est des êtres humains. On mérite de vivre comme tels. Ce n’est pas un luxe, cest notre droit », conclut Dodone. Dans le silence général qui s’abat sur Haïti, les cris des femmes doivent devenir notre alarme. Il ne suffit plus de compatir. Il faut agir. Parce qu’une société qui piétine ses femmes est une société déjà morte. Et elles, malgré tout, sont encore debout. Mais jusqu’à quand ? Dodone et Mickaëlle : Noms d'emprunt

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