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  • Cérémonie de remise des certificats – Une journée de dignité, d’émotion et de renaissance collective

    Grand plan sur l'assistance Ce jeudi 11 décembre 2025, l'Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) a honoré 102 jeunes en leur remettant un certificat pour boucler sa campagne de sensibilisation et renforcement de capacité, lancée en collaboration avec la FOSREF, l'ONUSIDA et le HCR. Organisée, a l'hotel Montana, cette activité a vu défilé diverses personalités telles que Dr Fritz Moïse, président du Forum de la société civile, M. Paul Lee, émissaire de l’ambassade de Taïwan, Omilty Dorval, eprésentant l’ambassadeur du Canada, Dr Dina Saintilmon, représentant l’ONUSIDA, Mme Morgan Ecollan, représentante du HCR entre autres. Différentes personalités La salle Frank de l’Hôtel Montana semblait contenir beaucoup plus qu’une simple cérémonie : elle abritait une énergie rare, un souffle vibrant venu de 102 jeunes venus célébrer non seulement une réussite, mais une transformation profonde. Dès les premières minutes, l’atmosphère laissait deviner qu’il ne s’agissait pas d’un événement ordinaire : chaque regard, chaque sourire, chaque respiration portait la marque d’un combat mené et d’un avenir reconquis. L'Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) n’a pas seulement remis des certificats : elle a mis en lumière des parcours de résilience, des rêves reconstruits, et une jeunesse prête à assumer son rôle dans un pays en quête de renouveau, malgré les difficultés, l’insécurité et les jours sombres qui marquent encore leur quotidien. Dania Saintelus La journée s’est ouverte sur la voix forte et émouvante de Dania Saintelus, l’une des 102 bénéficiaires. Elle n’a pas simplement prononcé un discours : elle a livré un fragment de sa propre histoire, un écho de celle des autres jeunes dans la salle.Son intervention, empreinte d’une maturité douloureusement acquise, résume mieux que quiconque l’esprit de cette initiative : une formation qui ne donne pas seulement des connaissances, mais qui rallume une flamme souvent étouffée par l’adversité. « Le certificat que nous recevons n’est pas une fin. C’est une promesse.  »Une phrase à la fois simple et saisissante, qui a suspendu le murmure de la salle.Une promesse envers soi-même, envers sa communauté, envers un avenir qui semblait parfois impossible. Dania, en quelques minutes, a transformé la cérémonie en un engagement collectif. Les applaudissements qui ont suivi n’étaient pas seulement destinés à elle : ils saluaient tous ceux qui, comme elle, avaient refusé d’abandonner. Un projet né de l’urgence, devenu un refuge Esperancia Jean Noel La maîtresse de cérémonie a ensuite replacé le projet dans son contexte : une campagne coordonnée par l’ODELPA et la FOSREF pour offrir à des jeunes des quartiers vulnérables des formations essentielles — communication digitale, fabrication de produits, prévention des VBG, marketing, droits humains, entrepreneuriat.Le tout dans un environnement marqué par la violence, les déplacements forcés, l’incertitude quotidienne. Chaque jeune avait reçu un fonds de démarrage de 200 dollars, un montant modeste en apparence mais colossal dans ses implications. Pour beaucoup, ces 200 dollars représentaient une première étincelle d’autonomie, le début d’une activité, d’un rêve, d’une reconstruction économique. Ce projet, né comme une réponse à l’urgence sociale, est rapidement devenu une bouée, puis un espace structuré, un atelier de transformation humaine. La cérémonie a pris une dimension hautement symbolique lorsque les récipiendaires eux-mêmes ont décidé d’honorer leurs soutiens avec deux plaques d’honneur : l’une destinée à l’ODELPA, l’autre au HCR.Ce geste, rare et profondément significatif, a bouleversé la salle. Il rappelait que la reconnaissance authentique ne vient pas des institutions, mais des vies transformées. La voix d’Olivier : le courage comme acte politique Au micro, Olivier Sébastien Cherfils Olivier Sébastien Cherfils, représentant les jeunes formés sur les questions de VBG, a livré un témoignage puissant. Il a rappelé la densité des modules — plan d’affaires, prévention du VIH, chimie industrielle, communication digitale — autant de compétences destinées non seulement à offrir un métier, mais à redéfinir leur rapport au monde. « Se former dans un tel climat n’est pas un acte banal.C’est un acte de force, un acte d’espoir, un acte de résistance.  » Dans une Haïti fracturée, ses mots ont résonné comme une déclaration politique, un appel à reconnaître la jeunesse non pas comme une vulnérabilité, mais comme une force en mouvement. Il remet ensuite la plaque à Mme Ficeline Rateau.On a entendu des applaudissements longs, chauds, presque soulagés — comme si, à travers lui, c’était toute une génération qui disait enfin merci. Dyline Bernard : la couture comme thérapie sociale et renaissance collective Puis vint la voix de Dyline Bernard, porte-parole de la promotion Coupe et Couture Niveau 1, surnommée “Aiguille Royale”.Elle a décrit leur parcours avec une précision poétique : « Le fil a tissé bien plus que des tissus : il a tissé des liens sociaux.  » Pour ces jeunes, apprendre à coudre signifiait reprendre le contrôle, repriser des morceaux de vie déchirés, reconstruire patiemment ce que la crise avait effiloché. Sa promotion remet une plaque au HCR :« Vous n’avez pas simplement formé des couturières et des couturiers. Vous avez reconstruit des rêves.  » Ce moment a déclenché une vague d’émotion, comme si chacun prenait conscience que derrière chaque robe, chaque chemise, chaque point de couture, il y avait une histoire de survie. Dyline Bernard Puis la cérémonie est entrée dans une phase rare : celle où les partenaires, habituellement protocolairement réservés, ont laissé parler l’émotion. Le Dr Fritz Moïse a salué l’ODELPA comme l’une des organisations les plus actives du réseau. Son discours, ponctué d’exemples concrets, a montré que ce projet dépasse largement son périmètre initial : il influence durablement les dynamiques communautaires. « De ce que j’ai vu et entendu, cela valait vraiment la peine d’être ici ce matin.  » Un constat honnête, spontané, qui soulignait la profondeur de ce qu’ils venaient d’observer. L’émissaire taïwanais a rappelé la valeur du partenariat avec l’ODELPA, soulignant le sérieux du programme et son efficacité dans l’autonomisation économique. « Ce modèle doit être soutenu, étendu, multiplié.  » Le HCR a salué les jeunes pour leur créativité, leur courage, et leur capacité à devenir des piliers dans leurs communautés. Jamais une telle unanimité n’avait été observée. La salle tremblait presque sous la force de ces déclarations convergentes. Le discours de Mme Ficeline Rateau : une vision, une exigence, un horizon Mme Ficeline Rateau, présidente de l'ODELPA Lorsque Mme Ficeline Rateau s’est avancée, la salle s’est tue comme si l’on tirait un rideau invisible.Son discours n’était pas qu’institutionnel : il portait la fatigue, la force, la passion et la gravité d’une femme qui travaille au plus près de la souffrance sociale. Elle félicite les 102 jeunes : 50 en coupe et couture, 52 en VBG, droits humains, communication, marketing, plans d’affaires. Elle rappelle la crise nationale, la fragilité des communautés, la violence quotidienne.Puis elle affirme avec conviction : « Ce que nous faisons ici fonctionne. Les résultats sont concrets, mesurables, visibles.  » Elle trace ensuite une feuille de route ambitieuse : étendre les zones couvertes, renforcer l’accompagnement post-certification, créer des passerelles vers des activités génératrices de revenus, institutionnaliser les formations. Ses mots n’étaient pas seulement un discours : c’était un appel à l’action, un contrat moral lancé aux partenaires. Quand les maîtresses de cérémonie appellent le premier nom sur les notes familières de “Mesi Lavi”, un frisson parcourt la salle.L’air devient dense, chargé de fierté. Un à un, les jeunes avancent. Certains tremblent. D’autres sourient.Tous traversent l’allée comme on traverse une frontière intérieure : celle qui sépare l’hier de ce qu’ils choisiront demain. Les formateurs prennent des photos.Les parents essuient des larmes qu’ils croyaient ne plus pouvoir verser.Les partenaires observent, silencieux, mais profondément touchés. La scène ressemble à un défilé de victoires individuelles, cousues ensemble en une immense réussite collective — un patchwork humain d’une beauté rare. La chute parfaite : le discours de Rose Melissa Jacques Rose Melissa Jacques Alors que les lumières se tamisent, Rose Melissa Jacques s’avance. Dans ses mains, son certificat.Dans sa voix, une émotion qui soulève la salle. « Ce fut une expérience de transformation personnelle et collective.  » Elle remercie les formateurs, les organisateurs, les partenaires.Puis elle rappelle : « Nous repartons non pas avec un papier, mais avec un pouvoir nouveau : Nous sommes des porteurs de savoir, des agents de changement.  » Elle conclut, debout, fière, en citant Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde.Aujourd’hui, nous sommes désormais armés.  » La salle explose en applaudissements.C’est le son du renouveau, de la fierté retrouvée, de la vie qui insiste. Cette cérémonie n’était pas seulement une célébration.Elle fut un rappel urgent : quand l’État vacille, la société civile peut bâtir des ponts puissants vers l’avenir. En formant, accompagnant et finançant la jeunesse, l’ODELPA crée des alternatives à la violence, des micro-économies locales, des leaders communautaires, et surtout une génération qui se sait capable. La cérémonie de l’Hôtel Montana l’a prouvé : la lumière existe encore — et aujourd’hui, elle brille dans les mains de 102 jeunes prêts à la porter plus loin. La rédaction

  • Commémoration de la Journée mondiale de lutte contre le Sida

    Vue partielle de l'assistance En ce 1er décembre 2025, date consacrée à la Journée mondiale de lutte contre le Sida, l’hôtel Montana a accueilli une cérémonie où les défis ont été identifiés et des solutions proposées. « Surmonter les perturbations – Transformer la riposte au sida » , pouvait-on lire sur le support de fond, thème retenu pour la commémoration de cet événement sanitaire. Malgré l’insécurité et le gel des financements depuis janvier 2024, la salle Frank de Montana s’est transformée en une passerelle où défilaient : hauts gradés de la puissance publique, responsables du système sanitaire et représentants de plusieurs institutions nationales et internationales impliqués dans la lutte contre cette pathologie. Les chaises se serrent. La salle est pleine à craquer. Les caméras s’ajustent. Les téléphones s’élèvent. Les flashs crépitent. Sur les tables, les agendas sont bien rangés. Un grand écran affiche le thème de l’année. Le public est impatient. Que disent les chiffres ? Quels seront les mots de l’État face aux maux des PVVIH ? Vers la création d’un fonds pour les PVVIH Dr Bertrand Sinal, ministre de la Santé publique et de la population (MSPP) Le ministre de la Santé publique, Dr Bertrand Sinal, dans ses allocutions, est revenu sur les défis rencontrés ces derniers mois dans le cadre des services liés au VIH. D’où la nécessité de créer un fonds pour les personnes vivant avec le virus. Une décision survenue suite aux multiples démarches initiées par Housing Works, de concert avec des associations militantes pour les droits de cette catégorie. « Nous sommes conscients des défis à relever et de l’ampleur de la tâche. Mais ce qui est certain, c’est qu’avec des années d’expertise, une gestion participative et une meilleure intégration des services et des soins, dans un engagement à toute épreuve, nous continuerons à faire la différence. La situation actuelle nous a montré qu’il nous faut une réponse liée à nos propres moyens, venant du trésor public, qui tienne compte de nos réalités. Une réponse avant tout haïtienne. C’est en ce sens qu’un texte portant création, organisation et fonctionnement du Fonds national de lutte contre le VIH/SIDA a été adopté. La version finale a été transmise aux autorités compétentes et sera présentée en Conseil des ministres » , a-t-il déclaré. Une information qui a ravi le public et provoqué un tonnerre d’applaudissements Prince Pierre Sonson, représentant du Conseil présidentiel, a confirmé que le processus de création du fonds national pour la riposte contre le VIH/SIDA suit son cours. Une avancée accueillie comme un véritable soulagement. Selon les chiffres avancés par ce dernier : 150 000 personnes vivent avec le VIH ; plus de 121 000 reçoivent un traitement approprié, mais peu ont une charge virale contrôlée. Ce qui augmente les risques de transmission et de complications, fragilisant ainsi la lutte contre le VIH. Le CNPPCH lance un appel à l’engagement et à la solidarité Jhonny Lafleur, président du Comité National de Plaidoyer des Populations Clés en Haïti (CNPPCH) « Surmonter les perturbations, transformer la riposte au SIDA » : c’est un appel à tous les acteurs de la société — l’État à travers le Gouvernement, les institutions sanitaires, les organisations de la société civile, le secteur privé et les citoyens.  « Nous devons unir nos efforts pour permettre que chaque PVVIH puisse vivre dignement, sans crainte ni honte, même en l’absence de financement de nos partenaires internationaux » , a déclaré Jhonny Lafleur, président du Comité National de Plaidoyer des Populations Clés en Haïti (CNPPCH), une structure regroupant 19 organisations de la communauté LGBTI et des populations clés. Animé par une soif profonde de mieux-être pour les PVVIH, Jhonny croit dur comme fer que l’État doit répondre à ses obligations afin que chaque Haïtien, et en particulier chaque PVVIH, puisse jouir du droit fondamental à la santé. Pourtant, dans le contexte actuel marqué par de fortes perturbations, ce droit demeure un privilège inaccessible pour une grande partie de cette communauté. « Les PVVIH ont le droit de bénéficier d’un système de santé inclusif, capable de répondre à leurs besoins spécifiques, sans jugement ni discrimination » , a-t-il ajouté. À mesure que s’enchaînent les discours, des slogans percutants fusent de temps à autre : « Kob yo pa rive jwenn PVVIH yo vre », « Si nou pa parèt, nap disparèt ! » Le gel des financements, un frein aux progrès Le Président du Forum de la société civile, Dr Fritz Moïse, a exprimé sa reconnaissance envers le MSPP et le CPT pour avoir pris en compte les revendications des PVVIH et s’être mobilisés en leur faveur. Dr Christian Mouala, Directeur Pays de l’ONUSIDA Pour Dr Christian Mouala, Directeur Pays de l’ONUSIDA, il est temps de poser des actions pour assurer l’avenir des personnes infectées par le VIH. Selon lui, le thème de cette année reflète notre réalité , où le monde fait face à une crise financière historique, marquée par l’instabilité sociale, économique et sanitaire, qui menace de freiner les progrès accomplis dans la lutte contre le VIH. Une crise qui met en péril les avancées enregistrées et impacte fortement l’objectif des 95-95-95 visant à mettre fin au Sida d’ici 2030. Face à ces difficultés, Dr Mouala a évoqué quatre piliers pour renverser la situation : • Réaffirmer la solidarité mondiale et l’engagement collectif ; • Maintenir le financement de la riposte et assurer une transition progressive et sûre vers un financement national ; • Investir dans l’innovation ; • Faire respecter les droits humains en renforçant l’autonomie des communautés. Une célébration marquée par culture et reconnaissance Outre les différents discours, la projection d’un documentaire axée sur la riposte au VIH en Haïti, la remise de distinctions “Honneur et Mérite” à des acteurs engagés, ainsi qu’une prestation culturelle donnée par les jeunes du Foyer Lakay Jèn (FOLAJ+) a animé la salle. Après cette célébration, une question demeure : les PVVIH sont-ils réellement tirés d’affaire ? Esperancia JEAN NOEL esperanciajeannoel@gmail.com

  • LE FIL DE L’AMBITION : défilé inaugural de la nouvelle cohorte en coupe et couture

    Le mercredi 3 décembre 2025 restera une date marquante pour la nouvelle cohorte en coupe et couture de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA). Trois semaines seulement après le lancement de leur formation, ces jeunes talents ont présenté leur toute première collection lors d’un défilé empreint d’émotion. Devant un public attentif, les apprentis couturiers ont dévoilé des créations originales, reflet de leur créativité et de leur détermination. L’événement a été salué comme une preuve tangible de l’efficacité du programme, qui vise à offrir aux jeunes des compétences professionnelles et une voie vers l’autonomie économique. La cérémonie, organisée dans la salle de conférence de l’ODELPA, s’est déroulée en présence de la Présidente, Mme Ficeline RATEAU, de l’équipe encadrante et des membres du personnel. Ce moment a mis en lumière non seulement la progression technique des participants, mais aussi leur détermination. Dans son intervention, Mme RATEAU a salué l’effort et la volonté du groupe. « Ce que je vois aujourd’hui, ce n’est pas simplement un morceau de tissu bien cousu. Le vêtement n’est pas seulement ce qui nous couvre, il est aussi ce qui nous révèle. À travers vos créations, vous avez le pouvoir de raconter vos histoires et de tracer votre chemin. C’est un outil de liberté. Continuez à nourrir cette passion, car elle est la clé qui vous ouvrira les portes de demain », a-t-elle déclaré. De son côté, Mme Élisabeth S. JEAN, facilitatrice, a partagé son émotion. « Vous m’avez rappelé pourquoi ce métier me tient tant à cœur. Malgré les obstacles, vous êtes restés concentrés, curieux et engagés. Votre désir d’apprendre est une source d’inspiration. Ce n’est que le commencement, mais déjà vous tracez les premières lignes de votre réussite. Je suis fière de vous ». Pour conclure, M. Ismaël LAINÉ, formateur, a conclu en adressant ses encouragements aux apprenants: « Chaque cohorte possède sa propre identité, mais la vôtre se distingue par votre cohésion, votre dynamisme et votre persévérance. En si peu de temps, vous avez franchi une étape importante. Préservez cette énergie qui vous anime. Le chemin ne fait que s’ouvrir devant vous, votre destination peut être grandiose si vous gardez la même rigueur et discipline. » Au son du titre emblématique "Shine bright like a diamond" de Rihanna, les jeunes ont foulé la passerelle, regard fier, silhouette assurée pour montrer leur pièce. Plus qu’un défilé, c’était un manifeste de confiance retrouvée. À travers cette initiative, l’ODELPA, avec l’appui du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), investit dans le potentiel de jeunes en quête d’opportunités. Ici, une aiguille, un fil et un rêve s’entrelacent pour dessiner les premiers points d’un avenir patiemment façonné, cousu de leurs propres mains. La r é daction

  • Quand l’identité prime sur la santé : l’expérience d’un homme transgenre

    « Dans les hôpitaux, les interrogations se basent sur mon identité plutôt que sur ce dont j'ai besoin », c’est le cri de cœur de Dominique SAINT VIL, leader de l'Organisation Trans d'Haïti (OTRAH). Il révèle le calvaire vécu par les minorités sexuelles confrontées au système de santé haïtien. Dans ce contexte où l'accès aux soins demeure déjà un luxe pour une majorité, les obstacles s'érigent en murailles pour les communautés marginalisées. Les personnes transgenres, en particulier, se retrouvent prises au piège. Elles doivent non seulement composer avec la pénurie structurelle de ressources médicales, mais aussi affronter des préjugés qui transforment chaque simple consultation en une véritable épreuve psychologique. C'est une discrimination institutionnelle qui s'ajoute insidieusement aux faiblesses endémiques du réseau de santé, imposant une double peine à celles et ceux qui tentent désespérément d'accéder à des soins essentiels. Le prix de l'identité Le système de santé haïtien n'offre à Dominique aucun répit. Seule la Clinique Dentaire, confie-t-il, lui permet d'échapper, l'espace d'un instant, au sentiment constant d'être « suivi ». Une expérience récente démasque la mécanique implacable de cette exclusion. « Dernièrement, alors que je souffrais d'un problème orthopédique, on m'a référé à un spécialiste. Dès la barrière, l’accueil était catastrophique. Arrivé à la cabine du médecin, le calvaire s'est intensifié. Sur chaque quinte de questions personnelles, je trouvais à peine un mot sur mon cas. Cela m’a largement dérangé puisque la douleur était là, je voulais qu'on me soigne, pas qu'on m’inspecte », raconte-t-il la rage perçant dans sa voix. Cette dérive se double d'une absence structurelle de services. Le défenseur des droits-humains déplore que l'offre de soins n'inclue aucun service gynécologique adapté aux hommes transgenres. Cette carence dresse une barrière infranchissable pour l'accès aux examens vitaux. Selon lui, c’est une discrimination systémique qui génère des conséquences dramatiques : des diagnostics retardés, l'apparition de complications évitables et, surtout, la destruction progressive de toute confiance envers les structures de santé. Le prix de cette stigmatisation est l'auto-exclusion. « Si rien n’est fait et que cette situation persiste, je ne me rendrai plus dans les centres médicaux » affirme-t-il. Vers un système de santé avec des services Dominique SAINT VIL plaide pour des modalités de soin respectueuses. « Nul ne devrait avoir à justifier de son identité pour recevoir les traitements lies à ses besoins » exige-t-il. Selon lui, la clarté du diagnostic, la confidentialité et le respect de l'individu doivent être considérés comme non négociables. Ce témoignage va bien au-delà de la simple dénonciation. Il se mue en un véritable manifeste pour une révolution des pratiques médicales en Haïti, où le soin doit retrouver sa place centrale, libéré du carcan des préjugés identitaires. Il révèle les failles profondes d'un système de santé qui, pour être fonctionnel, doit apprendre à regarder au-delà des apparences. Alors qu'Haïti s'efforce de se reconstruire, l'inclusion effective des populations marginalisées ne constitue pas une option politique, mais une nécessité absolue pour bâtir une santé véritablement publique et accessible à tous. Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

  • Les réseaux sociaux, nouveau terrain de jeu des prédateurs en liberté

    Depuis des jours, un murmure glacé parcourt les plateformes sociales haïtiennes. Ce n’est pas le son habituel des débats ou des nouvelles, mais la confession crue, parfois même la revendication orgueilleuse, d’actes de violence sexuelle. Sur ce nouveau terrain de jeu numérique, les prédateurs ne se cachent plus dans l'ombre. Ils s’exhibent. Ils transforment leurs crimes en "trophées" et jettent un défi glaçant à une société déjà au bord du gouffre. L’image est insoutenable : des hommes, parfois des beaux-pères, parfois de jeunes adultes, décrivent publiquement leurs agressions. L’un affirme qu’il « planifiait » un viol contre la fille de sa femme, un autre vante un crime passé avec une froideur terrifiante. Ces messages ne sont plus des confidences dissimulées, mais des publications qui s'affichent, se commentent et se partagent, témoignant d'une impunité si consommée qu'elle en devient une forme de louange assumée. Quand le viol devient à la fois arme de guerre et spectacle public, que reste-t-il de l'âme du peuple ? En Haïti, l'exhibitionnisme criminel sur les réseaux sociaux et les viols systématiques documentés par Human Rights Watch dessinent les contours d'une même tragédie : la désintégration morale. D’après un rapport publié le 25 novembre 2024, le HRW a alerté sur la généralisation du viol à travers le pays. Les dénonciations d'abus sexuels impliquant des enfants ont été passées de 127 cas documentés en 2023 à plus de 1 400 cas en 2024, soit une augmentation de1000% sur la période. Cette vague de violence a resté largement sous-déclarée : les experts ont estimé que près de 80% des agressions ne sont jamais signalées aux autorités, ce qui alimente ce cycle d'impunité. Ce chiffre, qui faisait déjà état d'une situation critique, ne représentait pourtant que la partie émergée d'une crise qui n'a fait que s'aggraver depuis. Les gangs armés, profitant de la déliquescence de l'État, ont érigé la violence sexuelle en mode de gouvernance par la peur. Le corps des femmes et des jeunes filles est devenu un champ de bataille, un territoire à conquérir et à marquer par la sauvagerie. Loin d'être des actes isolés, ces viols s'inscrivent dans une stratégie calculée de domination totale et de destruction du tissu social. La notion même de propriété privée s'applique désormais aux victimes, réduites à l'état de butin. Des témoignages recueillis par des organisations locales, particulièrement le bureau psychosocial de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) fait état de cette réalité. Cette pratique des viols multiples et collectifs vise explicitement à briser psychologiquement les survivantes, à anéantir leur dignité et à instiller une terreur paralysante dans l'ensemble de la communauté. Aujourd’hui, les agresseurs ne se cachent plus ; ils se vantent, transformant les souffrances de leurs victimes en preuves de leur puissance et en monnaie d'échange numérique. Cette publicité du crime achève de dissoudre les derniers remparts moraux, normalisant l'innommable et piégeant les survivantes dans un cycle infernal de violence et d'humiliation. Le tribunal inversé des réseaux sociaux « Face à l’arrogance de ces publications, les victimes restent muettes, étouffées par la peur de la vengeance, de l’humiliation ou de l’indifférence, prises en étau entre un code pénal insuffisant et un usage du silence social qui les emprisonne », analyse Tachina JOSEPH, PDG de Miltipasyone Groupe. Et de poursuivre : « Grâce au système corrompu, ces hommes ne se voient même plus comme les agresseurs. Ils ne sentent plus la gravité de leurs gestes. Ils se sentent légitimes. Ils pensent que ce qu’ils font est normal. Le viol, l'abus, la domination seraient devenus un pouvoir hérité, un comportement pardonné d’avance par la société. Le crime peut s’afficher. Le tribunal peut se faire streaming. Le corps d’autrui peut devenir spectacle ». L'appel à la vigilance familiale Face à cette déroute morale, Rechnaidine LERONCE, refuse de cantonner le fléau à un phénomène nouveau. L'étudiante finissante en Sciences infirmières à l’université Dr Jean Bertrand ARIDTIDE, souligne une mentalité où certains hommes, « pires que des bêtes », s'octroient le droit d'abuser. « Mesdames, avant d’accueillir un homme dans votre vie lorsque vous avez des enfants, vous devez analyser ses valeurs morales et sa santé mentale. Écoutez toujours vos enfants. Ne négligez jamais un signal. Si votre enfant vous confie que “untel a fait ceci ou cela”, prenez-le au sérieux. » lance-t-elle aux mères. Un front uni contre l'impunité Le miroir que nous tend la sphère numérique est implacable : un pays où le viol se publie ne peut plus être laissé au silence. L'amertume du constat est vertigineuse, faisant écho à la prophétie de Richard Cavé en 2021 « Nou prèske pa moun ankò ». Trois ans plus tard, notre inaction valide cette sentence « Nou vrèman pa moun ankò ». Pourtant, cette déchéance n'est pas une fin. Ce constat doit devenir un point de départ. Il est temps que le crime devienne honte et que l’impunité devienne remord. Si Haïti veut se relever, elle doit défendre la dignité de ses enfants. Le silence est complicité ; seule la justice peut désormais sauver l'âme du pays. Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

  • Organisation d’un atelier de révision et d’harmonisation du document cadre et du plan de plaidoyer du CLM

    L’Hôtel Montana a accueilli, les jeudi 13 et vendredi 14 novembre 2025, un atelier de travail consacré à la révision et à l’harmonisation du document cadre et du plan de plaidoyer du Community Lead Monitoring (CLM). Organisée sous la coordination de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), cette rencontre poursuivait un double objectif : Affiner l'analyse et l'utilisation des données recueillies sur le terrain et favoriser leur utilisation dans les actions de plaidoyer, afin d’améliorer la qualité des services offerts dans les sites de prise en charge des personnes vivant avec le VIH, des patients atteints de paludisme et de tuberculose. Cet événement hybride a rassemblé près d’une cinquantaine de participants, témoignant de l’intérêt et de l’engagement autour de ce processus. On retient : Dr Fritz Moïse, Président du Forum de la Société Civile; Ficeline Rateau, Présidente de l’ODELPA ; Dr Christian Mouala, Directeur Pays du programme Commun des Nations Unies contre le SIDA(ONUSIDA) ; Dr. Eva Marly STEIDE, Directrice Pays de Housing Works ; Soeurette Policar, Coordonnatrice du Community Lead Monitoring (CLM), Joanne Isidor Hyppolite, directrice de données ; sans oublier les membres du Groupe Consultatif Communautaire (GCC), les coordonnateurs, les moniteurs et les assistants de données du CLM, pour ne citer que ceux-là. « Ce document servira de guide au CLM pour mieux intervenir dans le contexte de catastrophes naturelles, de pandémies et d'autres situations impliquant des données de la société civile. Dans ce cadre, il s’agira d’examiner les recommandations du rapport LFA, du Fond mondial en vue de l’amélioration du système de santé et par ricochet le cycle de mise en œuvre des activités du CLM sur le VIH, TB, Malaria, VBG dans le cadre de la continuité du financement du Fond Mondial pour sauver des vies des patients » , a déclaré madame Policar faisant la mise en contexte de l’activité. Quelle méthodologie appliquer ? Dans une salle animée par les discussions, les responsables ont choisi de miser sur une méthodologie exigeante mais participative, ou chaque voix compte, chaque idée est écoutée. Sous la direction de Housing Works, les participants ont été répartis en trois groupes, chacun chargé de réfléchir sur le cycle du CLM et sur les critères techniques qui ont guidé la sélection des acteurs impliqués. Les tables se sont vite transformées en véritables laboratoires d’idées. Les uns débattaient avec passion, les autres prenaient des notes, tous cherchaient à construire des pistes d’amélioration crédibles. Les voix résonnaient, les échanges, parfois vifs mais toujours constructifs, ont permis de dégager des stratégies concrètes. Transparence et représentativité étaient les maîtres mots, donnant à l’exercice une dimension collective et inclusive. « Il y a des documents relatifs au rôle et la mission CLM qui existent déjà. Mais ils sont épars. On a jugé que c’est le moment opportun pour les combiner en seul et unique manuel. C’est pour cette raison que nous sommes réunis avec les représentants essentiels du CLM, de façon participative, afin de collecter des éléments et d’avoir leurs écoutes. Préalablement, nous avons élaboré un fichier retraçant les différentes étapes de mise en œuvre, nous allons recueillir les idées des participants afin de l’harmoniser afin d’avoir un document final qui va nous servir même après un demi-siècle » , a fait savoir la responsable des données. Et de poursuivre : « ce document va servir de guide à quiconque souhaitant implémenter un CLM dans un pays quelconque. On aura seulement à l’adapter à la situation du pays en question. Aussi de permettre une amélioration des services dans les sites de prise en charge. » Au terme de ces travaux, une énergie palpable se dégageait : celle d’un groupe convaincu que la rigueur méthodologique, combinée à la participation active de chacun, peut réellement transformer les pratiques et renforcer la confiance dans le processus. Pour le renforcement des connaissances des acteurs Mise à part des ateliers de travail, des présentations thématiques ont aussi rythmé cette assise. Alana SHARP a présenté des points clés du document cadre de la stratégie pour la mise en œuvre des activités du CLM. Elle a intervenu sur la Tuberculose en dressant un état des lieux axé sur les services de lutte contre cette pathologie en Haïti. Naike LEDAN, de son côté, s’est concentrée sur les méthodologies de renforcement de plaidoyer. Son intervention visait à montrer comment transformer ces informations collectées sur le terrain en instruments efficaces pour soutenir les actions de plaidoyer et améliorer la qualité des services. Selon les données recueillies, ces deux jours ont été une réussite, les participants ont échangé, confronté leurs expériences et proposé des pistes concrètes. Les débats ont révélé une volonté commune : rendre les données plus utiles et plus accessibles, afin qu’elles deviennent de véritables leviers de changement. A en croire la responsable des données, le premier draft du document sera publié d’ici 30 novembre 2025. Esperancia JEAN NOEL esperanciajeannoel@gmail.com

  • Rencontre stratégique entre l'Union Européenne et le Forum de la Société Civile au profit de la santé communautaire en Haïti

    « Oui, on peut être malade. Il n’y a pas de honte à cela. Toute pathologie, quelle qu’elle soit, mérite un accompagnement digne afin de permettre à chaque individu de vivre pleinement au sein de sa société. » C’est avec ces propos que Mme Hélène Roos, Ambassadrice de l'Union européenne en Haïti, a lancé le dialogue stratégique avec le Forum de la Société Civile. Ses paroles ont immédiatement rappelé l'impératif de la rencontre, tenue le samedi 15 novembre 2025, dans les locaux de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) à Delmas. Dès leur arrivée, les membres de la délégation ont été chaleureusement accueillis, donnant le ton d’un dialogue sincère et ouvert. Cette rencontre, coordonnée par l’ONUSIDA, sous la direction de son Directeur Pays, Dr Christian MOUALA, visait à instaurer un cadre d’échange constructif autour des défis prioritaires liés à la santé communautaire. Un accent particulier a été mis sur la prise en charge des groupes vulnérables, notamment les personnes vivant avec le VIH. Près d’une cinquantaine de participants ont pris part à cette activité, en présentiel comme en ligne. Parmi eux figuraient notamment : Mme Ficeline RATEAU, présidente de l’ODELPA ; Dr Fritz MOISE, Président du Forum de la Société Civile ; Mme Soeurette POLICAR, Coordonnatrice du Community Lead Monitoring (CLM) ; Dr Eva Marly STEIDE, Directrice Pays de Housing Works ; M. Jhony LAFLEUR, Président du Comité national de plaidoyer ; Mme Augusta MOISE, Coordonnatrice Générale de la SOFENOE ; Mme Merlande BEAUZILE, Présidente de la GIPA ; M. Max-Garlin Pierre LOUIS, Représentant du secteur TB/Malaria ; M. Reginald DUPONT, Directeur Exécutif de la SeroVie, entre autres. Forum de la Société Civile : un hymne à la résilience et à l'action Sous les directives de Louiny FONTAL, Directeur Technique de l'ODELPA, les leaders du Forum de la Société Civile ont gravi, à tour de rôle, la tribune. Ils ont profité de l'occasion pour entonner un hymne à leurs forces structurelles et à la continuité de leurs interventions au sein de leurs communautés respectives. Chaque voix a ajouté sa note unique à cette polyphonie de l'action. Parmi eux : Edouard DIEUFAIT, président des Associations de PVVIH (FEDAP+), a rythmé la discussion en évoquant le suivi des traitements, sur lequel se greffent les efforts de sensibilisation. Il a fait savoir que l'insécurité et le manque de fonds mettent en péril la rétention dans les soins. Pour sa part, la présidente de Refuge des Femmes d’Haïti, Novia AUGUSTIN, a exposé l’importance des centres d'hébergement, dans la prise en charge multisectorielle des survivantes de Violences Basées sur le Genre (VBG), une compétence déployée malgré la crise sécuritaire. De son côté, le représentant des médias, Claude Bernard SÉRANT a sonné la charge. Dans ses propos, Secrétaire Général du RHJS, a rappelé le pouvoir de l'Information, Éducation et Communication (IEC) comme instrument de lutte contre le silence et la stigmatisation en santé publique. Dominique St VIL, représentant du secteur Transgenre, a mis en exergue la nécessité de l'accompagnement juridique pour les victimes de violences spécifiques à la communauté LGBTQIA+ et l'importance du support médical ainsi que du besoin crucial de lieux d'hébergement sécurisés pour cette population doublement vulnérable. Une réponse européenne engagée Face à cette démonstration de résilience, l’Ambassadrice a salué la dynamique du Forum, qualifiant sa structuration de véritable source d’inspiration pour son équipe de coopération. Elle a souligné l’importance de ne pas détourner le regard des combats moins visibles. « Il est absolument nécessaire de rappeler que, malgré une baisse de visibilité médiatique, l’épidémie du VIH demeure une réalité, tout comme les défis liés au paludisme, à la tuberculose et à la défense des droits humains » , a-t-elle insisté. Mme ROOS a également proposé l’organisation de rencontres ultérieures, y compris à sa résidence. Elle a encouragé l’exploration de partenariats entre le secteur médiatique et la Fondation suisse Hirondelle, notamment autour des radios communautaires. Perspectives de collaboration renforcée À son tour, M. Adrián Ortuño GUENDELL, attaché de coopération, a intervenu pour préciser les cadres possibles de collaboration. Il a rappelé que l'Union européenne accorde une attention particulière aux actions menées en faveur des populations marginalisées. Il a réaffirmé l'ouverture de l'UE aux propositions concrètes, mettant en lumière les opportunités disponibles à travers les appels à projets, en particulier ceux destinés aux organisations de jeunesse. Enfin, M. GUENDELL a exprimé la volonté de l'Union de poursuivre ce dialogue structuré en lien étroit avec l'ONUSIDA, témoignant ainsi d'un engagement à la fois technique et durable. Vers un plan d'action concret Fier de cette rencontre, le Dr Christian MOUALA a encouragé les organisations à jouer pleinement leur partition, soulignant l'importance de la réflexion et de la planification pour cette nouvelle collaboration. Puis, la voix de Dr Fritz MOISE a conclu cet événement sur une note puissante.  « La situation économique est une question de survie pour plusieurs organisations et communautés »,  a-t-il martelé. Cette affirmation a laissé dans son sillage une responsabilité partagée : s'assurer que la main tendue de l'Europe ne soit pas un simple accord de principe, mais le premier pas d'un plan tangible pour relever les défis de la santé communautaire en Haïti. Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

  • Clôture de la campagne de sensibilisation contre le cancer du sein à l’ODELPA

    Vue partielle de la salle d'attente des patientes recues lors de la journée de dépistage Dans le cadre de la clôture de sa campagne « Octobre Rose », l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) a organisé, le vendredi 31 octobre 2025, une journée de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus. La deuxième édition de cet événement sanitaire qui s’est tenue dans les locaux de l’institution, à Delmas, a accueilli près d’une cinquantaine de femmes issues des camps de déplacés internes, de quartiers défavorisés et de diverses organisations communautaires ont bénéficié de consultations médicales gratuites. Cette activité visait d’une part à sensibiliser les femmes sur l’importance du dépistage précoce de cette pathologie. D’autre part, leur offrir un accompagnement médical de base dans un contexte où l’accès aux soins de santé reste un défi pour les populations vulnérables en Haïti. « Prévenir vaut mieux que guérir », des mots prononcés par Mme Ficeline RATEAU, Présidente de l’ODELPA, à l’ouverture de cette activité médicale. A travers cet adage français, le numéro un de l’organisation, a voulu faire comprendre aux participantes qu’il est recommandé de se faire dépister régulièrement. Un tel comportement permettra d’avoir des informations nécessaires sur sa santé avant qu’il soit trop tard. « Malgré les tempêtes, les déplacements dus à l’insécurité, restons mobilisés. Car tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Et l’ODELPA vous aidera à garder le cap menant vers cet espoir», a-telle-déclaré. Quel est le bilan ? Le Médecin interniste, Dr Joe PROSPERE « Cette année, nous avons eu le privilège de consulter près de soixante patientes, âgées entre 45 ans et plus. Les cas rencontrés ne se limitaient pas seulement aux anomalies mammaires. Ils se concentraient également sur des symptômes de maladies cardiovasculaires de clinique. Généralement, l'hypertension artérielle touche les hommes. Pour cette édition, les femmes sont au devant de la scène . Ce constat illustre la charge mentale et les responsabilités croissantes que portent les femmes dans leurs foyers.   « Au cours de cette journée, nous avons reçu des femmes présentant des signes et symptômes liés au cancer du sein et du col de l’utérus. Certaines présentaient des boules ou des masses anormales au niveau des seins. Certaines d'entre elles avaient déjà suivi un traitement de chimiothérapie ou subi une intervention chirurgicale . Afin d’obtenir un diagnostic plus précis et d’assurer un suivi médical approprié, ces patientes ont été orientées ailleurs pour passer une mammographie. Par ailleurs, des tests de dépistage du col de l’utérus (Pap tests) ont également été effectués sur place. Les résultats seront transmis à l’ODELPA, dans un court délai, qui assurera le suivi et l’accompagnement nécessaires des bénéficiaires concernées », a déclaré Dr Joe PROSPERE, médecin interne, présentant le bilan médical de cette activité. Prise de signes vitaux Parallèlement , l’interniste a également souligné l’importance pour les femmes de se concentrer sur leur bienêtre. « Il faut éviter le stress, bien que dans un pays comme Haïti c’est vraiement difficile, ces jours-ci. Il est vivement conseillé d’intégrer des activités relaxantes dans leur quotidien, telles que l’écoute de musique apaisante, des jeux récréatifs, et autres. Elles doivent aussi effectuer des exercices sportifs », a conseillé le professionnel de la santé. Et de poursuivre : « Il faut être très prudent avec notre nutrition. Il faut éviter de consommer des viandes rouges comme le bœuf, des aliments trop épicés, trop de sel, trop de sucre pour ne citer que ceux-là ». Les bénénifiaires avec leurs kits Des ateliers de sensibilisation axés sur les facteurs de risque du cancer du sein, l’importance de l’auto-examen et les moyens de prévention, ont été aussi à l’ordre du jour. Après chaque consultation, les bénéficiaires ont pu regagner leur demeure avec un kit hygiénique. Cette activité a été rendue possible grâce au soutien du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR), du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), du Forum de la Société Civile, de l'Observatoire communautaire des Services VIH (OCSEVIH) et de la Fondation pour la Santé Reproductrice et l'Education Familiale (FOSREF). Une telle initiative est saluée par les différentes patientes qui y ont pris part. Elle s’inscrit dans la continuité des actions menées par ODELPA pour lutter contre la pauvreté et promouvoir le bien-être des communautés locales. L’organisation entend poursuivre ses efforts dans les mois à venir, en multipliant les activités de prévention et d’éducation. Esperancia Jean Noel

  • Bilan de la journée de dépistage et de prévention contre le cancer du sein à l’ODELPA

    « Cette année, nous avons eu le privilège de consulter près de soixante patientes, la majorité, âgées entre 45 ans et plus. Les cas rencontrés ne se limitaient pas seulement aux anomalies mammaires. Ils se concentraient également sur des symptômes de maladies cardiovasculaires. Dans ce type de clinique, l'hypertension artérielle touche généralement les hommes. Pour cette édition, le tableau s’est présenté différemment. Ce constat met en lumière la charge mentale et les responsabilités croissantes que portent les femmes dans leurs foyers. D’où, l'urgence de sensibiliser davantage à cette problématique, car le bien-être physique et mental des femmes est intrinsèquement lié à leur santé globale », a déclaré Dr Joe PROSPER, médecin interne, présentant le bilan médical de cette deuxième édition. Cette activité de dépistage s’est tenue le vendredi 31 octobre 2025, dans les locaux de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), à Delmas. Elle s’inscrit dans le cadre de la campagne annuelle de sensibilisation axé sur le cancer du sein, à l’intention des femmes issues dans des camps de déplacés internes et certains quartiers sous le poids de la violence. Dr PROSPER a également souligné l’importance pour les femmes de prendre soin de leur bien-être émotionnel. « Il leur est vivement conseillé d’intégrer des activités relaxantes dans leur quotidien, telles que l’écoute de musique apaisante, des jeux récréatifs, et autres. Elles doivent aussi effectuer des exercices sportifs et de respiration profonde, des consultations régulières avec des professionnels de la santé. Ces pratiques sont essentielles pour mieux apprivoiser le stress quotidien et favoriser un équilibre physique, psychologique, émotionnel », a souligné le professionnel de la santé. Les patientes ayant présenté des symptômes inhabituels sont orientées vers des examens complémentaires (échographie ou mammographie), selon leur situation. Des prélèvements liés au cancer du col de l’utérus ont été aussi à l’ordre du jour. Cette journée d'activité médicale a été réalisée avec l’appui du HCR, l'ONUSIDA, l'OCSEVIH, le Forum de la Société Civile et la FOSREF. À travers une telle action, l’ODELPA réaffirme, son engagement à garantir le droit à la santé pour toutes les femmes sans distinctions aucune. Elle rappelle que prévenir reste le meilleur moyen de sauver des vies contre le cancer. La rédaction

  • Mobiliser, influencer, transformer : L'ODELPA s'unit aux leaders communautaires

    Photo partielle de l'assiatance L’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA) a accueilli, ce lundi 29 Septembre 2025, en son enceinte, à Delmas, 35 leaders communautaires, pour une séance de formation et de plaidoyers. Réalisée de concert avec la FOSREF, l’OCSEVIH et le Forum de la société civile, cette initiative s’inscrit dans le cadre des différentes activités du Community lead Monitoring (CLM). Elle revêt de partager avec les participants l’ensemble des résultats recueillis par le CLM, dans les sites de prise en charge liée au VIH, la tuberculose, la malaria, VBG, les droits humains. « En tant que leaders communautaires, chaque fois que vous avez la possibilité d’être invités à ces rencontres, vous ne devez jamais les négliger. Vous êtes des acteurs, actrices de changement, voilà pourquoi il est essentiel de rassembler vos forces pour aller de l’avant », a déclaré Mme Ficeline RATEAU, la Présidente de l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA). Sans plus tarder, l’officière de communication de ladite institution, Esperancia JEAN NOEL, a procédé à la mise en contexte de cette assise. Elle a souligné l’importance de l’activité tout en invitant les leaders à être attentif afin de transmettre les informations recueillies dans leur communauté. Robens Doly, psychologue Dans l’objectif de permettre à l’assistance de mieux cerner le CLM une présentation essentiellement axée sur ce projet a été à l’ordre du jour. « La SDC ou CLM est une collecte systématique de données sur les sites de prestation de services de santé. Les données sont recueillies par les membres de la communauté ; sont compilées, analysées puis utilisées par les organisations communautaires pour générer des solutions aux problèmes découlant des données collectées », a relaté le psychologue Robens Doly , pour introduire son intervention. De façon détaillée, il a misé sur le rôle, la mission, les différents membres composants cette structure, les procédures de collecte de données, entre autres. Selon les explications fournies par ce dernier, le CLM peut être l'une des stratégies les plus utiles pour améliorer la réponse au VIH, au paludisme et à la Tuberculose en Haïti. Prévenir la tuberculose, quel est le rôle des leaders communautaires ? Micro en mains, projecteur allumé, dans une ambiance participative, Doly a continué avec la séance. Les yeux rivés vers les diapositives, l’assistance a accordé une attention soutenue à chaque mot prononcé et a soulevé des interrogations, des suggestions et commentaires. Le spécialiste en santé mentale, s’est accentué sur le leadership communautaire dans la lutte contre la tuberculose et la malaria en Haïti. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il a présenté ladite pathologie. « Pour lutter contre la tuberculose, étant leaders d’organisation, vous avez des rôles essentiels à jouer : informer et sensibiliser les communautés sur les signes et symptômes ; la transmission et la prise en charge ; encourager le dépistage volontaire et la consultation précoce ; lutter contre la stigmatisation et la discrimination des malades ; appuyer le respect du traitement (accompagnement, soutien moral et social) ; collaborer avec les structures de santé pour référer et suivre les cas », a mentionné Doly. Et de poursuivre : « Pour cela, vous devez savoir qu’il a un ensemble d’action qui doit être posé. D’une part, sensibiliser et éduquer. À cette phase vous pouvez organiser des séances d’information sur les signes et symptômes de la TB, utiliser les radios communautaires, les églises et les associations pour diffuser des messages afin de lutter contre les fausses croyances et la stigmatisation. D’autre part, miser sur la promotion du dépistage précoce via l’encouragement des membres de la communauté à consulter dès qu’ils ont une toux persistante, orienter les personnes symptomatiques vers les centres de dépistage TB et faciliter les campagnes mobiles de dépistage dans les zones reculées. Puis soutenir les malades, en les accompagnant dans leur parcours de soins (référencement, orientation). Les rendre visite à leur domicile, les encourager. Mobiliser des ressources locales pour supporter les plus vulnérables. Le plus important, c’est de faire des Plaidoyer et des mobilisations sociales afin d’améliorer des conditions de vie. Qu’en est-il de la VBG ? Myriame Francois, assistante sociale Depuis quelques temps, les violences basées sur le genre connaissent une proportion exorbitante. Les femmes et les filles sont les catégories les plus exposées et victimes. Selon des données documentées par ODELPA, entre Mai et Aout 2025, dans le département de l’OUEST, 205 cas de VBG ont été enregistrés. L’assistante sociale, Myriame Francois, intervenant sur ce module, a démontré que former et impliquer les leaders communautaires dans cette lutte constitue un pas menant vers la réduction de ce fléau. Après avoir présenter la VBG, elle a mis en lumière les procédés que peuvent adopter un responsable d’organisation, pour aider une survivante. « Pour accompagner une victime, il faut l’écouter sans la juger, la croire et respecter les principes de la confidentialité. Vous devez, aussi, lui fournir des informations claires et la référer vers les services appropriés. Eviter de Blâmer la victime ou lui promettre des choses que vous ne pouvez pas garantir. Car, la prise en charge nécessite une réponse coordonnée » a fait savoir Myriame. « Etant leaders, votre combat contre la Violence Basée sur le Genre (VBG) s'articule autour de trois impératifs majeurs : forger les consciences par l'éducation et la sensibilisation à travers les écoles, les médias et nos groupes communautaires respectifs ; assurer l'engagement des hommes et des garçons come alliés indispensables ; garantir l'autonomisation des femmes et des filles pour qu'elles deviennent actrices de leur propre sécurité et de leur destin », a-t-elle conclue. La journée s'est achevée par l'engagement solennel des leaders non seulement à combattre la VBG dans leurs communautés, mais aussi à partager activement les connaissances cruciales acquises sur la tuberculose (TB). La rédaction

  • L'urgence de la violence sexuelle en Haïti : un crime silencieux, des séquelles durables

    Dans une Haïti ravagée par l’insécurité croissante, les groupes armés utilisent désormais une arme silencieuse et brutale : le viol. Plus qu’un acte de domination, il devient un outil systématique de terreur, d’humiliation collective et de déplacement forcé. Cette pratique, utilisée comme mode opératoire des caïds, cible en particulier les femmes, les jeunes filles, et même des enfants. L’objectif est clair : soumettre les communautés par la peur, briser le tissu social et réduire au silence les voix les plus vulnérables. Face à un État défaillant et incapable d’assurer protection et justice, ce sont les organisations non-gouvernementales et celle de la société civile, telles qu’ODELPA, qui tentent de combler le vide, en apportant soutien psychosocial, accompagnement et plaidoyer pour les survivantes et leurs enfants. Le viol comme stratégie de guerre Dans les zones contrôlées par les gangs, les viols collectifs sont souvent utilisés pour punir une famille, un quartier, ou une résistance présumée. Les femmes mêmes les plus âgées et les filles sont enlevées, séquestrées, torturées sexuellement, souvent sous les yeux de leurs proches. Ces actes ne sont pas isolés : ils s’inscrivent dans une stratégie de domination territoriale et psychologique. Le viol devient ainsi une arme de guerre non reconnue mais redoutablement efficace. Le recours au viol comme arme de guerre n’est pas un phénomène propre à Haïti. Dans d’autres contextes, comme au Rwanda en 1994, en République Démocratique du Congo ou en Bosnie-Herzégovine, il a été utilisé comme stratégie de domination et de destruction des communautés. Ces exemples montrent que le viol, lorsqu’il est systématique et organisé, constitue non seulement un crime contre l’humanité, mais aussi un outil redoutable de guerre psychologique et sociale. « Mwen te al pran kèk bagay lakay mwen solino paske lèm te kouri a mwen pa te gentan pran anyen. Lèm rantre nan kay la 2 mesye ak zam dim granmoun kanpe la. Yo rale zam sou mwen yo banm kalot yo chire rad sou mwen epi fè kadechak sou mwen. Epi yap ri yo di yon vye granmoun ou ye, se peye pou w te peye nou pou nou te fè sa pou ou. » - Elsie 63 ans « Yo antre lakay mwen ak zam epi yo vyole m devan je pitit mwen yo. Depi jou sa a, li lè sa li pa vle jwe ankò li toujou tris» - Marie, 38 ans   Des survivantes brisées, mais invisibles En 3 mois, 180 survivantes ont été reçues par le bureau psychosocial de l’ODELPA, dont 58 ont entamé un suivi thérapeutique (Base de données de ODELPA, Juillet 2025). Ce chiffre, déjà alarmant, n’est qu’une fraction descrée cas réels, tant le silence, la honte, la peur des représailles et l’absence de structures de protection empêchent les femmes de dénoncer les violences subies. Les séquelles psychologiques sont multiples : états de stress post-traumatique, dépression sévère, perte d’estime de soi, troubles de l’attachement, dissociation, idées suicidaires. Nombreuses sont celles qui doivent survivre avec le souvenir du viol, tout en portant la responsabilité de plusieurs enfants, dans une misère économique absolue. Beaucoup de mères racontent qu’elles ont été brutalisées puis violées en présence de leurs enfants/adoslecent-es. 0 Site de prise en charge psychosociale créé ou subventionné par l’Etat 0 structure d’hébergement spécialisé disponible pour les mineures.   Les enfants, de véritables victimes Plus de 500 enfants nés de mères survivantes de viol vivent dans une misère extrême (soit en moyenne trois enfants par mère). Beaucoup d’entre eux ont vu de leurs propres yeux leur mère agressée, leur père assassiné, et leur famille disloquée. Même si ces blessures ne se voient pas, elles marquent profondément leur cœur et leur esprit. Ils souffrent de graves problèmes : certains ne parlent plus, d’autres font des cauchemars, vivent dans une peur constante, deviennent agressifs ou de comportements régressifs. Leur croissance psychologique est brisée, ce qui met en danger l’avenir non seulement de ces enfants, mais aussi de toute une génération. À ce drame s’ajoute une tragédie silencieuse : ces enfants, faute de moyens financiers, risquent de ne pas accéder à l’école cette année. La déscolarisation les expose directement à la menace d’enrôlement par les gangs armés. Face à cette situation, l’initiative engagée constitue une action préventive et protectrice essentielle. Elle vise non seulement à assurer la scolarisation de ces enfants, mais aussi à l’appui psychosocial des mères survivantes.     Un impact social profond La violence sexuelle n’est pas seulement un drame individuel. Elle détruit les familles, disloque les communautés, alimente les cycles de vengeance et de peur. À mesure que les victimes se replient sur elles-mêmes, que les témoins se taisent, et que les bourreaux restent impunis, c’est le tissu moral et psychologique de la nation qui s’effondre. Le MSPP, le MCFDF et la PNH doivent renforcer leur réponse conjointe, avec l’appui des bailleurs et des ONG locales.   Que faire ? Il est urgent d’agir à tous les niveaux : • Briser le silence : La société doit protéger les victimes, pas les stigmatiser. Parler du viol ne doit plus être un tabou. • Informer la population sur les premiers gestes: Une personne victime de viol doit se rendre dans un centre de sante avant 3 jours (72H). Faute d’information 69,4% des survivantes reçues ont mis des plus que 3 jours, des semaines, voire des mois avant de trouver les soins. Parfois, sentiment de culpabilité ou fautes d’informations, manque de structures d’accueil post viol disponible sont entre autres raison pouvant entraver la demande d’aide. • Renforcer les services psychosociaux : Les survivantes ont besoin de soins médicaux, de thérapie, mais aussi de logements sûrs et d’un soutien économique. • Sanctionner les auteurs : L’État haïtien doit garantir la poursuite judiciaire des auteurs de ces crimes, quelle que soit leur appartenance. • Former et coordonner les acteurs : Les institutions publiques, les ONG et les leaders communautaires doivent unir leurs forces dans une approche intégrée. • Protéger les enfants : accompagner psychologiquement les enfants victimes ou témoins. Face à cette crise humanitaire et sécuritaire, le viol n’est pas un dommage collatéral : c’est une arme de destruction. Chaque survivante non prise en charge, chaque enfant traumatisé, chaque quartier terrorisé représente une blessure ouverte dans le corps social haïtien. Nous ne pouvons plus détourner le regard. Il est temps de répondre avec humanité, justice et engagement à ce fléau silencieux. Car protéger les survivantes, c’est reconstruire Haïti. Robens Doly, Psychologue

  • Anna : une mère en quête de sérénité, sous le joug de la violence

    Le samedi 24 mai 2025, les douze coups de midi résonnaient à peine. Le soleil étirait de sa force lors de la sixième édition organisée par l’Organisation de Développement et de Lutte contre la Pauvreté (ODELPA), en prélude des mères. Au cœur de cette scène paisible, une silhouette se détachait, immobile. Vêtue d'un corsage de lin blanc et d'une jupe en jeans cette quarantenaire attendait. La main à la mâchoire, son corps semblait figé, son esprit s'évadait vers un passé insoutenable. Autour d'elle, des vagues de conversations montaient, unissant les femmes en petits groupes. Une musique de circonstance flottait dans l'air. « Si je suis ici, c'est pour être écoutée par le psychologue. Souvent, j'ai l'impression de sombrer dans la folie. Il y a quelques années, des médecins m'ont diagnostiqué un accident vasculaire cérébral (AVC) crânien. On me recommande d'éviter tout stress. Conseil cruellement ironique quand mon existence n'est qu'une succession d'épreuves » a dévoilé Anna, lorsqu’elle a été approchée par l'équipe de communication de l’ODELPA. Alors qu'elle s'apprêtait à continuer son récit, le strident appel de son téléphone a brisé l'instant. Une rafale de tirs s'intensifiait près de sa résidence, à Simon-Pelé, un quartier de Cité Soleil. Son corps se raidi, ses yeux emplis d'une angoisse familière. Un goût métallique envahit sa bouche : la peur. Qu'adviendrait-il de ses cinq filles, seules à la maison ? Comment les rejoindre à travers ce chaos ? « Dieu les préservera », murmura-t-elle telle une prière. Le jour où tout a changé Le 19 mars 2021, l'horreur a englouti sa vie. Une attaque armée a été perpétré là, où Anna avait tenté de reconstruire un avenir pour ses filles, après sa séparation d'avec Louis. Ce jour-là, à Cité Lumière, toujours à Cité Soleil, le pire est arrivé. « Ils m'ont violée, chez moi, sous le regard de mes enfants », a-t-elle soufflé, la voix brisée par une douleur insoutenable. Anna n'a pas voulu s'étendre sur cette plaie béante qui brûle encore en elle. Elle refusait tout détail et poursuivi : « J'ai dû fuir, abandonnant tout ce que je possédais. Mes outils de travail par exemples, qui représentaient jadis mon espoir de subsistance. J'étais masseuse et sage-femme, des petits boulots exercés au gré des rencontres ou à l'hôpital Sainte-Catherine. C’était ma façon d’apporter un peu de soulagement autour de moi, même si ma propre vie était en lambeaux ». Un combat au quotidien Pourtant, avant cette tragédie, la vie d'Anna connaissait une certaine cadence, une routine façonnée par le labeur et la détermination. Arrivée à Port-au-Prince en 1996, elle s'était affirmée en « madan sara », sillonnant le sud pour s'approvisionner de vivres alimentaires pour les revendre à la Croix-des-Bossales. C'était un travail éreintant, exigeant une force colossale, mais qui lui offrait une précieuse autonomie et la fierté de subvenir aux besoins de sa famille. Elle connaissait le poids lancinant de ses paniers, pourtant elle avançait, inlassablement. Le destin, souvent cruel, brisa net cette cadence. « Un jour, à Martissant, la violence m'a brutalement arraché ce gagne-pain. Alors que je me rendais avec d'autres marchandes dans le sud, des hommes ont stoppé le camion. Ils ont tout emporté : argent, portables, tout. Ce vol a mis un terme à mon commerce. C'est ainsi que j'ai commencé mes petits travaux de sage-femme », se remémore-t-elle, la voix serrée par le poids du souvenir. La quête d’un toit Après la barbarie de Cité Lumière, Anna a trouvé un refuge chez sa petite sœur, Rose. Au début, l'accueil fut chaleureux, empli de promesses et de réconfort. Mais les murmures de mécontentement se sont mués au fil du temps en paroles acerbes, transformant le réconfort en amers reproches. « Rose se plaignait d'avoir trop de monde chez elle et a commencé à être indifférente. Un jour, j'ai pris la décision de partir, sans savoir où j’allais », confie Anna. Après un mois passé chez une amie, à se débattre avec des petits travaux précaires, elle réussit à louer une chambre à Simon-Pelé. « Cette pièce, qui autrefois n'aurait même pas servi de débarras dans ma propre maison, abrite aujourd'hui mes enfants et moi. Je leur interdis d'y inviter des amis, pour leur épargner la honte. Car l'essentiel, c'est qu'elles ont un toit sur la tête », raconte-t-elle, les yeux embués de larmes. L’espoir d’un avenir meilleur L'insécurité, cette ombre tentaculaire, étreint Haïti. Anna ne vit plus, elle survit, son âme tout entière tendue vers la quiétude salvatrice de la province. Aujourd'hui, elle se tourne vers l'ODELPA, un dernier rempart, un ultime souffle d'espoir pour apaiser l'ouragan en elle. Son vœu le plus cher est de regagner Fond-des-Blancs, de renaître loin du fracas assourdissant de Port-au-Prince. « Il n'y a plus de vie dans la capitale. Je désire un nouveau départ, là où le silence apaisant musèlerait enfin le grondement incessant des armes », conclue-t-elle. L'histoire d'Anna n'est pas celle d'une simple victime. C'est le récit poignant d'une survivante, d'une guerrière dont l'esprit reste debout face à l’adversité. Malgré les larmes, les cicatrices invisibles aux yeux du monde et le poids écrasant des traumatismes, elle continue de se battre pour ses filles. Elle lutte pour un avenir où la paix cesserait d'être un luxe inaccessible. Anna, Rose, Louis : Noms d’emprunt Marc-Kerley FONTAL marckerleyfontal@gmail.com

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