Table ronde entre le PNLS, les représentants de la société civile et les groupes vulnérables aux IST pour une meilleure riposte au VIH


Le vendredi 2 octobre 2026, le Programme national de lutte contre le sida (PNLS) a organisé une rencontre entre la société civile et les groupes vulnérables aux IST autour des différentes actions menées par ces structures dans la riposte contre le VIH. Tenue dans les locaux de l’Unité de coordination des maladies infectieuses et transmissibles (UCMIT), cette activité hybride visait à présenter les différentes trouvailles dans le cadre de cette lutte, d’analyser les nouvelles perspectives pour l’exercice 2026-2027, et de redéfinir un plan de travail commun afin d’harmoniser ces actions pour atteindre les objectifs fixés d’ici 2030.
Réunis autour d’une même table, les représentants de ces différentes structures ont fait défiler les données quantitatives et qualitatives recueillies sur le terrain. Dans un environnement paisible, tous les yeux étaient rivés sur le grand écran.

Joanne H. Isidor, directrice des données et des stratégies au Community Lead Monitoring (CLM) et Directrice des données et des stratégies (Housing Works Haiti), a présenté les résultats des différentes collectes menées dans 36 établissements de prise en charge du VIH en Haïti. Cette initiative, inscrite dans le cadre du projet VIV / AmfAR, est axée sur la qualité de la prise en charge médicale des patients touchés par le VIH et sur les services de santé préventifs visés. Ces données clés, couvrant la période d’avril à juin 2026, mettent en lumière des observations divergentes révélées par 600 personnes réparties dans 6 départements géographiques du pays.
Les chiffres parlent
Selon les chiffres avancés, si le dialogue entre soignants et soignés semble fluide sur certains aspects, la peur de la stigmatisation, les ruptures de stock et le déficit d’information, pour ne citer que cela, constituent des obstacles majeurs qui freinent une prise en charge optimale.
Sur le plan de l'accueil et de la relation avec le personnel médical, les chiffres présentés par Mme Isidor traduisent une grande confiance générale : 94 % des patients déclarés se sentent à l'aise pour parler de leurs symptômes avec les soignants, contre seulement 1 % s'y disant défavorables.

Cependant, la communication rencontre des obstacles dès qu'il s'agit d'ajuster le traitement médicamenteux. 33 % des personnes interrogées affirment ne pas se sentir à l'aise pour demander un médicament différent de celui qu'elles prennent actuellement (soit 177 patients sur un échantillon de 543). Un chiffre qui souligne un besoin de renforcer l'autonomisation des patients face à leur schéma thérapeutique.
Qu’en est-il de l’adhérence aux antirétroviraux (ARV) ?
Concernant le suivi du traitement antirétroviral, la grande majorité des patients fait preuve d'une observance rigoureuse : 82 % déclarent n'avoir jamais arrêté de prendre leurs ARV. Toutefois, 12 % indiquent avoir déjà interrompu temporairement leur traitement, et 2 % l'ont totalement cessé.
Interrogés sur les motifs de ces interruptions, les patients confient aux moniteurs et coordonnateurs des contraintes structurelles et sociales. Le manque de nourriture constitue la principale cause invoquée, citée dans 36 % des cas. L'oubli arrive en deuxième position avec 24 %. La peur de la stigmatisation et de la discrimination représente 12 % des raisons invoquées, tout comme la peur des effets secondaires (12 %). Enfin, la fatigue liée au traitement concerne 11 % des usagers.
Stigmatisation et livraison à domicile : la peur du regard des autres
L'un des volets marquants exposés par Mme Isidor concerne la livraison des médicaments à domicile. 69 % des patients refusent la livraison chez eux par crainte que le voisinage ou leurs proches ne découvrent leur statut séropositif (275 personnes interrogées). À l'inverse, 39 % déclarent trouver plus pratique de se rendre directement en clinique pour récupérer leur traitement, tandis que 20 % craignent de recevoir d'autres services non désirés.
En ce qui concerne le soutien, 69 % des répondants indiquent pouvoir accéder à ces services au sein même de leur établissement de santé. En revanche, 11 % disent le contraire et 12 % déclarent ne pas savoir s'ils y ont accès, alors que ce service constitue un point important pour les PVVIH.
Les médicaments entre manque aigu d'information, offre institutionnelle et rupture de stock

La Prophylaxie Pré-Exposition (PrEP) est un moyen très efficace pour empêcher d'attraper le VIH, mais peu de gens la connaissent et elle reste difficile à obtenir. 66 % des patients interrogés déclarent n'avoir jamais entendu parler de la PrEP ; seuls 34 % la connaissent. Du côté des établissements ne proposant pas la PrEP, la chaîne de responsabilité est partagée : 50 % des responsables affirment que le personnel n'est pas formé à sa dispensation, 42 % évoquent la non-disponibilité du médicament dans leur clinique, et 25 % mettent en cause les directives gouvernementales.
Par ailleurs, Mme Isidor confirme que dans plusieurs établissements, le personnel fait état de ruptures de stock observées à maintes reprises, une situation qui entrave le traitement des patients.
Mise à part des difficultés soulevées , un manque de personnel est également enregistré. Sur 32 personnels d’établissement interrogés, 31 % des infirmières déclarent que le personnel n’est jamais suffisant. De plus, sur 36 responsables de sites questionnés, 47 % déclarent que le personnel n’est jamais suffisant. Selon les infirmières interrogées, les catégories de personnel les plus souvent signalées en sous-effectif sont les infirmières professionnelles, les psychologues, les agents de santé polyvalents, les médecins et les pharmaciens.
Face à ces tableaux sombres, la directrice des données met en évidence l'urgence d'agir sur plusieurs leviers pour offrir des soins de qualité aux PVVIH. Selon elle, il convient avant tout de lever la stigmatisation environnante afin de favoriser le maintien dans le parcours de soin, tout en formant le personnel sanitaire à la dispensation de la PrEP. De plus, un accompagnement nutritionnel adapté s'avère indispensable pour les patients les plus vulnérables afin de réduire les risques d'abandon du traitement ARV. Enfin, Mme Isidor préconise une présence renforcée et proactive du PNLS directement sur le terrain, condition essentielle pour répondre de manière concrète aux besoins des populations les plus exposées.
Esperancia JEAN NOEL





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