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  • Photo du rédacteurOdelpa

Une vie meurtrie par le viol

Selon l'Organisation mondiale de la santé, une femme sur trois dans le monde a déjà subi, ou subira, des violences basées sur le genre (VBG) au cours de sa vie. En Haïti,  les cas de viols se répandent à une vitesse exponentielle contre des milliers de femmes, dont des mineures.  Parmi les violences subies, on peut citer : violences physiques - économiques - mentales - conjugales. Malgré que ces cas de violence génèrent souvent des blessures graves, rares sont les femmes qui acceptent de briser le silence face à ce phénomène, par peur de représailles. Jasmine, jeune de 22 ans, n'a pas échappé à cette violence. Elle raconte ses péripéties.

 

Nous sommes à Cité Soleil, vaste bidonville d'une superficie de 21,81 km2 situé au nord de Port-au-Prince. Elevée au rang de commune depuis 2002, Cité Soleil compte environ 265 000 habitants, selon le recensement par estimation de 2015 de l'Institut haïtien de statistique et d'informatique (IHSI). Les femmes, plus de 135 000 contre 129 000 hommes, sont majoritaires dans cette commune.

 

A l'image de tous les bidonvilles du pays, Cité Soleil est caractérisée en grande partie par des habitats précaires construits avec des matériaux de récupération (tôles, bois, cartons, fragments de blocs et objets divers). Les unités de logement précaire répandues dans cette subdivision administrative du territoire expriment l'état de pauvreté extrême de ces habitants.

 

En dépit de ces conditions inhumaines dans lesquelles vivent les Soléens (nom que portent les habitants de la commune), ces derniers doivent aussi faire face quotidiennement à une violence systémique caractérisée par l'absence quasi-totale de l'État, occasionnant ainsi la prolifération des gangs armés qui règnent en maitre et seigneur.  Dans ce cycle de violence communautaire, les femmes et les filles sont les premières victimes. 

 

Dans son rapport sur la situation des droits humains en Haïti, publié en octobre 2022, le Haut-commissariat des Nations-Unies aux droits de l'homme (HCDH), révèle que " pour semer la peur et la terreur au sein de la population, les gangs utilisent généralement la violence, et de façon alarmante, le nombre de cas de viols augmente de jour en jour à mesure que la crise humanitaire et des droits humains s'aggrave dans le pays".

 

Histoire troublante de Jasmine

 

Jasmine, 22 ans, native de Bélékou, quartier de Cité soleil, dès sa  tendre enfance est marquée par les séquelles de la violence sexuelle. Violences héritées de son beau-père, membre actif d'un gang opérant dans la commune.  L'homme qui l'a bercée depuis l'âge d'un an, peu après la mort de son père tué par balle, un soir où ce dernier revenait du travail, était vite devenu son pire fantasme. " Toute ma vie est un cauchemar ", se lamente-t-elle.

 

Après un long soupir pour retenir ses larmes, la jeune femme poursuit son histoire, triste, l'air pensif. " J'avais environ 3 ans. Nous sommes en 2004. Quand mon beau-père a commencé à toucher subtilement mes parties intimes. Il me faisait comprendre que c'était un simple jeu d'enfant. Quand je commençais à mieux articuler mes mots, j'ai aussitôt raconté à ma mère toute mes aventures avec celui que je considérais comme un père. "   Elle a tout déballé à sa mère, un soir ; alors que la pauvre venait juste de regagner la maison.

 

Jasmine se souvient de ce temps-là. Elle passait toutes ses journées avec son beau-père ; sa mère, elle,  suait sang et eau dans une usine de sous-traitance non loin de chez elle. Pour joindre les deux bouts, elle partait tôt à son travail et rentrait tard. " Ce soir-là, après mon aveu que je considérais d'ailleurs comme une blague, vu que j'étais encore trop petite pour comprendre ce que  signifiait  attouchement  sexuel.  Je  me souviens avoir reçu une gifle de ma mère. Elle était furieuse contre moi. Elle n'a pas voulu me croire ", se plaint encore la victime.

 

Le beau-père, quant à lui, s'est montré indifférent contre la souffrance de la fillette. Il ne pipait mot. C'est comme si de rien n'était. A mesure que Jasmine grandissait, son bourreau n'en finissait pas de la violer. Il exerçait de grande pression sur cette innocente qui méritait l'encadrement familial à un moment aussi fragile de la vie. La jeune fille s'en souvient : " Elle abusait de moi presque tous les jours. J'étais restée seule face à mon sombre destin. D'un côté, j'avais peur de parler aux autres puisque ma mère n'arrêtait pas de m'injurier et de me fouetter. A ses yeux, j'étais une perverse.


Une libertine. De l'autre côté, mon beau-père, lui, n'arrêtait pas de me lancer des menaces de mort. Il me disait : " Si tu parles de notre aventure à quelqu'un d'autre, tu vas le regretter pour le reste de ta vie ".

 

Piégée dans un cercle vicieux, à 18 ans, Jasmine décidera de rapporter à une amie ses péripéties. C'était juste quelques semaines avant d'être expulsée de la maison par sa propre mère sur ordre de son agresseur.   

 

" J'étais révoltée ! À 18 ans, ma mère m'a mise à la porte. Je me suis réfugiée chez une amie. Quelques mois plus tard,  elle m'a forcée à me prostituer juste pour subvenir à mes besoins. Voilà comment ma vie s'est effondrée. Tous mes rêves envolés ".

 

Quatre ans après avoir été forcée d'abandonner sa demeure, Jasmine ne veut plus entendre parler de sa mère et de son violeur. Sur les trottoirs, cette jeune femme de 22 ans, souhaite un jour sortir de cet enfer qui l'assiège depuis plus de 19 ans.

 

Jasmine aura-t-elle, un jour, une vie normale ? un emploi, une famille, des enfants. Tout homme qui l'approche a un relent de l'image de son beau-père, un violeur qui a fait main basse sur son enfance.


*Jasmine est un nom d'emprunt

 

Marc-Kerley Fontal

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