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  • Photo du rédacteurOdelpa

VIH/SIDA / Stigmatisation et discriminationLa rumeur : « Yo bay Amina bèt la »


Alors qu’elle est encore en Rhéto, Amina, jeune native de la commune de Cabaret, est victime de stigmatisation. Les gens de son village, notamment ses camarades, colportent sous tous les toits « Amina gen sida. » Cette nouvelle fait fuir les jeunes et les hommes entre-deux âges qui tournaient autour d’elle.


On raconte qu’un artiste très populaire d’un jazz de Port-au-Prince « bay Amina bèt la. » L’aventure qu’elle a eue avec cet homme beaucoup plus âgé qu’elle remonte à une soirée durant les vacances d’été, disent les langues qui veulent en finir avec cette jeune fille dont les parents misaient gros sur elle.


Amina. C’est un nom d’emprunt pour raconter cette histoire qui a marqué mon adolescence à Cabaret, commune située à 35 kilomètres au nord de Port-au-Prince.


Teint clair, taille fine, cheveux bouclés, elle avait de beaux attraits physiques pour captiver au tout premier regard. Il suffisait d’un coup d’œil pour être subjugué par sa grâce et sa beauté.


Amina n’avait pas encore 17 ans. Mais n’empêche, par la générosité de la nature, elle présentait l’allure d’une belle jeune femme. Byen kanpe. Belle prestance. Ce don de la vie lui valait toute l’admiration des jeunes gens du quartier. Les moins jeunes aussi.


La scène met l’eau à la bouche : lorsque, pour une raison ou une autre, Amina doit sortir de chez elle, s’incruster dans le décor verdoyant de « Teleco », quartier populaire de Cabaret, il se joue un spectacle à ne pas rater. Elle défile. Elle pavane. Elle exhibe toute sa jeunesse, sa beauté. Pour le plus grand bonheur des passants. Les jeunes oisifs du quartier prennent un plaisir fou à la draguer.

A tort ou à raison, Delourdes, la maman d’Amina, souhaiterait bien tirer profit des atouts physiques de sa progéniture. On ignore par quel artifice. Mais elle mise sur elle pour l’élever socialement. « Se pitit fi m lan k ap leve m atè a », répète-t-elle à longueur de journée.


Les fleurs attirent toujours les abeilles. Amina, cette jeune plante attisait les désirs irrésistiblement. Les beaux parleurs du quartier lui promettaient monts et merveilles. A tout prix, ils voulaient gagner son affection.

La rumeur qui tue


La nouvelle frappée du sceau « Amina gen sida » s’est répandue dans le quartier comme une trainée de poudre. Et on ne disait pas que du bien. Ça et là, on racontait à qui voulait l’entendre : Amina sort avec un granmoun. Ragot qui au fil du temps a méchamment progressé. En plus d’être, sans répit, pointée du doigt pour sa relation amoureuse, la rumeur s’amplifiait, laissant entendre qu’Amina serait infectée par le VIH. Les « génies », qui préalablement avaient nargué son amant, vieux coureur de jupons patenté, de PVVIH, déduisaient qu’elle, aussi, serait infectée. Par jalousie ? Peut-être.


Comme si les persiflages ne suffisaient pas. Les regards admiratifs d’autrefois étaient troqués contre d’autres plutôt réprobateurs, accusateurs. Désormais son milieu naturel la répugnait. Elle était stigmatisée. Discriminée.


La jeune fille attirait le mépris. Comme la peste, on la fuyait. La jeune fleur se fanait aux yeux de ses admirateurs. Pour la petite communauté de Teleco, Amina pourrait transmettre « sa prétendue maladie » d’un simple regard.


J’ai vu certains parents pousser leur cynisme jusqu’à interdire leurs enfants à adresser la parole à Amina du jour au lendemain. C’est comme s’ils avaient la certitude de sa séropositivité. Ils croyaient qu’une personne qui avait eu des rapports sexuels avec un coureur de jupes est tout à fait contaminée. Tout le drame était là !


Face à cette vague de discriminations et de stigmatisations, Amina dépérissait tel un crayon sous le poids de l’usure. Par lassitude, elle avait fini par abandonner l’école, son quartier, la maison où elle a vécu depuis toujours. Elle n’en pouvait plus de ces prisons. Sa vie devenait un enfer.


L’histoire d’Amina me rappelle tristement le quotidien d’un grand nombre de personnes, notamment celles issues des populations-clé. Au même titre que cette victime, elles subissent continuellement le poids de la stigmatisation et de la discrimination. Deux phénomènes sociaux lourds de conséquences, particulièrement pour la riposte au VIH en Haïti et dans le monde.


Wooselande Isnardin


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