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  • Photo du rédacteurOdelpa

Le stress, une véritable bombe à retardement chez les enfants



« Maman, j’aime beaucoup l’école, mais je ne veux plus y aller. J’ai vraiment peur. J’ai peur d’être kidnappée. Voici ce que Rebecca, ma fille de six ans m’a dit un beau jour». Le témoignage de Elida, 32 ans, sur sa fille est poignant. Elle charrie toute la densité du traumatisme causé par le phénomène de l’insécurité qui reste en maitre et seigneur dans le pays. Les enfants de tout âge n’y sont pas exempts.

A Madioro, un quartier de Diègue, localité située dans les hauteurs de Pétion-Ville où vit la jeune dame avec sa fille et son mari, la vie n’est pas facile. Elida n’avait jamais pensé un jour vivre un tel enfer dans une zone retirée de la mégapole de Port-au-Prince.

Mariée en 2016 avec Rico, la jeune juriste a laissé le toit parental et s’est installée à Madioro pour fonder son foyer avec le plus grand rêve d’élever paisiblement ses futures progénitures. « Mon mari et moi, nous avions pris la décision de construire notre maison dans une zone aussi reculée, c’était pour avoir la quiétude d’esprit et pour sortir du précipice qui règne au centre-ville de Port-au-Prince. Aujourd’hui, avec la prolifération des groupes armés, ce rêve est parti en fumée et est vite oublié. Malheureusement, ma fille est affectée psychologiquement par cette situation», se plaint la jeune femme.


Les enfants, les principales victimes


La petite Rebecca est dans la grande section. Elle est fille très brillante, elle d’ailleurs partie des élèves les plus intelligents de sa classe, de l’avis de sa maitresse.

Elle est toujours tout feu toute flamme dès qu’il s’agit d’activités scolaires. Mais avec la montée spectaculaire du phénomène de l’insécurité occasionné par des groupes armés qui sèment la terreur dans diverses localités de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et endeuillent des milliers de famille, un matin, ma fille m’a sèchement déclaré qu’elle ne voulait plus aller à l’école, qu’elle avait peur, qu’elle se sentait hors d’elle-même. Des mots qui m’ont démoli.», confie Elida, abasourdie.

Consciente de la situation stressante de leur fille, Elida et Rico, ont pris la décision de quitter leur demeure pour partir vivre dans une petite pièce qu’ils ont louée à Juvenat, «Avec l’invasion des caïds dans la zone, c’est comme si je rêvais, jusqu’à présent je ne suis pas consciente de la réalité. En un cillement de regard, je peux détecter cette peur qui envahit l’innocence de ma princesse » a-t-elle expliqué d’une voie remplie de tristesse.

« J’ai tout fait pour la protéger mais hélas la situation du pays se détériore de jour en jour. Si nous les adultes elle affecte notre santé, chez les enfants, l’impact est beaucoup plus grave. En dépit de cela, je ne pouvais pas la garder à la maison», a poursuivi la mère de Rebecca.


Quels sont les conséquences du stress chez un enfant ?


Selon Jouselie Faurestal, spécialiste en pédiatrie, le stress est un poison pour les enfants. Un enfant qui est toujours stressé ne peut ni écouter ni apprendre voire se concentrer et capter, car sa mémoire est fragilisée. Son hippocampe, cette région du cerveau jouant un rôle essentiel dans la mémoire et l’apprentissage, n’enregistre plus rien.

« Sous l’effet d’un stress continu, cette partie du cerveau qui est l’hippocampe diminue de volume et peut entrainer des troubles de mémoire, des difficultés d’apprentissage et des symptômes de dépression. Je dois rappeler que pendant les premières années de vie d’une personne, son cerveau est en phase de construction et donc très fragile et particulièrement vulnérable au stress. Face à de pareils cas, les hormones tels que l’adrénaline, la noradrénaline et le cortisol occupent le cerveau des enfants et bloquent leur apprentissage à plusieurs niveaux», a expliqué la pédiatre.


De son côté, Dr. Paul Pierre Louis, généraliste, affirme qu’au-delà des troubles d’apprentissages, il peut y avoir des modifications psychologiques et comportementales chez l’enfant. Il souligne alors qu’une consultation psychologique est obligatoire durant ces moments. Car, l’enfant concerné, d’après lui, peut perdre confiance en lui et considérer tout le monde comme une menace. Il devient alors méfiant ou peut-être même agressif. Il peut être également plongé dans un état de prostration. «S’il n’y a personne qui le soutient, le comprendre, ce sentiment de peur peut lui hanter pendant toute sa vie et peut lui pousser à fuir ou à se replier sur lui-même. Dans un pareil état, les activités scolaires ne vont plus l’intéresser », a souligné Dr Pierre Louis.


Les vœux d’Elida


Pour la paix d’esprit de sa fille, Elida nourrit l’idée de laisser le pays mais hélas, les moyens lui manquent et n’a personne pour l’aider en ce sens. Etant chrétienne, elle se tourne vers la prière tout en espérant une intervention divine dans cette situation infrahumaine que vit le pays et qui n’épargne personne.


Espérancia Jean Noel

esperanciajeannoel@gmail.com


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