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Haïti : Aucun recours juridique pour les professionnels du sexe victimes de violences ?


Mini-jupe exposant ses cuisses, T-shirt décolleté, tresses, longs faux ongles, maquillage extravagant. Voici en quelques mots ce qui décrit la tenue journalière de Stéphanie, une professionnelle de sexe (PS), travaillant à Delmas 47.


Un petit clin d'œil, un sourire aux lèvres, d'un air captivant, elle aguiche tous les garçons croisant son chemin. Ainsi gagne-t-elle sa vie jour après jour, ceci depuis une dizaine d'années. " Pour moi, la prostitution est un métier ", avoue-t-elle avec une demie fierté. Avec l'argent récolté, elle paie le loyer et l'écolage des enfants.


Toutefois, il ne s'agit pas d'une activité sans risque. C'est même le contraire. " Il m'arrive certaines fois d'être victime de violences ", raconte-t-elle le cœur endolori. Mais elle ne peut abandonner cette pratique parce que c'est son gagne-pain, ajoute-elle.


Tant d'autres PS interrogés dépeignent un tableau sombre et souffrant, des calamités identiques à celui de Stéphanie. A longueur de journée, ils sont insultés, battus, violés voire tués. Certains ont l'envie de recourir à la justice, d'autres préfèrent garder le silence. Une situation assez délicate.


Quels recours ont les PS victimes de violences ?


Aucun ! Selon Me Mario Joseph, responsable du Bureau des Avocats Internationaux (BAI), en Haïti, la prostitution n'a aucune couverture juridique. " De ce fait, les PS victimes de violences physiques n'ont aucun recours judiciaire ", regrette-t-il.


Objets de violences de tout genre, les victimes se laissent consumer par le coup et l'effet du coup. Selon l'avocat, le droit, système de régulation sociale, ne se penche pas vraiment sur ce genre de conflit en Haïti. Face à cela, ces hommes et femmes pourraient s'adonner à la vengeance personnelle.


" Nous vivons dans une société patriarcale où le sexe mâle veut toujours dominer. Aucune loi pour protéger vraiment les femmes ", rappelle Me Joseph. Si une PS se tourne vers la justice suite à des actes de violences, arrivée au tribunal, cette dernière est stigmatisée et discriminée. " Même le commissaire du gouvernement, avocat de la société, au lieu de mettre l'action publique en mouvement afin d'appréhender le coupable, tente plutôt de blâmer ou responsabiliser la femme ", s'indigne Me Joseph.


Le BAI, instance de défense et d'assistance, place tous les secteurs sur un pied d'égalité. Les PS jouent un rôle important dans la vie économique de la cité, elles doivent jouir de l'ensemble des droits consacrés. De ce fait, il recommande d'une part, à L'État d'élaborer des lois pour protéger cette frange de la population et de mettre sur pied des services psychosociaux, car la Santé mentale doit être également prise en compte, estime Me Mario Joseph. D'autre part, il conseille aux PS de se regrouper en association pour chercher les voies de recours nécessaires, de ne plus garder le silence en de pareils cas et aux clients de respecter les consignes passés avant l'acte sexuel.


Il est à souligner que la prostitution est réputée être le métier ou le commerce le plus ancien au monde. Son histoire remonte à des siècles bien avant Jésus-Christ. Elle est passée d'une pratique sacrée à l'esclavage pour être aujourd'hui un métier. Dans le temps, elle était pratiquée dans la cité de la Mésopotamie. En effet, la prostitution était qualifié de sacrée lorsqu'elle se faisait dans le cadre d'un culte de fécondité, d'un rituel ou d'une tradition religieuse. Avec le temps, cette activité est devenue une forme d'esclavage lorsqu'une autre personne, le proxénète, s'en approprie les profits. Cette forme de prostitution s'est répandue dans le monde avec le phénomène de la colonisation, ou l'on forçait les colonisés à avoir des relations sexuelles, c'était une forme d'exploitation monstrueuse. Aujourd'hui, elle a évolué, elle est considérée comme un métier qui aide financièrement.


Esperancia Jean Noël

esperanciajeannoel@gmail


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