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Entretien avec Dr Fritz Moïse du Forum de la société civile



Avec une prévalence de 2%, Haïti reste le pays le plus affecté de la Région des Caraïbes par le VIH/SIDA. En dépit des efforts consentis dans la riposte à la maladie depuis l’introduction des médicaments anti rétroviraux (ARV) qui bloquent la multiplication du virus dans l’organisme des personnes infectées, stopper la propagation des nouvelles infections à VIH dans le pays, ne semble pas être pour demain. En cause : la stigmatisation et la discrimination dont sont victimes les personnes infectées. Ces deux phénomènes constituent un véritable obstacle à la prévention, au dépistage, à la prise en charge et au traitement des personnes séropositives, en particulier chez les populations clés : les professionnels du sexe et les hommes ayant des rapports sexuels non protégés avec d’autres hommes. Pour contrer ces phénomènes divers secteurs de la vie nationale se sont constitués en Forum de la société civile, en vue de mieux adresser les problèmes et du même coup de faire passer leurs revendications. Dr Fritz Moïse est médecin obstétricien-gynécologue. Fondateur et directeur exécutif de la Fondation pour la santé reproductive et l’éducation familiale (FOSREF), celui qui fait aussi office de président du Forum de la société civile de lutte contre le VIH, la tuberculose et la malaria est notre invité au Magazine : Attitude Santé. Dr Fritz Moïse répond aux questions de Marc-Kerley Fontal.

Marc-Kerley Fontal : Dr Fritz MOÏSE, quand nous parlons du Forum de la société Civile, à quoi faisons nous allusion?


Dr Fritz MOÏSE : En fait, le Forum de la société civile est pratiquement tous les secteurs de la société civile qui sont impliqués dans la lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose et la malaria. Nous parlons là, de toutes les populations vulnérables les PVVIH, les HARSAH, les LGBTI, toutes les catégories, les femmes, les jeunes y compris les Journalistes. Tous les secteurs qui s’impliquent dans lutte forment ce grand secteur qui travaille aux côtés de l’État Haïtien pour faire face à ces maladies.


M.K.F. : Comment voyez-vous l’évolution de cette initiative dans le pays?


Dr F.M. : Le Forum de la société civile de lutte contre le VHI, la Tuberculose et la Malaria est une initiative importante. Au fur et à mesure que l’on assiste à des évolutions spectaculaires dans la recherche et les actions de prise en charge et de traitement de ces trois pathologies, particulièrement le VIH/SIDA, on a donc pris conscience qu’il fallait la participation de tout le monde dans cette lutte. D’où l’implication au premier chef, des populations les plus infectées, les plus affectées, en d’autres termes, les plus vulnérables, dans cette démarche. Je veux reprendre pour vous que l'implication des populations les plus à risques face à ces maladies constitue la raison d’être du forum. Et les résultats sur le terrain peuvent en témoigner.


M.K.F : Depuis quand le forum existe-t-il?


Dr F.M. : Le Forum a pratiquement plus de 10 ans. Il s’est lancé avec l’introduction des projets du Fonds mondial et de PEPFAR en Haïti. Ca fait peut être 14 ans, si je ne me trompe pas. Au début, il e était exclusivement constitué de récipiendaires et sous récipiendaires des projets financés par le Fonds Mondial de lutte contre le VIH, la Tuberculose et le Paludisme en Haïti. Mais, au fur et à mesure que le temps passe et qu’on acquiert beaucoup plus d’expérience dans la riposte à ces trois maladies on a compris qu’il fallait démocratiser l’initiative.


M.K.F. : A date quel bilan?


Dr F.M. : Ah, en termes de bilan, je peux fièrement vous avouer que c’est très satisfaisant. Le Forum devient depuis ces 10 dernières années un partenaire clé et prioritaire pour le Ministère de la santé publique et de la Population. Nous avons une large ouverture vers l’extérieur. Nos membres participent régulièrement dans des actions de plaidoyers pour une meilleure canalisation des Fonds alloués à la riposte de ces pathologies. Le Forum a un regard critique sur la façon dont les projets du Fonds mondial et du PEPFAR sont exécutés dans le pays. Notre plus grande fierté c’est la mise en place depuis décembre 2020, de l’Observatoire communautaire des services VIH (OCSEVIH). Les résultats des enquêtes menés sur le terrain par les observateurs de l’OCSEVIH renforcent davantage notre détermination à œuvrer pour un monde plus juste et égalitaire en matière de santé et des droits humains.


M.K.F. : En dépit de tous ces progrès réalisés au cours des 40 dernières années, la stigmatisation et la discrimination dont sont souvent victimes les PVVIH et leurs proches restent un véritable frein à la lutte. Comment expliquez-vous cela Dr Moïse?


Dr F.M. : L'un des plus grands défis qui restent encore à relever est effectivement l’éradication de ces deux phénomènes, à savoir la stigmatisation et la discrimination, dans notre société. Mais, je peux vous dire que ce n’est pas du tout la même chose comparé au tout début de la maladie où le vih/sida était qualifié de maladie mortelle. Aujourd’hui, ce sont les groupes à risque qui sont les plus victimes de ces phénomènes. Je veux surtout parler des professionnels du sexe et des LGBTI. C’est dommage que malgré tant d’efforts consentis dans la lutte, ces phénomènes sont très présents au niveau des institutions de santé. Et cela a engendré du même coup un grave problème d’accès au service de santé. Nous autres au sein du Forum, c’est une question clé que nous sommes entrain d’aborder avec tact. C’est justement pourquoi les membres des populations clés en tant qu’acteurs de la société civile sont largement impliqués dans toutes les structures décisionnelles, soit au niveau du Comité de coordination multisectorielle (CCM), du Forum et du comité de plaidoyer des populations clés. Lutter contre la stigmatisation et la discrimination, c’est un combat permanent. On ne doit en aucun cas lâcher prise, si on veut vraiment atteindre les objectifs de développement durable en matière de vih, d’ici a 2030.

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