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Des jeunes PVVIH regroupés en association pour défendre leur droit

Foyer Lakay des jeunes " FOLAJ+ ", C'est le nom d'une nouvelle association composée de 271 jeunes PVVIH âgés entre 15 et 24 ans, portée sur les fonts baptismaux, le 23 septembre 2023, à l'hôtel Marriott.  L'annonce de la création de ce regroupement de jeunes PVVIH a été faite quelques jours plus tôt, par Dr Nancy Rachel LABBÉ, directrice Pays de Georgetown University, l'une des institutions initiatrices de ce mouvement.


C'est dans le cadre d'une journée de réflexion sur l'intégration des jeunes dans la lutte contre le VIH et la réalisation des ODD, réalisée le 12 septembre 2023, à Kinam Hôtel, que le message a été pour la première fois communiqué au public. Cette activité a été organisée par la Fédération des organisations pour le renforcement et l'émancipation des jeunes (FOREJ) en partenariat avec la Fondation pour la Santé Reproductrice et l'Éducation Familiale (FOSREF) et le programme commun des Nations-Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA).


C'est au cours de cet événement que Dr Nancy Rachel Labbé a expliqué à l'assistance toute l'importance de cette association dans l'élimination des nouvelles infections liées au VIH dans le pays, par le renforcement des campagnes de plaidoyer en faveur du respect des droits des PVVIH, les jeunes en particulier.


 Les jeunes, véritables victimes du VIH en Haïti



Sara, 19 ans, est une jeune fille vivant avec le virus du sida depuis sa naissance. Elle a hérité de ce virus de sa mère infectée. Malheureusement, cette dernière n'a pas été prise en compte dans le cadre du programme de prévention de la transmission du vih de la mère infectée à son enfant (PTME). Alors que Sara était encore une adolescente de 14 ans qui jouissait aux côtés de ses parents et de ses amis, tout le privilège que la nature lui offrait, elle allait recevoir, en pleine figure, une nouvelle qui allait complètement bouleversé sa vie. Un matin d'août 2018, les journées des vacances d'été sont sans fin pour une fillette toute heureuse qui accompagne sa mère au marché de Titanyen, village d'Haïti, situé au nord de la Capitale, Port-au-Prince, à environ huit kilomètres de la commune de Cabaret. Là-bas, sa mère engage une vive discussion avec une vendeuse. Excitée, la poissonnière lui demande d'aller au diable avec sa " bête ", expression discriminatoire pour qualifier une personne vivant avec le virus du sida. " Au lieu de venir tout bonnement te mêler de mes affaires, pourquoi ne pas avouer à ta fille qu'elle a aussi la petite bête ", lâcha-t-elle, furieuse.


" C'était un coup dur pour moi, en apprenant de cette façon que j'étais séropositive. J'avais au même instant, perdu le contrôle de moi-même. C'est comme si j'étais automatiquement devenue un zombi, un ossement desséché. J'avais voulu mettre d'un coup un terme à ma vie ", se souvient celle qui est devenue aujourd'hui, une belle et élégante jeune fille. 


Depuis sa tendre enfance,  Sara supporte avec ménagement une santé fragile.  Sa  maman  lui  disait  toujours  qu'elle  souffrait  d'une  maladie chronique qui l'oblige à prendre régulièrement des médicaments, si elle souhaite vraiment rester en vie.


Quelle était la véritable raison de son régime thérapeutique au quotidien ? Rien ne lui a pas été révélé. Aujourd'hui, elle raconte : " J'étais sidérée en apprenant la nouvelle. J'étais furieuse contre ma mère pour m'avoir caché une telle vérité pendant tout ce temps. J'ai beaucoup pleuré. Je voyais la mort en face. "


 Grâce à un appui psychosocial qu'elle a reçu dans un Centre de prise en charge des patients VIH positifs de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince, l'adolescente commence peu à peu à reprendre confiance en elle-même. Elle respire. Aussi, participe-elle régulièrement dans des groupes de soutien organisés par la Grande implication des personnes infectées et affectées par le VIH, GIPA. Ces activités lui permettent de remonter la pente et de vaincre du même coup son déni lié à la maladie. Celle qui a tenté de mettre fin à sa vie au moins une dizaine de fois, après avoir su qu'elle est infectée, aujourd'hui est devenue une jeune femme épanouie et confiante. " Vous me voyez ?  Pensez-vous que je suis une personne malade ?  Pas du tout ", soutient-elle fièrement.


 Sara est devenue depuis bien des temps, indétectable. Sa charge virale (le taux du VIH dans son sang), est diminuée d'une manière considérable qu'elle ne peut plus transmettre le Virus à d'autres personnes, pourvu qu'elle continue à respecter son régime thérapeutique lié aux antirétroviraux, ARV.


" Je suis jeune. J'ai beaucoup de rêves, en dépit de ma séropositivité. Mon plus grand rêve est d'entamer une étude en médecine afin de devenir une activiste dans la protection de droits humains et dans la lutte contre la stigmatisation et la discrimination dont sont victimes les PVVIH comme moi, surtout dans les milieux sanitaires ", souhaite-t-elle avec une confiance indéfectible que l'on peut lire sur son visage.


C'est dans le but de pouvoir commencer à concrétiser certains de ces objectifs que Sara a accepté de faire partie des membres fondateurs du FOLAJ+, présenté au grand public le 23 septembre dernier.


 En effet, d'où est venue l'idée de mettre sur pied "FOLAJ+" ?


Appelé autrefois "Club des champions", le Foyer Lakay des Jeunes est une association qui regroupe actuellement près de 300 jeunes infectés et affectés par le VIH/SIDA au sein de la population. FOLAJ + est en fait un lieu de rencontre, de formation et de discussions pour ces jeunes.


Pour leur épanouissement et leur autonomisation, ces jeunes ont déjà reçu, au cours des 9 derniers mois, des formations en cosmétologie, carrelage, peinture sur tissu, maroquinerie, pour ne citer que ces métiers-là.  Ces sessions de formation sont soutenues par Georgetown University, un programme de recherche autour des meilleures stratégies à adopter dans la riposte contre le VIH/sida en Haïti. 


Dr LABBÉ s'estime heureuse de constater, en si peu de temps, le degré d'épanouissement et le niveau de leadership de ces jeunes. Elle souhaite qu'à l'avenir, certains d'entre eux puissent accumuler assez de courage pour accepter de dévoiler par eux-mêmes, leur statut sérologique. " Ce sera un bon pas dans les efforts visant l'implication effective des associations de PVVIH dans la lutte pour le continuum de prise en charge et de traitement et pour l'élimination d'ici à 2030, des nouvelles infections à VIH dans le pays ", a-t-elle conclu.


Marc-Kerley Fontal

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